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Il y a dans Child of God et dans As I Lay Dying, le précédent film de James Franco adapté de Faulkner, deux scènes quasiment identiques : une maison brûle tandis qu’un personnage essaie d’aller y rechercher le cadavre d’une femme en décomposition.  Peut-être qu’avec le premier, Franco voulait se roder, mais il est certain qu’avec cette adaptation d’un roman de Cormac McCarthy, il livre une seconde tranche saignante d’Americana franchement réussie, même si beaucoup plus éprouvante. Child of God raconte le processus de dégradation d’un homme (joué par Scott Haze, déjà au générique de As I Lay Dying) qui, à la mort de son père, devient à moitié fou. Dépossédé, et en l’absence de liens sociaux, il tombe dans une spirale régressive terrifiante qui donne tout son sens au mot aliénation. Sa solitude se transforme en haine,  son agressivité en criminalité. La découverte accidentelle de son penchant pour le fétichisme et la nécrophilie le transforme bientôt en tueur en série. Au bout du compte, il n’a plus rien à envier à Ed Gein.Franco semble avoir suivi fidèlement le roman de McCarthy, jusque dans ses qualités musicales.  Entre autres, McCarthy aime écrire des dialogues qui non seulement transcrivent le patois local mais aussi l’accent. Dans le film, les accents sont si marqués que les dialogues sont sous-titrés en anglais, et ce n’est pas un luxe. L’acteur principal parle comme s’il avait une pomme de terre brûlante dans la bouche. Si Mac Carthy a la réputation d’être difficile à adapter, c’est probablement parce que les mots peuvent dire les choses les plus  terribles, mais il y a une limite à ce qu’il est acceptable de représenter. Et Child of God est au coeur du problème en montrant sérieusement de quoi un homme ("un enfant de Dieu") est capable.Gérard DelormeBande-annonce de Child of God, présenté au Festival de la Mostra de Venise mais qui n'a pas encore de date de sortie :