Et Dieu… créa la femme, Le Mépris, en passant par La Vérité et Viva Maria... Elle aura traversé le cinéma comme une évidence brûlante. Icône absolue des années 1950 et 1960, fantasme mondial et symbole d’une liberté féminine nouvelle, BB s’est éteinte à 91 ans, laissant derrière elle bien plus qu’une filmographie : un mythe.
Elle était plus qu’une actrice. Brigitte Bardot était un souffle de liberté qui a traversé le cinéma et la société tout entière. Une icône absolue éternellement insaisissable. Ce dimanche, BB nous a quittés. Elle avait 91 ans.
Muse des cinéastes, fantasme mondial, incarnation brûlante du désir féminin affranchi, Brigitte Bardot est morte à son domicile du sud de la France, comme l’a confirmé Bruno Jacquelin, de la Fondation Brigitte Bardot pour la protection des animaux. Aucune cause de décès n’a été précisée. Hospitalisée le mois dernier, l’ancienne actrice s’était depuis longtemps retirée des écrans, sans jamais quitter l’imaginaire collectif.
Née Camille Javal dans une famille parisienne aisée, celle qui se rêvait danseuse classique illuminera les écrans des années 1950 et 1960. Devenue Brigitte Bardot, elle incarna comme personne avant elle un basculement historique : celui d’un cinéma qui osait enfin montrer le désir féminin, frontalement, sans détour ni culpabilité. Enflammant les écrans avec Et Dieu… créa la femme, film écrit et réalisé par son premier mari Roger Vadim, elle devient en quelques mois un phénomène mondial.
Si sa domination du box-office fut brève – elle se retire définitivement du cinéma au début des années 1970 –, son influence, elle, a été colossale. Bardot impose une nouvelle image de la femme à l’écran : jeune, pulpeuse, sensuelle, instinctive. Une blonde adolescente et charnelle, à l’opposé de la sophistication plus mûre d’une Marilyn Monroe. Avec Audrey Hepburn, elle ancre durablement dans l’imaginaire collectif une sexualité féminine associée à la jeunesse – un tropisme dont elle n'a jamais vraiment pu se défaire. Entre-temps, Bardot s’impose comme actrice "sérieuse", notamment avec Le Mépris de Jean-Luc Godard, sans jamais totalement échapper à son image de fantasme vivant.
Tandis que Et Dieu… créa la femme installe la Française comme une star internationale - le film rapportera plus de 8,5 millions de dollars dans le monde - Brigitte Bardot enchaîne les triomphes populaires en France : La Mariée est trop belle, La Parisienne (où elle révèle un sens de la comédie plus léger), mais aussi En cas de malheur, La Femme et le Pantin ou La Nuit tombe sur Manhattan.
En 1959, Simone de Beauvoir publie un essai remarqué, Brigitte Bardot et le syndrome de Lolita. La machine du mythe est lancée. BB devient un symbole culturel bien trop puissant pour être déconstruit. L'actrice cherche à prouver sa valeur dramatique dans Babette s’en va-t-en guerre, Vie privée de Louis Malle ou La Vérité de Henri-Georges Clouzot en 1960. Elle continue de travailler avec Vadim, même après leur séparation, tandis qu’elle épouse l’acteur Jacques Charrier, père de son unique fils.
En 1963, Le Mépris de Godard joue brillamment avec son image, l’exposant autant qu’il la questionne. Bardot tourne aussi à l’international comme le western Shalako avec Sean Connery ou Viva Maria de Malle – aux côtés de Jeanne Moreau, qui lui vaut une nomination aux BAFTA.
BB se retirera finalement assez vite des plateaux. Ses deux derniers films, sortis en 1973, L’Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-Chemise de Nina Companeez et Don Juan 73, marquent une fin de carrière crépusculaire.
Parallèlement au cinéma, Bardot enregistra près de 80 chansons, dont "La madrague", "Tu veux ou tu veux pas" ou encore "Bonnie and Clyde" avec Gainsbourg.
Retirée définitivement des écrans, elle reste pourtant une figure médiatique omniprésente, notamment pour son engagement radical en faveur des animaux – elle fonde en 1986 la Fondation Brigitte Bardot – mais aussi pour ses prises de position politiques controversées, qui lui vaudront plusieurs condamnations pour incitation à la haine raciale.
Brigitte Bardot laisse derrière elle son mari, l’industriel Bernard d’Ormale, son fils né de son union avec Jacques Charrier, et deux petites-filles. Mais surtout, une empreinte indélébile : celle d’un visage, d’un corps, d’une liberté qui auront redéfini à jamais la représentation du désir au cinéma.







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