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Cette semaine au cinéma, Tom Hanks retrouve Steven Spielberg, Le Prophète de Kahlil Gibran inspire un film d'animation et Nanni Moretti se demande : "Le cinéma est-il plus important que la vie ?"

Choix n°1 : Le Pont des Espions de Steven Spielberg avec Tom Hanks... 

Synopsis : James Donovan, un avocat de Brooklyn se retrouve plongé au cœur de la guerre froide lorsque la CIA l’envoie accomplir une mission presque impossible : négocier la libération du pilote d’un avion d’espionnage américain U-2 qui a été capturé par les soviétiques.

L'avis de Première : Steven Spielberg est un garçon qui aime qu’on le comprenne rapidement. Son dernier film débute par une scène où un espion russe infiltré dans l’Amérique des 60s se regarde dans un miroir pour se mettre ensuite à peindre son autoportrait. Difficile de faire plus clair comme entrée en matière : Le Pont des espions sera un film sur la dualité, les trompe-l’oeil et sur ces quelques hommes qui peuvent encore se regarder dans la glace. Passé au tamis de la lisibilité spielbergienne, ce récit ultracomplexe, peuplé d’agents doubles et échafaudé par la plume virtuose des Coen, devient une épopée humaniste qui sacrifie tous les codes du film d’espionnage pour mieux faire résonner sa petite musique sensible. C’est à la fois son principal écueil (peu de tension, rythmique pantouflarde) et ce qu’il a de mieux à offrir, notamment dans sa dernière demi-heure où Spielberg imprime une vision particulièrement noble et bouleversante de ces barbouzes à long manteau. Le Pont des espions repose tout entier là dessus, sur la qualité de ce regard, ces petits gestes infimes qui définissent notre part d’humanité et ces je-ne-sais-quoi qui résonnent intimement au plus profond de nous.

Bande-annonce : 

Choix n°2 : Le Prophète de Roger Allers, Bill Plypton... avec les voix de Salma Hayek, Mika...

Synopsis : Sur l’île imaginaire d’Orphalese, une fillette espiègle et muette de 8 ans, Almitra, fait la connaissance de Mustafa, prisonnier politique assigné à résidence. Une amitié improbable naît de cette rencontre inattendue. Mais le jour de leur rencontre, le gouvernement apprend à Mustafa qu’il est enfin libéré : les soldats le conduisent aussitôt à un bateau qui doit le ramener dans son pays.En chemin, Mustafa fait part de sa conception de l’existence et de ses poèmes à la population d’Orphalese, tandis qu’Almitra le suit en secret. À chaque étape du parcours, elle imagine de somptueux paysages illustrant ses propos. Cependant, lorsque la fillette comprend que le gouvernement réserve un sort funeste à Mustafa, elle décide de tout tenter pour lui venir en aide. Adaptation de Le Prophète de Kahlil Gibran.

L'avis de Première : L’amour, la mort, le travail, la nature... autant de sujets ancestraux que l’écrivain libanais Khalil Gibran a magnifiés en 1923, dans un célèbre recueil de poèmes philosophiques, ici adapté par le réalisateur du Roi Lion. Une trame narrative a été ajoutée pour faciliter l’identification du jeune public : au centre du récit, une petite fille de 8 ans tente d’aider le poète en exil. Les paroles mystiques de l’écrivain sont retranscrites à travers huit séquences oniriques impliquant chacune un réalisateur invité (comme Bill Plympton, Mohammed Harib ou Joann Sfar). Cette diversité d’univers se marie avec élégance à l’atmosphère méditerranéenne du film et fait honneur au luxuriant imaginaire du livre original.

Bande-annonce : 

Choix n°3 : Mia Madre de Nanni Moretti avec Margherita Buy, John Turturro...

Synopsis : James Donovan, un avocat de Brooklyn se retrouve plongé au cœur de la guerre froide lorsque la CIA l’envoie accomplir une mission presque impossible : négocier la libération du pilote d’un avion d’espionnage américain U-2 qui a été capturé par les soviétiques.

L'avis de Première :  Quatorze ans après La chambre du fils, Nanni Moretti signe un nouveau film où il est question de mort et de renaissance. Contrairement à la Palme d’Or 2001, Mia Madre commence pas par une disparition brutale, insupportable, quasiment insurmontable, mais par le tournage d’un film social dirigé par l’irascible Margherita dont on découvre peu après que la mère se meurt à l’hôpital. Toute l’intrigue est rythmée par ces incessantes allées et venues entre le plateau et l’hosto, entre la vie sublimée et la mort annoncée. La nuit américaine meets Amour.

Difficile de ne pas voir derrière cette Margherita (interprétée par la délicate Margherita Buy) Nanni Moretti lui­-même : le cinéaste italien a perdu sa mère, ancienne professeure de lettres comme le personnage en question, dans des conditions similaires il y a quelque temps. Il s’est pour sa part pudiquement réservé le rôle du grand frère trop raisonnable qui met en lumière la fragilité et les doutes de l’héroïne, peut-­être mauvaise fille, visiblement maman à temps partiel, sans doute bonne réalisatrice –elle en a ce statut en tout cas. Passé maître dans l’art de la litote, Moretti raconte en creux les effets pervers d’une vie dédiée à l’art qui sacrifie les proches et la jouissance, le tout sans cynisme aucun, de manière douce et apaisée.

Et puis, il y a John Turturro. L’acteur fétiche des frères Coen (hello les bros !), apporte une touche de fantaisie qui donne au film ses meilleurs moments : une scène d’ivresse, une autre d’engueulade, une dernière de danse endiablée. Le plus Italien du film, fantasque et bruyant, c’est lui.

Bande-annonce : 

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