Ladj Ly - Les Misérables
Renaud Konopnicki

Rencontre avec Ladj Ly et ses deux coscénaristes, Giordano Gederlini et Alexis Manenti.

A l’occasion de la diffusion des Misérables, ce jeudi sur Canal Plus, nous publions en intégralité le grand entretien (paru dans le numéro 501 de Première) que nous avait accordé Ladj Ly, Giordano Gederlini et Alexis Manenti quelques semaines avant la sortie du film. 

En avril dernier, lorsque les organisateurs du Festival de Cannes ont annoncé la sélection, un film français a retenu tout particulièrement l’attention : Les Misérables. Certains se souviennent alors d’un court métrage du même nom sur une bavure policière, nommé aux César en 2018. Ladj Ly, le réalisateur (39 ans aujourd’hui), n’est pas vraiment un inconnu. C’est un membre historique de Kourtrajmé, collectif d’artistes né en 1994 autour de Romain Gavras, Kim Chapiron et Toumani Sangaré, évoluant en marge des systèmes de production classiques. Ly, « l’enfant sauvage des Bosquets », s’est d’abord fait remarquer avec son documentaire explosif sur les émeutes des banlieues en 2005, 365 jours à Clichy Montfermeil, puis avec Go Fast Connexion (2008), pastiche des reportages télé anxiogènes caricaturant la vie dans les cités. La même année, sa vidéo d’une bavure policière filmée chez lui, à Montfermeil, crée un scandale national. Ly décide d’écrire une fiction directement inspirée de cette aventure. Il inclut dans le processus le comédien « kourtrajmé » Alexis Manenti, qui jouera un des policiers.

Ce court métrage, avec son titre hommage à l’œuvre que Victor Hugo a en partie écrite à Montfermeil, est un succès (une cinquantaine de prix en festivals). Il donne des envies de long à ses auteurs. La production adjoint à Ly et Manenti le scénariste Giordano Gederlini, pour les  aider à développer le récit. Les Misérables, le long métrage, sera tourné en six semaines en Seine-Saint-Denis. Mai 2019, le film de Ladj Ly parade sur la Croisette. Il raconte l’intégration d’un flic de province (Damien Bonnard) à la BAC de Montfermeil. Il fait équipe avec Chris (Alexis Manenti) et Gwada (Djebril Didier  Zonga). Alors que la France est en ébullition après la victoire des Bleus à la Coupe du monde de football et que les températures flirtent avec les 40 degrés, le vol d’un lionceau va échauffer les esprits. À Cannes, le film fait l’effet d’une bombe. Certains (beaucoup !) le comparent déjà à La Haine de Mathieu Kassovitz. Ladj Ly et sa bande acceptent le compliment et repartent avec le prix du Jury. Le buzz est lancé... 

Octobre 2019. À quelques semaines de la sortie française, Ladj Ly sillonne la planète avec son film, fraîchement désigné pour représenter la France aux Oscars. De passage à Paris, le réalisateur et ses deux coscénaristes ont accepté de refaire l’histoire.  

Les Misérables : toujours la haine [critique]

PREMIÈRE : Ladj Ly, racontez-nous le contexte qui entoure le scandale de votre vidéo de la bavure policière en 2008, qui a servi de point de départ aux Misérables

LADJ LY : À Montfermeil, j’étais connu pour mon obstination à filmer constamment la vie du quartier, à commencer, bien sûr, par les interventions policières. Je faisais ce qu’on appelle du « cop watching ». Bref, ce jour-là, je filme deux policiers qui tabassent un jeune. Le lendemain, je suis convoqué au commissariat afin de montrer les images. J’avais pris soin de faire des copies et de les dispatcher chez des amis. J’arrive au commissariat et là, je me retrouve entouré d’une vingtaine de policiers. Je me mets devant un ordinateur, je passe mes images. Je vois alors les visages se décomposer. Je suis en position de force, donc assez serein. Puis, le commissaire me convoque seul dans son bureau et me dit : « Si tu diffuses cette vidéo, on va s’occuper de toi ! » Docile, je leur laisse la copie et les rassure. En sortant, j’appelle immédiatement les membres du collectif Kourtrajmé à une réunion de crise. J’avais 28 ans à l’époque, c’était assez fou ce qui m’arrivait. On s’est tous retrouvés à Montreuil. Que faire de cette vidéo ? Romain Gavras a appelé son père [le cinéaste Costa-Gavras] qui nous a donné les contacts du site Rue89. La vidéo a été ainsi publiée sur le site et a tout de suite créé un véritable bordel. Une enquête de l’IGS a été lancée. Je me suis alors vraiment rendu compte du pouvoir des images. L’acte de fil- mer pouvait avoir un impact très fort. Très vite, j’ai pensé à écrire une fiction librement inspirée de cette histoire... C’est devenu le court métrage Les Misérables. 

ALEXIS MANENTI : J’étais présent lors de cette réunion à Montreuil. C’était tendu. Lorsqu’on a vu la vidéo sur la page d’accueil de Rue89, bien en évidence, on a compris que c’était énorme. Peu après, Ladj m’a appelé pour que je lise un scénario qu’il avait commencé à écrire. C’était dans l’esprit du collectif que de demander l’avis des uns et des autres. On ne se ménage pas entre nous... 

 

Le film se positionne du point de vue des policiers, pourquoi ?

LL : Pour surprendre ! Tout le monde pensait que j’allais faire un film anti-policier. 

Or pas du tout. Je filmais les policiers depuis des années, donc je me sentais tout à fait légitime. Je savais comment ils fonctionnaient. En tout, j’ai fait une cinquantaine de gardes à vue, reçu une quarantaine de plaintes. Avec le temps, je suis devenu proche de certains policiers. On se parle, on se connaît, on s’invite à la maison. Tu te rends compte que la plupart ont aussi des vies de misère, un salaire dérisoire, ils habitent dans des cités HLM. Ceux qui s’en sortent ont acheté un petit pavillon qu’ils vont mettre trente ans à payer. On vit tous la même chose, finalement. 

AM : Au-delà de la fonction, c’est l’aspect humain qui est intéressant ici. On s’est beau- coup documentés.

LL : Notre film ne porte aucun jugement sur les personnages. Je décris une réalité avant tout. Si le court se concentrait sur les trois policiers, le long s’intéresse également au regard des jeunes du quartier. Les Misérables est un film sur l’enfance. Ce n’est pas un hasard si les gamins ouvrent et clôturent le film. J’assume aussi son côté patriote. Que voit-on au début, sinon des enfants qui chantent La Marseillaise et portent sur leurs épaules des drapeaux bleu blanc rouge ? Aujourd’hui, il n’y a qu’une Coupe du monde de football pour réunir les gens autour des valeurs de la République : Liberté, Égalité, Fraternité. 

GIORDANO GEDERLINI : Suivre ces trois policiers dans leur voiture de patrouille donne un côté immersif. Ils roulent, s’arrêtent, ça crée des tensions, des rapports de force. Lorsque la production m’a engagé, ma fonction était d’aider Ladj et Alexis à structurer leurs idées, à développer certains passages... Il se dégageait du court métrage une formidable énergie avec beaucoup d’impro. Il ne fallait surtout pas que je les freine, mais que j’arrive à en tirer le meilleur. 

AM : Jusqu’ici, on avait écrit des bouts d’histoires, ça partait dans tous les sens...

GG : Le court métrage parle du quartier comme d’un panier de crabes. C’est un concours de testostérone, un combat pour savoir quel crabe va être le plus fort. Pour survivre, il faut se battre et bouffer l’autre. D’une certaine manière, cela justifiait les comportements borderline de tout le monde, à commencer par ceux des policiers. Cet aspect me posait problème. 

 

Au Festival de Cannes où il a obtenu le prix du Jury, le film était systématiquement comparé à La Haine de Mathieu Kassovitz, ça vous agace ? 

LL : Non, car je ne peux pas nier que culturellement ce film fait partie de notre ADN à tous. 

GG : Les Misérables est le premier film de banlieue réalisé par quelqu’un qui vient vraiment du monde qu’il décrit, et non un Parisien ou un intellectuel qui se penche sur la question. Mais nos influences sont plutôt américaines avec des films comme Training Day, où un acteur noir tenait enfin un vrai rôle de salopard, ou encore Detroit, avec cette idée d’une temporalité resserrée et le confinement des personnages. 

LL : Le scénario ne s’inspire que de faits réels. Je racontais des histoires à Giordano qui essayait de voir comment elles pouvaient ensuite s’intégrer au récit. C’est comme ça que je lui ai, par exemple, parlé du vol du lionceau... 

GG : Cette histoire est célèbre ! Elle a au moins vingt ans et avait fait beaucoup de bruit à l’époque. Il y avait beaucoup de fantasmes. Il se disait que les gars de Montfermeil faisaient des combats de coqs avec le lion... 

LL : Alors que c’était un tout petit lionceau ! (Il sort son portable et nous montre un portrait de lui à l’époque avec l’animal.) Il n’y a pas un quartier d’Ile-de-France qui n’ait pas été au courant de cette histoire. Il y a même eu des articles dans les journaux. 

AM : Pour mon personnage, j’ai pensé à Harvey Keitel dans Bad Lieutenant, un flic totalement fou. Je me souviens de cette scène où le personnage contrôle de manière très agressive les deux filles. 

Les Misérables
Le Pacte

L’action du film se passe en plein été. On apprend que la chaleur va être étouffante. On pense forcément aussi à Do the right thing de Spike Lee... 

LL : L’été à la cité, c’est spécial. 95 % des gens ne partent pas en vacances ! Pendant deux mois, il faut bien s’occuper. Les gamins créent leur petit Club Med à eux. La chaleur peut échauffer les esprits, elle permet aussi de s’amuser. 

 

Lorsque l’on fait un film sur la banlieue se pose inévitablement la question du cliché... En aviez-vous peur ?

LL : Franchement, je ne me suis jamais censuré. La seule chose que je voulais éviter c’est le rap, la drogue, les go fast, les armes... Tous ces clichés insupportables. Je n’ai ja- mais vu de batailles rangées dans mon quartier. On parle ici d’un vol ridicule qui embrase le quartier. L’important était de rester le plus possible accroché au réel. 

AM : Il vaut mieux partir des clichés que d’y arriver. On a tous des idées reçues sur les flics, les jeunes... Soit tu joues avec, soit tu fais en sorte de les dépasser. Encore une fois, c’est l’humain qui nous intéressait. Chris, mon personnage, est un chien fou. Il est beauf, agressif. On le prend comme ça et puis très vite on voit ses failles. Ladj et Giordano m’ont d’ailleurs calmé, car je pouvais parfois aller un peu trop loin. 

 

Le scénario ne s’embarrasse pas de psychologie. On prend les personnages comme ils sont...

GG : C’est d’ailleurs ce qui nous a été reproché lorsque l’on a présenté le scénario dans les commissions. 

LL : Le CNC ne nous a pas soutenus ! 

GG : On entendait toujours les mêmes questions : « C’est quoi le background du personnage ? », « A-t-on de l’empathie pour lui ? » C’est absurde ! On suit des personnages, on traîne avec eux, on les observe. On n’a pas besoin de justifier chacun de leurs gestes. 

AM : Le hors-champ des personnages, les interprètes le portent en eux. Le spectateur le ressent. 

GG : Je me souviens de cette personne qui s’interrogeait aussi sur le vol du lionceau. J’avais envie de lui dire : « Tu n’as jamais vu Le Roi Lion? » Le gamin, si. Il voit un petit lion. Il veut le Roi Lion chez lui. Il part avec. Point. C’est vraiment grâce aux aides de Canal+ et de la région Ile-de-France que le film a pu se faire. 

LL : À la commission de la région Ile-de-France, un type a tout de même dit : « Sion finance ce projet, je démissionne ! On ne va tout de même pas soutenir un film où des gamins brûlent des policiers ! » Ce connard n’a pas tenu parole et n’a toujours pas démissionné. 

GG : Les gens ne nous connaissent pas. Ils ne comprennent pas bien qui nous sommes. Ils se demandaient si on avait le droit de raconter des histoires aussi violentes sur la police, comme s’il fallait demander l’autorisation du ministre de l’Intérieur ! 

AM : Une fois le scénario écrit, la production nous a adjoint les services d’un policier pour valider certains détails. 

GG : Ah oui, on a eu droit aussi à : « Ça ne manque pas un peu de femmes dans votre film ? » C’est vraiment une réflexion très politiquement correcte. Pour trouver des femmes flics, il suffit d’allumer la télévision et de regarder une série française, il y a de quoi remplir plusieurs commissariats. Heureusement, les producteurs nous ont soutenus et ne voulaient surtout pas que l’on retouche le scénario pour plaire à untel ou untel. 

 

Un des personnages à part entière est ce drone piloté par un enfant. Il survole la cité comme un œil maléfique. 

GG : Ce drone a une valeur symbolique. Il pose un regard omniscient, presque divin, sur l’ensemble. Il parvient à capter la bavure. L’enfant qui pilote le drone se retrouve à son insu impliqué dans une série d’événements qui le dépasse. Il a enregistré la vérité. Que faire de cette vérité ? 

AM : Ce drone est aussi un jouet pour Buzz, l’enfant qui le pilote. Il y a quelque chose d’insouciant, de naïf.
LL : Buzz, c’est moi ! Ce n’est pas un hasard si c’est mon propre fils qui l’incarne. 

 

Ce drone permet aussi de sublimer la cité, lui donnant par moments un côté majestueux...
LL :
Oui, il permet de prendre de la hauteur, de s’échapper. 

 

Dans Les Misérables, l’État est totalement absent du paysage, on est dans un monde clos, replié sur lui-même.

AM : Personnellement, je viens du 5e arrondissement de Paris, je suis donc très éloigné de cet univers. Quand j’ai intégré le collectif Kourtrajmé, il y a vingt ans, j’ai débarqué à Montfermeil pour le tournage d’un court métrage. Je suis arrivé en voiture, car il n’y avait ni bus, ni métro pour rejoindre le quartier. Les administrations étaient concentrées sur un seul bâtiment : il y avait une poste, une antenne ANPE... Le commissariat, c’était un bunker un peu en dehors de la ville. Ça faisait un drôle d’effet. 

LL : L’État est absent de ces territoires depuis plus de trente ans. À partir du moment où il n’y a plus d’État, tout le monde s’organise pour prendre le contrôle du quartier. L’objectif, c’est que les choses ne partent pas en vrille. 

GG : Les plus jeunes sont les premières victimes de cette absence. Ils sont à la merci des extrémistes, comme ici les Frères musulmans, qui essayent de les enrôler. 

LL : La preuve, le « maire des Bosquets » n’est pas un élu mais un gars du quartier qui se fait surnommer ainsi. C’est lui qui tient le territoire. Ce n’est pas de la fiction, il existe vraiment. 

GG : À la télévision, les représentants de l’État sont partout. On ne voit que des juges, des avocats... On propose autre chose. 

Ladj Ly - Les Misérables short list Oscars 2020
ABACA

Le film se démarque aussi par son titre, Les Misérables. La référence à Victor Hugo interpelle immédiatement... 

LL : À l’époque de Victor Hugo, Montfermeil, c’était déjà le bagne, le lieu où tous les brigands se retrouvaient.

AM : Quand il se met à écrire Les Misérables, Hugo était condamné pour adultère. Il était donc parti se réfugier à Chelles, non loin de là. Il s’est promené dans le coin, il a vu des lieux, s’en est inspiré... 

LL : Quand tu vis à Montfermeil, on te bassine avec Victor Hugo depuis l’enfance. Il y a la maison des Thénardier, la fontaine Jean Valjean, le lavoir... 

GG : Hugo était un républicain. Ce qu’il racontait n’était pas de l’histoire, il ne se projetait pas dans le passé, mais décrivait le présent. II a été exilé plusieurs fois, notamment en Angleterre. Mais quand tu te retrouvais à Montfermeil, c’est que tu avais de sérieux problèmes avec la maréchaussée. 

LL : En 1980, il se disait même que Jacques Mesrine s’était réfugié dans la forêt toute proche de Bondy. Bondy, c’est notre Sherwood ! Montfermeil a gardé cet esprit-là, c’est le refuge des bandits. 

AM : Je me souviens du coup de fil de Ladj pendant l’écriture du court métrage : « C’est bon, j’ai le titre. » Silence. « Les Misérables ! » J’ai laissé un blanc. J’étais interloqué. Très vite, ça a fait tilt. Mais oui, bien sûr. 

LL : Je l’avais en tête depuis longtemps. Après la réalisation du court, je voulais adapter Les Misérables en transposant l’action de nos jours. J’ai abandonné, c’était trop difficile. Je suis parti sur un autre sujet mais le titre, lui, est resté. 

 

« Les émeutes de 2005 n’ont servi à rien ! » dit un des personnages du film. Pensez-vous qu’une révolution est impossible ?

GG : Si, c’est d’ailleurs le sujet du prochain film ! 

LL : Les émeutes de 2005 restent un fait historique! De la même façon qu’il y a eu Mai 68, il y a les émeutes en banlieue en 2005. À Montfermeil, les choses ont changé, on a eu le plus gros plan de rénovation ur- bain de France. La ville a été détruite, puis reconstruite. Ces grands travaux ont surtout profité à certains politiques crapuleux qui ont sciemment mis de l’huile sur le feu pour arriver à leurs fins.

 

Est-ce que le maire de Montfermeil, le vrai celui-là, vous a soutenu ?

LL : Xavier Lemoine est là depuis des années. Il fait partie de la droite chrétienne. On a longtemps été en conflit. Les choses remontent à 2004. Nous avions fait une exposition sauvage de photos avec JR sur les murs du quartier. Le maire a porté plainte et a passé son temps à nous mettre des bâtons dans les roues, jusqu’au jour où il s’est rendu compte que notre travail était apprécié dans le monde entier. Disons qu’on a fait la paix depuis, et qu’il est plus conciliant. 

 

Au Festival de Cannes, plusieurs membres du collectif Kourtrajmé sont venus vous soutenir. L’esprit de bande est-il toujours aussi fort qu’avant ?

LL : Ça reste des potes avant tout ! Pour certains, on se connaît depuis la maternelle. Après, chacun fait ses trucs de son côté. Certains membres de l’équipe technique des Misérables, comme l’ingénieur du son ou le compositeur de la musique, sont des historiques du collectif.

GG : Ce sont les producteurs du film, Toufik Ayadi et Christophe Barral qui ont rendu ce film possible ! Ils nous ont poussés, bousculés... 

 

Et puis le film se retrouve en compétition au Festival de Cannes où il est récompensé !

LL : Énorme, je suis le premier réalisateur noir français à avoir été en compétition... 

 

Une exception qui traduit la place à part que vous occupez dans le paysage du cinéma français.

LL : C’est sûr, c’est un milieu très fermé. Ce sont toujours les mêmes qui racontent les mêmes histoires : l’ami de mon ami qui rencontre l’amie d’une autre amie. On tourne en rond. Quand on évoquait nos influences tout à l’heure, je n’ai cité aucun film français, tout simplement parce que je les connais très mal. Jeune, je ne pouvais m’identifier qu’en regardant le cinéma américain. Aujourd’hui, on se bat pour avoir notre place, pour construire notre propre empire. C’est pour cela que l’on a ouvert il y a un an, à Montfermeil, l’école Kourtrajmé. Elle forme des jeunes aux métiers du cinéma. On a déjà produit cinq courts et on travaille sur des longs. On lance bientôt la deuxième pro- motion avec deux nouvelles sessions autour de la production et de la photo d’art avec JR. Deux mille personnes ont répondu à l’appel à candidature, pour seulement cinquante places. On va éclater les autres écoles de cinéma comme la Fémis !

GG : Quand Ladj tourne, il ne fait pas des plans en hommage à tel ou tel cinéaste. Sa mise en scène est affranchie de toute référence. C’est un cinéma totalement libre. 

 

À Cannes, vous aviez invité le président de la République à découvrir Les Misérables. Qu’en est-il ?
LL :
Il a bien reçu le message et nous a invités à l’Élysée pour lui présenter le film. J’ai refusé. Je lui ai proposé de venir le découvrir plutôt dans notre école de cinéma à Montfermeil. On attend sa réponse.