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Martin, mari et papa, s'en va essyer d'oublier ses soucis le temps d'un week-end de randonnée dans la campagne norvégienne. Il a tout le temps de réfléchir à sa vie, à son couple et au sexe pendant ses quelques heures de liberté : c'est le pitch de Natür Therapy, deuxième long réussi et rigolo de l'acteur/scénariste/monteur Ole Giæver après The Mountain (2011, inédit en France). On a pu papoter avec Ole au téléphone, juste avant sa journée de travail sur son troisième film...Pourquoi jouer et réaliser en même temps ?En écrivant le premier jet du scénario, je me suis mis à écrire sur moi. Je me suis stoppé, j'ai dit "wow, arrête ça, tu ne dois pas faire une autobiographie". Alors j'ai essayé des trucs. J'ai tourné des bouts d'essai avec un autre acteur et ça ne marchait pas. En fait ma première intuition était la bonne, inconsciemment. Il fallait que je transmette mon énergie à la fois à la caméra et au personnage.Mais ce n'est pas un auto-portrait.Non. Absolument pas. Dans une autre version du script, Martin était une femme. Evidemment il y a un peu de moi dans Martin -là où il vit, par exemple- mais tout le reste est inventé. Sa relation avec sa femme et son fils.Ce n'est pas un peu chiant de réaliser un film où tu es à l'écran 100% du film ? De ne pas toucher la caméra ?Non, j'ai juste beaucoup fait confiance à mon co-réalisateur, Marte Vold.Bon, on est obligés de parler de la scène où tu te masturbes derrière un arbre...Oui, d'ailleurs un de mes potes m'a dit que j'étais obligé de la faire moi-même parce que je n'aurais pas le cran de demander à un autre de la tourner. (rires) Ce n'était pas si désagréable, les prises ont été rapides.Mais au-delà, tu te mets à nu à la fois en tant que personnage et que réalisateur.Forcément, oui, mais je voulais surtout faire une scène marrante. Comme quand je cours cul nu dans la nature, je crois que c'est l'affiche française...En parlant de nature, c'est une difficulté supplémentaire de tourner dehors.Oui, c'était volontaire, je voulais qu'on puisse capter des accidents. Dehors dans la campagne norvégienne c'est le chaos. Tu restes sur le qui-vive, tu as plus d'imprévu, tu es obligé de te concentrer. On a pu avoir des scènes imprévues. Quand je joue avec la grenouille, par exemple. La grenouille est apparue comme ça et on a tourné. Ou quand je jette mes chaussures dans l'eau, le courant les fait bouger bizarrement. C'est le genre de trucs inouïs, à mes yeux.J'ai essayé de trouver des films qui ressemblaient au tien mais j'ai un peu séché...Ahah, je prends ça comme un compliment. Mais c'est vrai que je ne me suis pas dit "je vais faire un film à la Bergman", par exemple. Le coup de la voix off, qui ajoute de l'épaisseur à la narration sans gonfler le budget, ça me vient d'Un homme qui dort (1974) de Georges Perec et Bernard Queysanne. Très littéraire, très écrit. Très introspectif.Georges Perec - Un homme qui dort par LTTTon premier long était dans la montagne. Le deuxième à la campagne. Et le prochain ?Mon prochain film sera une extension de Natür Therapy, mais très différent. Ce sera un mélange de documentaire et de fiction. Le titre de travail est "Vu du balcon". On est en train de le tourner, dans mon propre appart, sur mon balcon. On regarde le monde depuis mon balcon, sur une période d'un an (de mars à mars), avec un commentaire social sur ce qui nous entoure. Partir du quotidien, décrire les voisins, observer le temps, l'espace et les étoiles.Interview Sylvestre Picard (@sylvestrepicard)Bande-annnonce de Natür Therapy, en salles le 9 septembre :