Affiches Films à l'affiche mercredi 15 mars 2023
Universal/ Pyramide/ Wild Bunch

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT
CRAZY BEAR ★☆☆☆☆

De Elizabeth Banks

L’essentiel

Un ours cocaïné et assoiffé de sang fait un massacre dans la forêt.  Même pas un peu marrant.

En 1985, Andrew Carter Thornton II ancien agent des stups passé de l’autre côté de la barrière, met son avion sur pilote automatique et balance au-dessus de la Géorgie des sacs de sport contenant des dizaines de kilos de cocaïne. Puis il saute à son tour, son parachute se bloque et il s’écrase au sol comme une pierre. Deux mois plus tard, un ours découvre l’un de ses « colis » et en dévore une partie avant de mourir dans la foulée. Un fait divers rocambolesque dont a ici décidé de s'emparer le scénariste Jimmy Warden, transformant l’ours en junkie énervé et quasiment doté de super-pouvoirs sous l’effet de la cocaïne. Pitch rigolo pour une comédie gore, où l’animal (en effets spéciaux numériques assez réussis) va défoncer tour à tour des criminels qui veulent récupérer le reste de la drogue, des flics à leur poursuite, des mômes qui ont fait l’école buissonnière et des touristes qui n’ont rien demandé. Ca commence plutôt pas mal mais les choses se gâtent dès que le script se pique de faire autre chose qu’un jeu de massacre purement ludique en tentant de tendre sans succès vers un Fargo sanguinolent et cartoonesque, tout en souffrant d’un problème de rythme ahurissant. Sacré gâchis.

François Léger

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PREMIÈRE A AIME

TOUTE LA BEAUTE ET LE SANG VERSE ★★★☆☆

De Laura Poitras

Après Edward Snowden (Citizenfour) et Julian Assange (Risk), Laura Poitras croque dans son nouveau docu (Lion d’or à la dernière Mostra) la grande Nan Goldin, photographe mythique de l’underground US. L’évocation biographique, assez classique, se double d’une matière plus abrasive, militante, qui détaille l’action menée par Goldin contre les Sackler, richissime famille américaine accusée d’avoir provoqué une crise sanitaire monstrueuse en mettant sur le marché un antidouleur dévastateur, l’OxyContin. En mêlant les images de ce combat à celles du parcours esthétique et intime de la photographe, Laura Poitras dessine brillamment les contours d’une existence passée à lutter contre des forces américaines répressives très puissantes : le puritanisme hier, la rapacité et l’impunité des hyper-riches aujourd’hui.

Frédéric Foubert

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EMILY ★★★☆☆

De Frances O’Connor

C’est un film qui donne l’impression d’avoir été conçu dans la foulée des Filles du Docteur March version Greta Gerwig. Littérature, sororité, place des femmes dans l’histoire des arts… L’époque, post-MeToo, se pose des questions et se tourne vers les grandes héroïnes du XIXème siècle pour mieux y répondre. Mais Emily est tout sauf un film de circonstance. C’est au contraire un dream project que nourrit depuis longtemps son autrice, l’actrice Frances O’Connor, passionnée par Les Hauts de Hurlevent, le chef-d’œuvre de Brontë, depuis l’adolescence, et qui réalise pour la première fois. Les spécialistes tiqueront sans doute devant certains libertés prises avec la vérité historique mais on comprend d’emblée que nous ne sommes pas face à un biopic lambda, plutôt une évocation poétique, où l’écoféminisme se teinterait de magie, des passions qui dévoraient l’âme de la jeune écrivaine, morte à trente ans, en 1848. L’arme fatale du film, c’est son interprète, Emma Mackey, captant en gros plans obsédants son magnétisme frondeur, ses yeux intimidants qui expriment si puissamment la haine de la bêtise et du conformisme. Grand film d’actrices, des deux côtés de la caméra

Frédéric Foubert

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HOURIA ★★★☆☆

De Mounia Meddour

Alger. Houria, une jeune danseuse, est promise à un avenir glorieux. Jusqu’au soir où elle est agressée par un brun ténébreux qui roule des mécaniques. Elle chute dans les escaliers, se brise quelques os, atterrit à l’hôpital, perd l’usage de la parole. Impossible ici de ne pas penser au populaire En Corps de Klapisch, sorti l’année dernière. Lui aussi racontait une histoire de danse, d’identité et de résilience. Mais la comparaison s’arrête là. Mounia Meddour, cinéaste qui a fui ses terres maghrébines à dix-sept ans, signe un nouveau film sur l’Algérie. Sans fausse note, mais sans vraiment retrouver l’énergie sororale et révoltée de Papicha (2019), son premier long Césarisé, Houria peine à sortir des sentiers battus des films sur la reconstruction. Mais trône, au-dessus de la mêlée, l’actrice Lyna Khoudri, sobre et étincelante. Presque thérapeutique.

Estelle Aubin

A PAS AVEUGLES ★★★☆☆

De Christophe Cognet

Il y a quelque chose d’effroyable et de saisissant à voir ces images défiler à l’écran. Comme si l’on voulait, dans un même geste, fermer les yeux et entrouvrir un demi-mini-œil voyeuriste. Là, devant nous, des déportés circulent (survivent) dans les camps de concentration et d’extermination nazis. À Dachau, Buchenwald, Mittelbau-Dora, Ravensbrück et Auschwitz-Birkenau. Depuis plus de quinze ans, le réalisateur et documentariste français Christophe Cognet scrute les photographies prises en secret par quelques prisonniers de l’enfer. Cette fois, il les met en lumière dans un film, juxtapose les clichés, ajoute la voix des historiens, fixe de simples légendes contextuelles. Recompose le passé. Le fige. Jusque-là, l’horreur n’avait pas d’image, ou très peu (ou cinématographiques). Cognet signe une œuvre de mémoire, sobre et ultra importante.

Estelle Aubin

UN VARON ★★★☆☆

De Fabian Hernandez

Dans ce foyer de Bogotá, les visages et les corps sont marqués par la rue et ses vices tentaculaires : armes, drogue, sexe. Dans cette ambiance captée par une photographie remarquable, les stéréotypes sont flagrants, mais singulièrement parlants. Leur exacerbation donne à voir la construction du mécanisme de la masculinité, ses codes et ses injonctions. Carlos pourrait s’y conformer parfaitement. Et pourtant, celui qui se fait appeler « frère », « mec », fait tache par sa fragilité et sa vulnérabilité qui subliment l’écran. Lui et son « corps de meuf », son identité qu’il cherche et ses failles qu’il cache. Un Varón devient le récit d’apprentissage de ce garçon bouleversant qui n’a d’autre choix que de devenir un vrai « varón » (homme) et un bon fils, au sacrifice de sa nature profonde. C’est un film mal élevé que Fabian Hernández nous livre avec une tendresse déchirante.

Lou Hupel

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME

SAGE- HOMME ★★☆☆☆

De Jennifer Devoldère

Depuis la mort de sa mère d’un cancer, Léopold a voulu devenir médecin et tombe de haut au concours d’entrée de la fac quand son classement le conduit à intégrer par défaut l’école des sage- femmes. Ainsi débute Sage- homme que sa réalisatrice emmène sur le terrain de la comédie sociale et émouvante mais dont le récit se déroule de manière trop programmatique tout en ayant tendance à s’éparpiller dans des sous- intrigues peu passionnantes (histoire d’amour, maladie de la sage- femme d’expérience au caractère bien trempé qui prend Leopold sous son aile…) au lieu de se concentrer sur ce qui se révèle le plus réussi. Le portrait du quotidien de l’hôpital riche en absurdités où l’administratif prime sur le médical. Autant de choses certes connues mais qu’il n’est jamais vain de rappeler surtout quand ces scènes sont incarnées par un comédien aussi juste et charismatique que Melvin Boomer (Le Monde de demain).

Thierry Cheze

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LE LION ET LES TROIS BRIGANDS ★★☆☆☆

De Rasmus A. Sivertsen

Vous avez dit un lion ? Davantage gros chaton, ce félin n’a d’autre utilité que d’embellir le titre. Il est l’acolyte de trois crapules : Jasper, Casper et Jonathan. Leur passe-temps ? Voler les habitants de Cardamome. À la fois bandits et souillons, ils décident d’enlever Sophie afin qu’elle soit leur femme de ménage. Pas sûr que le postulat de départ soit des plus habile…Si seulement le message final de tolérance parvenait à le dépasser. L’animation, elle, par contre, surprend par sa fusion de décors en volume et de personnages numériques. Une illusion de stop-motion réussie. Ne doutant pas que ses chansons plaisent aux plus jeunes, cette adaptation musicale des écrits de Thorbjørn Egner constitutifs du folklore norvégien ne résonne cependant pas de la même manière chez nous, et c’est bien regrettable.

Lucie Chiquer

 

PREMIÈRE N’A PAS AIME

ADIOS ENTUSIASMO ★☆☆☆☆

De Vladimir Duran

Au cœur d’un grand appartement, trois sœurs et leur petit frère vont et viennent entre le salon, la chambre et la salle de bain autour de discussions banales sur la vie et l’amour. Sauf qu’un problème réside : la mère, invisible, est enfermée dans une pièce annexe, où seule sa voix se fait entendre. Dans ce premier long-métrage aux relents surréalistes, le cinéaste argentin Vladimir Durán dresse le portrait d’une famille ordinaire qui se parle sans s’écouter et qui se regarde sans se voir, sans que personne ne se soucie réellement de ce qui arrive à la figure maternelle. On assiste dès lors à une chronique superficielle, où le cadre du (quasi) huis-clos n’est jamais transcendé, et où les personnages, creux au possible, apparaissent au gré de séquences insipides qui n’ont ni queue, ni tête.

Yohan Haddad

 

Et aussi

Bienveillance paysanne, de Oliver Dickinson

La Chambre des merveilles, de Lisa Azuelos

Italia, le feu, la cendre, de Céline Gailleurd

Lointaine Andromède, de Damien Faure

Le Monde d’après… 2, de Laurent Firode

65- La Terre d’avant, de Brian Woods et Scott Beck

Le Voyage d’Amélie… Amelie rennt, de Tobias Wiesman

Reprises

Arizona Junior, de Joel et Ethan Coen

Buck et son complice, de Sidney Poitier

Cria cuervos, de Carlos Saura