Robert De Niro et Sharon Stone ont enflammé Las Vegas, au cœur des années 1990. On vous raconte tout.
Le monument du film de mafia fête son anniversaire.
Casino vient d’avoir 30 ans (le film est sorti le 22 novembre 1995 aux USA, mais seulement le 13 mars 1996 en France). Inspiré de la vie de Frank « Lefty » Rosenthal, l’homme qui gérait le Stardust de Las Vegas pour le compte de la mafia de Chicago, le film est devenu un classique incontournable. Et tout simplement le meilleur film réalisé par Martin Scorsese, selon Première. Retour sur un projet iconique en 10 anecdotes.
1. Ce générique signé Saul Bass
Le générique de Casino est l’un des plus mémorables : conçu par le légendaire Saul Bass (et sa femme Elaine), c’est sa dernière création. Ancien collaborateur d’Alfred Hitchcock et Otto Preminger, il était déjà sorti de sa retraite pour les génériques de Les Affranchis et Les Nerfs à vif, et revient une dernière fois pour Casino. Visuellement, Bass imagine un enfer néon, avec le corps d’Ace (De Niro) qui s’élève et retombe dans un feu stylisé, sur des images abstraites de Las Vegas. Il explique avoir voulu évoquer Dante’s Inferno et les peintures de Jérôme Bosch. Un générique comme un poème visuel sur la tentation, l’excès et la chute, au son de la Passion selon Saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach.
2. Vrai décor à Las Vegas
Pour donner à Casino une authenticité maximale, Martin Scorsese a choisi de tourner dans un vrai casino plutôt que de construire un décor. Le tournage a eu lieu de nuit (principalement entre 1 h et 4 h du matin) au Riviera de Las Vegas, qui joue le rôle du Tangiers. L’entrée du Landmark Hotel, désormais disparu, sert de façade pour le Tangiers. Le choix de ce décor réel imposait un rythme de tournage exigeant : le casino ne fermant pas, l’équipe devait s’adapter au va-et-vient des vrais clients. Une bannière déployée sur la façade clamait même : "Robert De Niro, Sharon Stone, Joe Pesci Filming the New Movie 'Casino' Inside!"
3. Au bord de la mutinerie
Le comédien Don Rickles, qui joue Billy Sherbert, le chef de la sécurité pour Sam “Ace” Rothstein, a failli provoquer une “mutinerie” sur le tournage. Fatigué par les longues nuits, Rickles a un soir crié aux techniciens : “Vous n’êtes pas obligés de supporter ça !” Scorsese, 82 ans, se souvient dans le New York Post : “Nous avions un planning très difficile et nous étions tous épuisés. Mais à ce moment-là, Don n’en pouvait plus… Il attendait toujours, en colère : ‘Sortez-moi d’ici !’” Originaire du Queens et décédé en 2017, Rickles était devenu une figure emblématique de Las Vegas grâce à Frank Sinatra. De Niro souligne : “Don était vraiment quelqu’un de gentil. Son humour pouvait être acerbe, mais au fond, c’était un type adorable.”
4. Un Bob très impliqué
Casino est la 9ᵉ collaboration entre Robert De Niro et Martin Scorsese (il y aura encore The Irishman et Killers of the Flower Moon). Et le réalisateur raconte à Première comment "Bob nous a aidé à développer certaines séquences, à donner une plus grande cohérence à son rôle." Il détaille : "Nous avons même incorporé dans le script le résultat de nos séances avec lui. Pareil avec Joe Pesci, dans une certaine mesure, mais c’est Bob qui était le personnage principal et le fil conducteur. Bob a passé un certain temps avec Rosenthal en Floride. Il a dû faire un long travail de préparation. Ce n’était pas évident pour lui de maîtriser tous les jeux qui sont offerts dans un casino. Quand il prit la direction du Stardust, Rosenthal lui-même ne les connaissait pas tous. C’était avant tout un handicapeur. Savoir comment parier, et combien, c’est une chose, mais gérer un casino, c’est une toute autre affaire."
5. Sharon Stone dit merci à Joe Pesci
Pour incarner Ginger McKenna, plusieurs actrices avaient été envisagées : Nicole Kidman, Kim Basinger, Melanie Griffith, Madonna, Traci Lords… avant que Scorsese ne choisisse Sharon Stone. Et c’est en partie grâce à Joe Pesci : “Joey s'est vraiment battu pour que je sois remarquée et que j'obtienne ce job. Je lui suis donc très reconnaissante car il m'a toujours soutenu." Stone a dû porter des robes très lourdes, dont une incrustée de sequins métalliques pesant près de 16 kg. Mais cela valait le coup : elle obtient pour Casino sa première et unique nomination à l’Oscar de la meilleure actrice.
6. “Fuck” Casino
Le mot “fuck” est prononcé 422 fois dans le film, soit environ deux jurons par minute, renforçant son style cru et sans filtre. Ce n’est toutefois pas un record pour Marty : Le Loup de Wall Street le dépasse avec environ 506 “f-bombs. Notons que le record du monde est détenu par un documentaire, Fuck (2005), qui en compte... 857. Pas si vulgaire que ça Casino finalement !
7. De Niro a fait sortir Sharon Stone de ses gonds
Stone avait déjà auditionné plusieurs fois avec De Niro avant d’être castée : “C’était mon rêve de travailler avec lui et de pouvoir tenir la distance…" Mais un jour, au cours d'une scène de dispute à table, De Niro lui dit hors caméra : “Tu es une bonne actrice, tu sais ?” Une remarque condescendante qui a eu le don d'agacer la star. Sharon Stone ne s'est pas laisser déstabiliser : "Ah non, pas aujourd’hui mon vieux !” Elle ajoute : “Il savait exactement comment m’énerver, parce que c’est le plus grand acteur observateur : il peut s’immiscer sous votre peau et y pénétrer complètement…”
8. De vrais croupiers pour dealer
Pour l’authenticité, Scorsese a fait appel à de vrais croupiers et pit bosses (ces responsables d’un espace de plusieurs tables). Ils ont été intégrés devant la caméra, permettant aux acteurs de se concentrer sur leur jeu et offrant un réalisme rare, où gestes, attitudes et interactions reflètent exactement l’ambiance d’un vrai casino.
9. Côte cassée
Pendant le tournage, Joe Pesci s’est refracturé une côte lors de la scène où Nicky Santoro est battu avec une batte de baseball, exactement celle qu’il avait déjà cassée quinze ans plus tôt sur Raging Bull. La scène a été tournée malgré la douleur, ajoutant une intensité saisissante.
10. Casino n’a pas fait sauter la banque
Tout juste rentable, Casino a rapporté à peine de quoi rembourser son budget estimé entre 40 et 50 millions de dollars, avec environ 116 millions de recettes mondiales. Cela en fait le 9ᵉ plus gros succès commercial de Martin Scorsese, loin derrière son record absolu au box-office, Le Loup de Wall Street (392 millions en 2013). En France, Casino est dans le top 5 des plus beaux succès de Scorsese, avec 1,6 million d’entrées, assez loin derrière le numéro 1 : Shutter Island (3,2 millions d'entrées en 2010).







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