Ce qu’il faut voir en salles
L’ÉVÉNEMENT
SIRAT ★★★★☆
De Oliver Laxe
L’essentiel
L’espagnol Oliver Laxe embarque Sergi López dans une folle et mystique épopée dans le désert marocain, primée lors du dernier festival de Cannes. Free party, carnage et fin du monde. Ultra-sensible et fascinant.
Le vaste désert marocain étend son immensité flippante. Une poignée d’hommes et de femmes aura d’abord posé des murs d’enceintes au pied des falaises pour envoyer du gros son et bouger par saccade au rythme syncopé d’une musique transe. Au milieu de la free party, accompagné de son jeune fils et d’un petit chien, un homme (Sergi Lopez) est à la recherche de sa fille disparue. Puis l’armée viendra disperser cette foule déchainée. Cet hédonisme sauvage s’arrête brutalement. Le monde est bord du chaos. Ceci posé, le film trace sa route avec une poignée de desperados ayant choisi de se frotter à l’inconnu. Road-movie déglingué et d’emblée condamné à ne mener vers un ailleurs supposément cosmique. Encore que la mort frappe, brutalement. De Laxe on avait déjà vu son vrai- faux docu Vous êtes tous des capitaines sur des gamins des rues de Tanger et surtout Mimosas, la voie de l’Atlas, film-trip qui renvoie directement à ce Sirāt. On y suivait un homme un peu fou se perdre dans les montagnes, sa croyance divine lui servant de guide. Les protagonistes de Sirāt ont moins de certitudes. Ils avancent quand même. Aveugles, ensemble. Advienne que pourra. L’expérience est enivrante de bout en bout.
Thomas Baurez
Lire la critique en intégralitéPREMIÈRE A AIME
DOWNTON ABBEY III : LE GRAND FINAL ★★★☆☆
De Simon Curtis
Créée en 2010 par Julian Fellowes, la série Downton Abbey a raconté pendant six saisons le quotidien, dans les années 1910 et 1920, d’une famille d’aristocrates, les Crowley, et des domestiques qui les servaient avant que deux longs métrages prolongent la fin de leurs aventures sérielles. Deux films non dénués de charme mais qui n’apportaient rien de plus à l’univers créé par Fellowes. Sa troisième incursion au cinéma apparaît d’emblée d’une toute autre nature car elle est celle qui tirera le rideau final de la saga. L’action se situe au début des années 30 à ce qu’on pressent comme un début de tournant chez les Crawley où des ennuis financiers font vaciller l’avenir de la somptueuse propriété. On retrouve ici tout ce qui fait le sel de Downton Abbey: la beauté de sa direction artistique, cette écriture ciselée des personnages et des situations comme le flegme so british de ses dialogues. Avec en outre cette capacité, en quelques minutes, de resituer les enjeux et les personnages pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents. Et à partir de là, l’intrigue située au début des années 30 va réussir avec superbe à jouer tout à la fois sur la nostalgie de voir ces personnages – et le monde qui va avec – disparaître et le refus de la facilité du « c’était mieux avant », montrant notamment la violence sociale que subissait une femme divorcée. Et tout ceci crée à l’écran un mélange d’émotion jamais forcée et d’humour à fleurets mouchetés.
Thierry Cheze
Lire la critique en inégralitéLIBRE ECHANGE ★★★☆☆
De Michael Angelo Covino
Cette comédie de remariage aux inspirations italiennes et françaises met en scène Carey, un quadra au fond du trou après la demande de divorce de sa femme qui se réfugie chez ses amis Julie et Paul (Dakota Johnson et Covino). Ceux- ci lui confient que si leur mariage apparemment idyllique tient la distance, c’est qu’ils sont en couple libre. Un soir, Carey et Julie, l’alcool aidant, se retrouvent dans les bras l’un de l’autre… Après The Climb, Michael Angelo Covino confirme son goût pour l'amitié masculine dysfonctionnelle, les scènes qui déraillent et la comédie physique chorégraphiée au millimètre. Son film tient aussi grâce à son équilibre délicat entre l’absurde et la mélancolie. Un léger esprit farrellien flotte sur ce Libre échange, dopé par la présence de la décidément formidable Adria Arjona (Hit Man) et de Dakota Johnson, qui livre ici des capacités comiques insoupçonnées. On fermera donc volontiers les yeux sur un petit ventre mou aux deux tiers pour mieux saluer le panache de Covino et sa vision féroce du couple moderne.
François Léger
Lire la critique en intégralitéUNE PLACE POUR PIERROT ★★★☆☆
De Hélène Médigue
Pierrot (Gregory Gadebois, solaire) a 50 ans. Il est autiste et vit dans un foyer. Sa sœur Camille (Marie Gillain, particulièrement touchante) découvre qu'il subit une sur-médication qui le fait régresser. Révoltée, cette avocate divorcée, débordée, mais décidée, choisit de le prendre chez elle. Un bouleversement qui va accroître sa charge mentale déjà bien pesante, mais aussi révéler des liens oubliés. Difficile de ne pas avoir la gorge serrée en regardant Une place pour Pierrot. Avec une sensibilité toujours juste, Hélène Médigue transforme son vécu personnel - elle a un frère autiste - en un récit prenant. Loin du misérabilisme, du voyeurisme ou du spectaculaire, elle filme la différence avec naturel, bienveillance et s’autorise même dans la dernière partie une échappée belle poétique. Elle évite les écueils attendus en refusant de faire du handicap un spectacle et privilégie une approche organique, préférant filmer la reconstruction plutôt que la maladie.
Pierre Lunn
PREMIERES CLASSES ★★★☆☆
De Kateryna Gornostai
On a découvert l’ukrainienne Kateryno Gornostai avec Jeunesse en sursis, une fiction teintée de documentaire à qui l’invasion russe de son pays – qui a eu lieu entre son tournage et sa sortie en France en 2022 – avait donné un autre relief. Cette guerre est au cœur de ce deuxième long, un pur documentaire cette fois- ci, bien que totalement hors champ. La réalisatrice est en effet allée poser sa caméra dans différentes écoles de son pays, restées ouvertes comme un acte de résistance. Sans commentaire, elle donne à voir l’apprentissage qui continue en dépit des alertes, des coupures d’électricité et des déflagrations qui résonnent au loin. La grande réussite de ces deux heures, conduites avec maîtrise, est de donner naissance à une œuvre joyeuse sans jamais enjoliver les choses. Avec un parti pris quasiment politique d’images aux couleurs chaudes pour affirmer que la vie n’apparaît jamais aussi vibrante que quand un danger mortel permanent la menace. Un témoignage essentiel.
Thierry Cheze
KING OF KINGS : A LA POURSUITE D’EWARD JONES ★★★☆☆
De Harriet Marin
Harriet Marin- Jones se doutait- elle en commençant à enquêter sur la vie de son grand- père, intriguée par le tabou du sujet dans sa famille, qu’elle allait en tirer un de ces récits documentaire qu’aucune fiction n’aurait osé jamais imaginer ? Grâce aux personnalités qu’Edward Jones a croisés sur son chemin (de Quincy Jones à Joséphine Baker dont il a produit une tournée) mais surtout par la manière dont son parcours raconte l’histoire des Afro- américains entre les années 30 et 60. Celles où ce descendant d’esclaves et fils de révérend fut l’un des hommes les plus riches des Etats- Unis. King of Kings décrypte comment celui qui a très tôt compris que les dés étaient pipés à cause de la couleur de sa peau, a réussi, en franchissant allègrement le seuil de la légalité, à acquérir la place qu’il ambitionnait par le pouvoir de l’argent, tout en en redistribuant une partie, façon Robin des bois de la communauté noire. En donnant la parole, outre des membres de sa famille et des proches de son grand- père, à des spécialistes de l’histoire criminelle US, ce documentaire évite le piège de la pure hagiographie et transcende la simple chronique familiale.
Thierry Cheze
SHAUN LE MOUTON : LA FERME EN FOLIE ★★★☆☆
De Lee Wilton et Jay Grace
En 2025, on fête tout à la fois les 30 ans de la première apparition de Shaun le mouton sur grand écran (dans Rasé de près, une aventure de Wallace et Gromit) et le dixième anniversaire du tout premier long métrage dont il était le héros. Et quelle meilleure idée de célébration que ce programme réunissant quatre de ses aventures en animation stop- motion aux côtés évidemment de ses fidèles comparses, le chien Bitzer et le fermier ? La Ferme en folie permet de constater que les années ont beau passé, le sens du burlesque sans autre parole que des borborygmes hilarants de ces personnages en pâte à modeler, marque de fabrique du studio britannique Aardman, n’a pas pris l’ombre d’une ride. Les trois premiers segments - « Lapin », « Alerte aux canards » et « Un problème épineux » - le confirment. Mais c’est le quatrième « Les Lamas du fermier » qui se révèle le plus irrésistible de tous, porté par la dinguerie de lamas génialement incontrôlables.
Thierry Cheze
Retrouvez ces films près de chez vous grâce à Première GoPREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME
CONJURING : L’HEURE DU JUGEMENT ★★☆☆☆
De Michael Chaves
C’est l’heure du pot de départ pour les époux Warren, chasseurs de fantômes superstars, dans ce quatrième Conjuring, douze ans après un premier volet signé James Wanet des spin-off en pagaille. Cet épisode annoncé comme le dernier suit le couple d’investigateurs du paranormal dans ce qui est présentée comme leur plus périlleuse aventure, avec toujours la mention « d’après des faits réels », censée faire redoubler les frissons. Même si, à l’écran, tout ça n’a rien de très flippant ni original : juste une nouvelle histoire de maison hantée par un esprit maléfique. Dépêchés sur un cas épineux impliquant un mystérieux miroir magique dans un quartier populaire de Pennsylvanie, les Warren vont faire face à un déferlement de visions assez banales, b.a.-ba de l’horreur débitée par Chaves sans beaucoup d’énergie ni d’invention. On se raccroche certes à des détails : une scène pas mal dans une cabine d’essayage, une nouvelle poupée bien flippante, une image quasi subliminale dans une cassette vidéo passée au ralenti… Mais c’est hélas à peu près tout. au fil d'un film bien trop long (2h15 !) dont Vera Farmiga et Patrick Wilson interprètent désormais les personnages principaux en pilote automatique.
Frédéric Foubert
Lire la critique en intégralitéCONNEMARA ★★☆☆☆
De Alex Lutz
À Paris, Hélène ne trouve plus de sens dans son travail. Elle fait un burn out et déménage. Retour à Nancy, la case départ. Un soir, sur un parking, elle retrouve Christophe, hockeyeur qui les faisait toutes rêver au lycée, et qui contrairement à elle, est resté ici. En s’attaquant à une adaptation cinématographique de ce roman de Nicolas Mathieu, le réalisateur de Guy se lance un nouveau défi, entouré d’un beau casting (Mélanie Thierry et Bastien Bouillon dans un rôle proche de celui de Partir un jour en tête) mais loupe hélas la marche. Car desservi par un matériau faible, le réalisateur échoue à donner une singularité à ce récit de retour aux sources provinciales sur fond d’adultère et de nostalgie. Connemara est porté par le souffle de deux vents contraires : d’un côté, un beau terrain de jeu pour les acteurs, et de l’autre, un scénario désincarné, où rien ne semble prendre en consistance, des milieux sociaux décrits à l’adultère consommé. Lutz ne parvient en fait jamais à gommer cette impression ressentie à la lecture du livre que Mathieu surplombait ses personnages, créant par ricochet un regard involontairement méprisant sur la France provinciale. Lutz aurait dû oser aller plus loin dans la trahison de l’œuvre originale.
Nicolas Moreno
Lire la critique en intégralitéRENOIR ★★☆☆☆
De Chie Hayakawa
Des plans VHS de bébés en pleurs sur le vieux téléviseur d’un salon tokyoïte. L’héroïne du film a 11 ans, s’appelle Fuki et se fait étrangler dans son sommeil au bout d’un quart d’heure. L’action est censée se passer en 1987. Le crime nocturne n'était qu’un cauchemar chargeant d’emblée la position inquiète de la gamine dans le cadre. Le papa est en phase terminale d’un cancer, la maman, elle, tente malgré tout d’insuffler un peu de vie dans tout ça. Fuki comprend, décode, ressent les contours d’une vie qui n’épargne rien, sans trop s'apitoyer. Un petit monstre doux. Nul doute que la cinéaste nippone Chie Hayakawa (Plan 75) a mis beaucoup d’elle-même. Née en 1976, elle avait donc aussi 11 ans en 87. Plus le film avance dans ses ténèbres, plus on pense à ce qu’Hirokazu kore- Eda aurait fait d’un tel sujet. Car si grâce il y a, la mise en scène semble s’enfermer dans son propre dispositif intimiste empêchant une parfaite symbiose avec la mystérieuse Fuki.
Thomas Baurez
Lire la critique en intégralitéI AM THE FUTURE ★★☆☆☆
De Rachel Cisinski
Ce documentaire suit quatre jeunes gens vivant en France, en Indonésie, en Inde et au Liban, invités à New- York pour témoigner de leur expérience de la pauvreté à l’occasion de la journée internationale du refus de la misère organisée par les Nations Unies. Et tout l’intérêt de leurs témoignages n’est hélas guère mis en valeur par une réalisation assez transparente et ce parti pris de vouloir à tout prix accorder à peu près la même place à chacun qui donne un côté ultra- scolaire à l’ensemble.
Thierry Cheze
WILDING, RETOUR A LA NATURE SAUVAGE ★★☆☆☆
De David Allen
Dans un geste rousseauiste quasi-inédit, un couple de chatelains du Sussex en Angleterre a laissé la nature environnante de leur propriété reprendre ses droits, cessant illico toute agriculture intensive responsable de gros dégâts écologiques. Le présent film accompagne ce « ré-ensauvagement » et ses bienfaits. Rien à dire sur le fond du projet évidemment. Par contre la forme du film, la constante béatitude des protagonistes, la musique ronflante et la recherche du beau plan, rendent l’ensemble trop décoratif.
Thomas Baurez
Et aussi
Toujours possible, de Jacques Ouaniche
Les reprises
Eve, de Joseph L. Mankiewicz







Commentaires