Jean de Florette
Renn Productions

En novembre, en parallèle de la sortie de La Belle époque, Daniel Auteuil avait évoqué pour Première ce Jean de Florette, diffusé par France 2 à 14h, qui a métamorphosé sa carrière.

Le rôle d’Ugolin a changé en profondeur votre carrière d’acteur, jusque là d’abord et avant tout associé à des comédies (Les Sous- doués…). Est-ce que vous aviez entendu parler très en amont de ce diptyque Jean de Florette- Manon des Sources ?

Daniel Auteuil : Non, pas vraiment. C’est une fois que Coluche a décliné le rôle que tout s’enclenche. Car la famille Pagnol souhaite que celui qui le joue soit originaire du Midi. Là, Richard Pezet (le patron d’AMLF qui distribue le film) glisse mon nom et Claude Berri qui n’a aucun préjugé cherche à me rencontrer. Je ne cesse alors de recevoir des appels d’AMLF mais comme je viens de leur refuser PROFS, je crains qu’ils reviennent à la charge donc je me planque sans répondre. Jusqu’à ce qu’un jour enfin je donne signe de vie. On m’explique que Claude Berri veut me voir pour Jean de Florette. Je vais le voir et là, d’emblée, il me dit que ça ne va pas marcher… parce que je suis trop beau ! Je rentre chez moi dépité mais je rappelle Claude pour le revoir. Je me rase la tête et j’y retourne. Et je crois que Claude a vu là mon envie de ce rôle. J’ai alors 34 ans et je sais que c’est la chance de ma vie. Je passe donc ces essais. C’est une scène où je dois pleurer et je n’ai jamais fait ça au cinéma. Je ne m’en sentais pas le droit car j’étais un comique. Je vois que je n’y arrive pas donc je trouve un prétexte pour aller dans la cuisine. Je trouve une bouteille de Cognac. J’en bois une grande rasade qui me désinhibe complètement. Je reviens et je lâche tout. Je vois qu’ils sont sur le cul. Je rentre chez moi. Claude me téléphone pour lui dire que ça lui a beaucoup plu mais que Richard Anconina passe aussi les essais et qu’au final, ce n’est pas lui qui choisit mais Montand. Puis quelques heures plus tard, il m’annonce que c’est bon…

Comment aborde t’on un tournage dont on a l’intime conviction qu’il sera décisif pour la suite de sa carrière ?

Cette année- là, il a neigé dans le Sud. Donc Claude décide donc de commencer par des scènes d’hiver alors que rien n’est prêt. Je porte des chaussures trop petites pour moi. Je souffre le martyr mais je n’ose rien dire. L’ambiance est tendue. Et honnêtement, je pense que je vais gicler. Mais ça passe. Et puis six mois plus tard, arrive la première « vraie » semaine de tournage. A la fin de celle- ci, je vois les rushes et là je me trouve à côté de la plaque, trop grimaçant. Ce n’est pas l’idée que je me fais du rôle et je décide de le rendre.

Vous en parlez tout de suite à Claude Berri ?

Non, je rentre le week- end à Paris et pendant deux jours, je ne dors pas, je passe mon temps à réfléchir jusqu’à ce que je trouve la solution : Ugolin sera séduisant et on va l’aimer ! Depuis, j’ai joué tous les « méchants » qu’on m’a confié comme ça. Ca a été le déclic de ces 9 mois de tournage passionnants. J’ai ressenti une liberté de jeu énorme qui passait par cet accent qui était le mien. C’est comme si ma mère parlait à travers moi.

Et Ugolin change donc la donne puisque vous allez dès lors enchaîner les films d’auteur…

Oui mais je traverse cette période de la même façon que j’ai traversé les comédies avant. En enchaînant. Sauf dans la foulée de Jean de Florette et Manon des Sources où je décide de me mettre à l’abri. A savoir jouer au théâtre pendant un an et refuser beaucoup de choses.

Vous regrettez certains des refus de votre parcours ?

Non car les principaux l’ont été comme Trois hommes et un couffin parce que je tournais au même moment. Je suis même presque plus célèbre d’avoir refusé Intouchables que de l’avoir fait ! Après Ugolin, je dis même non à Claude Sautet. Avant qu’au bout d’un mois je réalise que je suis en train de faire une connerie et je le rappelle. Et comme il l’avait fait autrefois avec Piccoli, on va créer pour Quelques jours avec moi un personnage que d’autres metteurs en scène vont par la suite décliner, plus ou moins consciemment. C’est le début de 13 ans d’amitié où on se parle tous les jours ou presque et où je veux l’épater à chaque fois. Comme on veut épater sa mère ou la femme qu’on aime

A lire aussi sur Première