Freaky Vince Vaughn
Capture d'écran

Dans Freaky, Vince Vaughn incarne à la fois un serial killer et une lycéenne, dont les corps ont été malencontreusement échangés. Le lien parfait entre ses thrillers poisseux et son amour de la comédie. Rencontre.

Vince Vaughn : Hello. Comment ça va chez vous ?

Première : Ben, euh... Moyen. Notre Président est en train de faire une allocution en ce moment même, on va savoir si on est reconfinés. (L’interview a eu lieu le 28 octobre dernier.)
Ah bon? Mince. Vous habitez où déjà ?

En France.
C’est Marcon, votre Président, c’est ça ?

Pas loin : Macron.
Ouais, Macron. J’aurais bien aimé venir à Paris faire la promo, mais qu’est-ce que vous voulez, on s’adapte. Je ne vais pas me plaindre hein, j’ai de la chance. Je passe du temps avec ma famille, tout ça… Bon, au début du confinement j’ai un peu merdé, je n’arrêtais pas de bouffer. (Rires.) Maintenant je fais gaffe à moi. Je suis beaucoup plus actif physiquement. 

C’est amusant, je voulais justement vous parler de ça. Ces dernières années, je trouve que vous utilisez beaucoup plus votre corps comme un instrument de jeu. Votre taille, la façon dont vous pouvez en imposer, cette noirceur qui ressort… 
C’est assez vrai, mais très franchement, ce n’est pas un truc conscient. Je ne me suis pas réveillé un beau matin en me disant que je devais trouver des rôles plus physiques. Par contre, j’ai besoin de challenges, c’est certain. Il faut que le personnage déclenche quelque chose chez moi, une forme d’excitation. Mais plus j’ai de l’expérience dans le métier, plus ça devient rare. Ma méthode, c’est de partir de quelque chose qui me correspond – un trait de personnalité par exemple – et de trouver ensuite le personnage. Logiquement, le corps suit tout seul.

J’avais surtout en tête votre collabora tion avec S. Craig Zahler sur Section 99 et Traîné sur le bitume. Il se passe un truc avec vous dans ces films. Vous les voyez comme des marqueurs dans votre carrière ?
À vous de me le dire !

Ça me semble évident.
En tout cas Zahler a un talent fou, aussi bien comme scénariste que comme réalisateur. Il a une gestion chirurgicale du rythme qui ne cesse de m’épater, et son écriture est toujours surprenante. Par exemple dans Section 99, mon personnage découvre que sa femme le trompe. À première vue, on se dit que ça va les éloigner. Mais c’est tout le contraire qui se passe, le personnage comprend qu’il est aussi responsable de cette situation. Derrière le vernis gritty, c’est un cinéma très humain.

Vous aviez besoin qu’un réalisateur vous embarque avec lui pour vous rendre compte que vous pouviez porter un thriller aussi sombre ?
Non, ça s’est fait comme ça. Peut-être qu’en vieillissant, je deviens plus curieux, j’ai envie de choses un peu différentes... Enfin je vous dis ça, mais en fait je ne me pose pas trop la question. J’aime évoluer dans différents genres, point. Je vois le métier d’acteur comme un grand parc d’attractions : tu as envie de monter dans tous les manèges, pas seulement les montagnes russes. Et c’est vrai que ces deux films avec Zahler m’ont demandé beaucoup d’investissement physique, mais je l’ai fait sans rechigner parce que c’est passionnant de se plonger dans un truc aussi exigeant. D’ailleurs, c’était aussi le cas pour Freaky, mais différemment.

C’était le mélange de comédie et d’horreur qui vous branchait ? C’est assez inédit dans votre filmographie.
J’ai trouvé le script vraiment bien foutu. Et je crois que ça m’a rassuré que Christopher Landon soit le réalisateur. Comme j’avais vu son Happy Birthdead, j’étais super confiant sur sa capacité à naviguer entre les deux mondes : c’est déjà assez dur de faire une bonne comédie ou un bon film d’horreur, mais alors quand tu mélanges les deux, ça peut être carrément casse-gueule si derrière il n’y a pas quelqu’un qui sait exactement ce qu’il fait. Et puis, j’aime bien flipper un peu en arrivant sur un plateau, ne pas trop savoir comment je vais m’en sortir. En l’occurrence : comment, dans le même film, jouer une adolescente et un serial killer, tout en construisant ces personnages avec une autre actrice ? Heureusement, c’était avec Kathryn Newton, une fille vraiment marrante et facile à vivre sur un plateau. Difficile de ne pas s’entendre avec elle.

Il paraît que le réalisateur vous a montré des vidéos d’elle, et qu’elle a regardé des vidéos de vous. Histoire que chacun puisse s’imprégner de la façon dont l’autre bouge.
Ouais, mais ne réduisons pas notre travail commun à ça. On n’a eu que deux semaines de préparation. C’est très peu ! Donc on a échangé des tas d’idées sur les personnages, mais l’objectif n’était pas de nous cloner respectivement à l’écran. Il fallait qu’on se mette d’accord sur la démarche du Boucher et de Millie, leur façon de bouger, les gestes qu’ils ne feraient jamais... En fait, on a construit à deux notre interprétation des personnages. C’est une super expérience, je n’avais jamais fait ça.

Vous avez bâti votre carrière sur les comédies du Frat Pack. C’est un genre que vous avez un peu délaissé depuis un moment. Vous ne vous y retrouviez plus ?
Non, ce n’est pas tout à fait ça. Enfin, un peu quand même... Quand on était plus jeunes avec Ben Stiller, Owen Wilson ou Will Ferrell, notre seul objectif était de nous marrer. Et on avait avec nous de super réalisateurs qui n’essayaient pas de se faire aimer de la Terre entière. Ils fabriquaient des films qui leur plaisaient, et c’était très bien comme ça. Si j’ai fait moins de comédies ces dernières années, c’est que la plupart des scripts que je reçois essaient avant tout de ne froisser personne. De toucher le public le plus large possible. Ce n’est pas aussi drôle que ce que nous faisions à l’époque.

La société a changé, ce qu’on attend d’une comédie aussi ?
Je ne sais pas. J’ai l’impression que les comédies modernes partent trop dans un sens ou dans l’autre. Ça manque d’équilibre, d’une « voix ». Et il y a tout simplement moins de comédies, non ? Le genre est moins populaire. Mais ça reviendra, j’en suis sûr. Je suis prêt à en refaire sans problème, j’adore foncièrement ça. On parle même d’une suite à Serial noceurs. Le script est pas mal du tout, il y a de l’idée. J’ai besoin de tomber sur un truc qui me fasse vraiment envie, avec un réalisateur qui a un vrai point de vue.

Parce que quand on a joué pour S. Craig Zahler ou Mel Gibson, on est plus regardant sur les cinéastes avec qui l’on tourne ?
Sûrement. Mais ça ne m’empêche pas de pouvoir être inspiré par un réalisateur dont c’est le premier film. Si le mec sait me faire rêver quand il me raconte l’histoire de son film et que je trouve le script génial, je ne vais pas hésiter. J’ai tendance à faire confiance aux gens passionnés, j’ai travaillé plein de fois avec des cinéastes débutants. Quand tu sens qu’un type veut vraiment qu’on lui donne sa chance de faire sa place dans le milieu, ça dégage une énergie très spéciale sur le plateau. Et je crois que ça me fait du bien de la ressentir.

On me dit que l’interview touche à sa fin...
Bon confinement alors, gardez la pêche, ça va aller ! Et ne mangez pas trop !

Freaky, le 23 juin au cinéma.