Le Petit prince
Paramount

M6 programme le film d'animation de Mark Osborne pour la première fois en clair, ce soir.

La sixième chaîne profite des fêtes pour proposer à partir de 21h deux films d'animation ambitieux. Tout d'abord une adaptation libre du Petit Prince, sortie en 2015 au cinéma, puis Un Monstre à Paris (2011), un conte (en)chanté par Vanessa Paradis et Matthieu Chedid.

Un Monstre à Paris : La magie opère grâce à Matthieu Chedid et Vanessa Paradis [critique]

Voici notre critique de Première, publiée à la sortie du long métrage de Mark Osborne : Adapter Le Petit prince au cinéma. Un projet ambitieux par définition donc casse-gueule : convaincre à la fois les allergiques sévères à l’univers de Saint-Exupéry et ceux dont le bouquin, ses images et ses maximes fait partie de leur ADN (même Orson Welles voulait le faire). "L’essentiel est invisible pour les yeux", la tagline du film tirée de la bouche du Renard de Saint-Ex aurait pu être un peu gênante transposée au cinéma, art dont le sens indispensable est évidemment la vue. Face au challenge écrasant, le film a trouvé le moyen : jouer la carte du film dans le film dans le film, des récits emboîtés. Le Petit prince - le film raconte l’histoire d’une petite fille qui va découvrir Le Petit prince - le récit. Deux histoires et deux moyens de la raconter et de l’illustrer. Coincée pendant tout un été chez elle à réviser le concours d’une école de surdoués, une petite fille découvre son voisin excentrique, un vieil aviateur qui va lui donner page par page le récit du Petit prince, complet avec les illustrations indissociables du texte. Au coeur d’un film d’animation post-Pixar superbement maîtrisé (l’univers suburban carré et gris VS la maison tordue et multicolore de l’aviateur) se déploie l’histoire du bouquin (le renard, la rose, les astéroïdes, les interrogations sur le monde des adultes et tutti quanti) réalisée en stop-motion et en papier. Une ambition double et une idée de cinéma sublime qui porte la marque du réalisateur Mark Osborne (rappelez-vous le stupéfiant prologue de Kung-Fu Panda).

Mark Osborne dévoile les secrets de son Petit Prince

C’est, grosso modo, le premier acte du film et ça dépasse de loin la pirouette de scénariste (souvenez-vous de Nicolas Cage dans Adaptation) car c’est au fond terrassant d’évidence : la meilleure façon d’illustrer Le Petit prince est de montrer sa dialectique entre le lecteur et l’oeuvre, à quel point le livre de Saint-Exupéry -en faisant naître des images indestructibles dans un cerveau enfantin- est un vrai livre mythologique, un prisme qui permet à un enfant d’appréhender le réel à l’instar de L’Odyssée. Dialectique narrative d’accord, mais aussi et surtout dialectique de cinéma grâce au contraste entre l’animation 3D et papier qui fonctionne brillamment (et signalons au passage l’exceptionnelle qualité du doublage français, notamment Andrea Santamaria qui fait parler le héros). Le deuxième acte, provoqué par un événement qu’on ne révélera pas, fait basculer le film dans une histoire aventureuse et tout aussi émerveillée où l’héroïne va en quelque sorte mettre à l’épreuve sa vision de l’univers du Petit prince. A proximité du drame final tout s’accélère et se précipite, et c'est là le gros défaut du film : il n'arrive pas à se décider à se terminer. Sans spoiler, il y a bien quatre fins différentes et un peu paradoxales qui n'arrivent pas à conclure sur le sujet le plus puissant du métrage, le deuil. Mais à l’arrivée, en termes de cinéma la promesse est plus que tenue : Le Petit prince grand écran a trouvé ici une sorte de forme définitive.
Sylvestre Picard (@sylvestrepicard)

Bande-annonce :

Le Petit Prince : comment l'Américain Mark Osborne a adapté un monument de la littérature française