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Ce qu'il faut voir ou pas cette semaine

L’ÉVÉNEMENT

LA BELLE ET LA BÊTE ★★★☆☆
De Bill Condon

L’essentiel
La version live du chef-d’œuvre de 1991 est très agréable mais ne pourra pas dépasser son modèle.

Est-ce qu'il est trop tôt pour saisir un motif du passage de l'animation au live action chez Disney ? Disons qu'on peut les ranger en deux catégories : ceux qui essaient de faire du neuf à partir du matériau d'origine (Alice au Pays des merveillesMaléfiqueLe Livre de la jungle), et ceux qui le reproduisent le plus fidèlement possible comme Cendrillon ; La Belle et la Bête version 2017 se range dans la seconde catégorie. 
Sylvestre Picard

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PREMIÈRE A PLUTÔT AIMÉ
SAGE FEMME ★★★☆☆
De Martin Provost

Associer les deux Catherine les plus populaires du cinéma français, personne n’y avait encore pensé. Il faut dire qu’on ne fait pas plus éloignées qu’elles : à Catherine Frot le côté terrien et la filmographie programmatique ; à Catherine Deneuve le glamour et la carrière vertigineuse. C’est justement de ces contrastes que se nourrit (parfois un peu mécaniquement) Martin Provost qui leur a écrit des rôles sur mesure.
Christophe Narbonne

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GOING TO BRAZIL ★★★☆☆
De Patrick Mille

Patrick Mille, le fameux Chico des émissions d’Edouard Baer, avait surpris son monde avec son premier film, Mauvaise fille, portrait âpre d’une fille à papa névrosée. Après la part d’ombre, la part de lumière ? Presque. Dans Going to Brazil, il filme l’odyssée trashicomique d’une bande de filles confrontée à une mort soudaine et absurde qui en fait des parias au pays du football et du baile funk.
Christophe Narbonne

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FANTASTIC BIRTHDAY ★★★☆☆
De Rosemary Myers

Le nombre assez réduit de ses imitateurs laisse penser que ce n’est pas si simple de copier le style frappant (et hyper cohérent) de Wes Anderson. À première vue, c’est pourtant le projet de Fantastic Birthday : s’attacher à reproduire Rushmore ou Moonrise Kingdom en cochant le maximum de cases. Effets mécaniques de cinéma primitif passés au filtre Instagram, références françaises, look vintage (les années 70), récit de quête initiatique avec des monstres déguisés cachés dans des décors en carton-pâte, effets comiques absurdement chorégraphiés, un Indien à turban, le tout emballé au format carré...
Sylvestre Picard

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UNE VIE AILLEURS ★★★★☆
D’Olivier Peyon

Sylvie se rend en Uruguay pour récupérer son fils, enlevé quatre ans auparavant par son ex-mari et élevé sur place par la grand-mère et la tante de l’enfant. Elle est accompagnée de Mehdi, un assistant social, chargé d’établir le contact avec ces membres de la famille qui se croient à l’abri de la justice française… Le sujet est dramatique mais Oliver Peyon, issu du documentaire, lui donne un relief social et sociétal qui modère le surplus de pathos potentiel. Grâce aussi à une écriture sensible et à une direction d’acteurs précise (la vibrante Isabelle Carré et le décontracté Ramzy Bedia sont parfaits, tout comme le cast uruguayen), il parvient à atteindre son objectif, consistant à ne surtout condamner personne, sinon la fatalité.
Christophe Narbonne

FIORE ★★★☆☆
De Claudio Giovannesi

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs 2016, le nouveau film du réalisateur du remarqué Ali a les yeux bleus continue de creuser le sillon de la marginalité et de la tolérance sur un mode qui n’est pas sans évoquer le cinéma des frères Dardenne. Souvent filmée de dos, la mine renfrognée, la jeune Daphne Scoccia évoque pleinement les héroïnes dardenniennes avec un soupçon de modernité en plus, qui tient à des détails -la façon de se tenir, de fumer une clope, de faire tomber sa capuche sur ses yeux. La jeune actrice incarne donc Daphné (quel hasard), une petite délinquante qui échoue dans une prison mixte pour mineurs (mais les garçons n’ont que de rares occasions de croiser les filles) où elle s’éprend de Josh. Captée à bonne distance, cette romance entre deux natures indomptables est la réussite du film qui ne s’embarrasse pas de psychologie de bazar ni de seconds rôles encombrants. S’il met un peu facilement en cause le déterminisme social, le personnage du père, ancien détenu lui-même qui a refait sa vie, bénéficie par ailleurs d’un joli traitement.
Christophe Narbonne

FIXEUR ★★★☆☆
D’Adrian Sitaru

Moins en vue que les «stars» Cristi Puiu, Cristian Mungiu ou Corneliu Porumboiu, Adrian Sitaru trace son sillon dans la fameuse nouvelle vague roumaine. Ses films sont certes un peu avares en séduction immédiate, avec leur facture rugueuse et leurs sujets a priori sordides comme l’inceste ou l’avortement (Illégitime). Mais Adrian Sitaru a l’art de transformer le glauque en or. Cette fois, on parle prostitution. Radu, jeune apprenti journaliste de Bucarest, devient «fixeur» pour un grand reporter français. Sa mission: faire parler devant la caméra une adolescente victime d’un réseau de proxénétisme franco-roumain. Très motivé au départ, l’ambitieux Radu se met à douter de la base éthique de leur démarche. La fin (informer le téléspectateur) justifie-t-elle vraiment les moyens (remuer le couteau dans la plaie d’une fille fraîchement traumatisée) ? Un questionnement qui résonne avec sa vie privée, où le perfectionnisme forme parfois un ménage ambivalent avec la manipulation. Il n’y a jamais de manichéisme chez Sitaru: la frontière entre le Bien et le Mal se situe dans un no man’s land stimulant qui fait vibrer chaque scène au lieu de la figer sous le vernis d’un vouloir-dire. Sur la foi d’un détail décalé au second plan ou d’une distanciation par la mise en abyme, on bifurque ainsi d’une tension de thriller vers le pur gag burlesque ou l’émotion, sans crier gare. Ne reste plus au spectateur qu’à tenter de se positionner dans ce petit théâtre moral aussi retors que ludique.
Eric Vernay

PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIMÉ
BRIMSTONE ★★☆☆☆
De Martin Koolhoven

Pas Brimstone, non. "Koolhoven’s Brimstone". C’est écrit comme ça dans le générique d’intro, le patronyme du cinéaste néerlandais (Martin de son prénom, révélé il y a quelques années avec Winter in Wartime) s’affichant en gros au-dessus du titre, dans un effet de signature XXL qui évoque les délires mégalomaniaques de Lars von Trier ou Tarantino (qui ont tous les deux usé du même procédé, respectivement dans Breaking the Waves et Les Huit Salopards). Ça peut paraître un peu prétentieux, mais ça tombe aussi sous le sens, Brimstone racontant le chemin de croix d’une héroïne au cœur pur égarée dans un Far West dégénéré, un calvaire christique à la von Trier déguisé en western grandiloquent. Quelque chose comme Dogville Unchained, quoi. Le tout découpé en chapitres, comme il est de rigueur chez Lars et Quentin.
Frédéric Foubert

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WEREWOLF ★★☆☆☆
D’Ashley McKenzie

Blaise et Nessa, couple marginal et toxicomanes en plein rehab, tondent des pelouses d'anonymes pour 15 dollars. Pour replonger et s'acheter de nouvelles doses ? Non, pour prendre la tangente et s'offrir une nouvelle vie. Werewolf fait partie de ces œuvres cinématographiques à l'aspect documentariste si prononcé que l'on en oublie totalement qu'il s'agit de fiction. Acteurs inconnus voire semi-professionnels, musique quasi-inexistante, rythme délétère et absence de réels enjeux scénaristiques... Ashley McKenzie, dont c'est le premier film, se contente de laisser tourner sa caméra tout en prenant une distance incroyable avec ses personnages et leurs actions. Le résultat est anxiogène et déroutant, comme son parti pris de cadrage, excluant souvent les visages des protagonistes principaux, qui nous laisse encore un peu plus à quai. À l'image d'un épisode de Striptease ou d’un vrai-faux docu de Roberto Minervini, le spectateur est plongé dans une observation étouffante et crue d'un quotidien à la fois désespéré, infernal et autodestructeur. Les fans du genre apprécieront, pour les autres, c'est une autre histoire.
François Rieux

LONDON HOUSE ★★☆☆☆
De David Farr

Sous une forme très raffinée (soin apporté aux couleurs, élégants mouvements de caméra), London House revisite le film d’horreur domestique façon Rosemary’s Baby : un couple (Kate et Justin) attend un bébé, à l’instar du couple (Jon et Theresa) qui habite en-dessous de chez eux. Un drame va précipiter Kate dans le chaos… Pas de démon ici, sinon intérieur, qui pousse l’héroïne à perdre la boule sous le regard (malveillant ? compatissant ?) de Theresa. Rien de très nouveau, ni de très surprenant (le dénouement fait plouf ; les références à Hitchcock sont too much), au pays du film mental mais David Farr se révèle à son aise pour installer une atmosphère malsaine.
Christophe Narbonne

1336 JOURS – DES HAUTS, DÉBATS, MAIS DEBOUT ★★☆☆☆
De Claude Hirsch

"Suite" de Pot de thé / Pot de fer1 336 Jours revient sur le long combat des 82 ouvriers FRALIB, qui ont lutté durant près de quatre ans contre Unilever, une multinationale qui avait décidé que son usine de conditionnement de thé et infusion d'Aubagne n'était plus rentable. L'histoire d'entêtés bien résolus à l'emporter et à utiliser tout ce qui était en leur pouvoir pour faire plier ceux qui voulaient leur enlever leurs emplois. C'est un peu lent, très convenu dans la forme, mais le plaisir de voir le pot de terre gagner face au pot de fer est assez jubilatoire. Un petit documentaire pour un grand combat.
François Léger

CAMINO A LA PAZ ★★☆☆☆
De Francisco Varone

Un road-movie d’1h30 où on ne prend la route qu’au bout de 22 minutes démarre mal. Ce premier film argentin qui rassemble un trentenaire chômeur et un vieil homme malade qui veut se rendre à la Paz (Bolivie) pour entamer son pèlerinage à la Mecque effleure de jolies thématiques – la recherche d’une figure paternelle, l’enrichissement spirituel par l’apprentissage de la différence, le tout sur fond de crise économique – mais son aridité, son austérité presque sans concession ne parviennent pas à provoquer autre chose que de l’ennui. 
Vanina Arrighi de Casanova

Et aussi

Wrong elements de Jonathan Littell
Resident forever de Lyang Kim
Le grand miracle de Bruce Morris
Islam pour mémoire de Bénédicte Pagnot
The Warriors Gate de Matthias Hoene
N’importe qui de François Bégaudeau
Ewa de Haïm Tabakman

 
Reprises

Le Lion en hiver d’Anthony Harvey