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La plateforme est venue annoncer aux journalistes du vieux continent tous ses grands projets de production locale, à court terme.

Omniprésent sur le marché américain, Netflix tente désormais d'étendre son empire du streaming dans le reste du monde, et notamment sur le vieux continent. Une entreprise de longue haleine, débutée en Grande-Bretagne en 2012, et qui s'est accélérée massivement en 2014, avec l'introduction du concept en France, en Allemagne, en Belgique, en Suisse... Aujourd'hui, la marque est présente dans près d'une vingtaine de pays européens et diffuse en 15 langues différentes. Une expansion qui se poursuivra cette année avec l'arrivée de Netflix en Grèce et en Roumanie.

Investir, toujours investir

Mais il ne suffit pas d'implanter la plateforme pour que, de suite, elle soit adoptée par le public local. "La technologie, c'est bien. Mais ce que les gens veulent, ce sont de bonnes histoires", résume Reed Hastings le créateur et PDG de Netflix, venu présenter les projets de son groupe pour l'Europe, cette semaine, à Berlin, au cours d'une keynote géante, devant plus de 200 journalistes issus de tout le continent. "Depuis 2012, Netflix a investi plus d’1,75 milliard de dollars dans la production européenne. Et ce n’est qu’un début. Nous allons continuer à investir", a-t-il ainsi avancé.

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Et pour cause : la stratégie de Netflix, pour mieux se développer loin de l'Amérique, c'est de produire local. Une stratégie initiée très tôt, dès 2012, lorsque le groupe a débarqué en Scandinavie. C'est là qu'il a sorti sa toute première création originale (avant House of Cards), le polar Lilyhammer, en partenariat avec la chaîne norvégienne NRK. Depuis, la plateforme a signé Marseille en France et The Crown en Angleterre. Et elle ne va pas s'arrêter là.

Un thriller surnaturel en allemand

Elle tourne en ce moment en Allemagne un thriller sombre et surnaturel, intitulé Dark (attendu cet hiver). Une création originale filmée en langue allemande, mais qui sera visible partout sur la planète : "Ce qui est bien avec Netflix, c'est qu'on peut faire quelque chose localement, qui ait une portée internationale", se réjouit le producteur bavarois de Dark, Quirin Berg. "C'est un challenge pour les producteurs comme nous, d'avoir une œuvre qui sera vue aux quatre coins du monde."

Un soap en Espagne

En Espagne, c'est un soap historique, sur l'émancipation de la femme dans les années 1920, qui a été tourné, en langue hispanique. "La condition de la femme, c'est un sujet mondial, auquel tout le monde peut s'identifier", assure Blanca Suárez, l'actrice vedette de Las Chicas del Cable, qui pourra être vu partout autour du globe, sur Netflix, dès le 28 avril prochain.

"Marseille marche très bien hors de France"

Netflix offre donc une immense visibilité à des productions qui seraient, d'habitude, limitées à une ambition nationale. "Marseille marche très très bien hors de France, notamment aux USA", nous confie par exemple Ted Sarandos, le chef des contenus de Netflix. "La production française a toujours eu bonne réputation chez nous, avec des séries comme Les Revenants. Alors ce n'est pas surprenant. Après, c'est vrai que c'est plus compliqué de faire partager des shows allemands ou italiens. Mais j'ai confiance en Dark ou Suburra. Je suis sûr que ce sont des séries qui peuvent très bien marcher en France et hors de leurs frontières". Et Sarandos l'assure : "La langue n'est plus une barrière ! Peu importe leur origine, ces séries peuvent avoir une résonance auprès du public à travers le monde entier. Plus de la moitié des spectateurs qui ont regardé l’ensemble des programmes européens disponibles sur Netflix l’année dernière, n’étaient pas européens !"

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"Avec Suburra, la Rai ose enfin quelque chose"

Avec Suburra, Netflix développe ainsi sa première création originale transalpine. Un préquel du film du même nom (sorti en 2015) et que la plateforme co-produit avec la Rai. "Enfin, la Rai ose faire quelque chose", lâche carrément le producteur, Michele Placido, qui se réjouit de l'arrivée de Netflix sur le marché italien. "Par le passé, j'avais déjà proposé des séries sur la mafia et la politique à la Rai. Et elles avaient toutes été rejetées. Mais là je suis content, ils s'engagent." Polar mafieux décrivant les luttes d'influence, dans un quartier de Rome, Suburra sera diffusé sur le réseau de streaming, partout dans le monde, avant la fin de l'année, puis sur la chaîne gratuite italienne.

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Car le groupe américain n'a jamais dévié de son plan de bataille initial. Pour mieux s'implanter dans les pays et faire face à la défiance des chaînes de télé traditionnelles, Netflix "multiplie les partenariats avec les Networks déjà en vue sur place", confirme Sarandos.

De nouveaux deals avec Canal + et la BBC

C'est ainsi qu'en France, le groupe va s'allier cette année, pour la première fois, avec Canal +. Les deux services prémiums concurrents vont produire ensemble une grande série d'espionnage, dans la langue de Molière. The Spy, inspirée de la vie d'Eli Cohen, sera diffusée chez nous sur la chaîne cryptée et dans le reste du monde sur Netflix.

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De même en Grande-Bretagne, deux nouvelles séries en coproduction avec la BBC verront prochainement le jour sur la plateforme : Troy : The Fall of a City, écrite par David Farr (The Night Manager) pour BBC One, sur la chute de la légendaire cité antique (diffusion des huit épisodes en 2018) et Black Earth Rising, un thriller sur la poursuite des criminels de guerre.

Aujourd'hui, l'Europe représente près d'1/3 de l'audience globale de Netflix, confie Reed Hastings en conclusion, même si les audiences réelles de ces shows locaux restent soigneusement gardées secrètes. Le vieux continent est visiblement devenu un marché prioritaire pour le groupe américain, qui espère ainsi grâce à lui, passer très bientôt le cap éminemment symbolique des 100 millions d'abonnés.