Omar Sy - Lupin
Netflix

Omar Sy débarque sur Netflix dans une mini-série adaptant les aventures du Gentleman cambrioleur au XXIème siècle. Sexy, nerveux et très pop.

C’est un dépoussiérage radical : si les premières photos entretenaient le doute (Omar Sy, casquette tweed vissée sur le crâne et manteau noir vintage, semblait coincé entre deux époques), dès les premières minutes, on comprend que son « Lupin » est bien un enfant d’aujourd’hui. Avec cette adaptation moderne de Lupin, Netflix a donc produit une série pop et (gentiment) postmoderne qui transforme le monument de Leblanc en blockbuster sexy. Mais derrière les intrigues tordues et l'histoire de vengeance, il y a Omar. Il porte la série avec la puissance et le talent d’acteur qu’on lui connaît, mais c’est aussi un peu plus que ça. Depuis quelques temps, le comédien semble de plus en plus impliqué dans les projets qu’il incarne et il se fait tailler des costumes sur mesure où l’on retrouve tout un tas de thèmes ou de réflexions communes. L’identité, la filiation, la puissance consolatoire de la fiction... Après Le Prince oublié, après Yao, Lupin est un nouveau véhicule pour la star préférée des français. Rencontre. 

 

Est-ce que Lupin a été spécifiquement conçu pour vous ou est-ce qu’on vous a proposé cette série après qu’elle a été écrite ? 

On était en discussion avec Gaumont depuis quelques temps. On voulait retravailler ensemble. On cherchait un projet télé et on a réfléchi à une idée, un sujet qui pouvait me correspondre, jusqu’à ce qu’on tombe sur Lupin. Quand l’idée est arrivée sur la table, ça paraissait évident... Avec tout de suite, l’idée que je devais jouer Lupin. Donc, la base du projet, c’était dès le début un Lupin, pour moi… Et je me suis effectivement investi dans le développement. 

A aucun moment, vous ne vous êtes posé la question de jouer Lupin au XIXè ? Parce que Lupin, c’est aussi l’époque, les costumes XIXè, le Paris Belle époque, le chic français...

C’est vrai. Mais le fait que je le joue, moi, ça oblige à réfléchir différemment. L’idée c’était dès le début de faire quelque chose de moderne, de jouer avec la mythologie et la légende que tout le monde connaît. Honnêtement on n’a pas perdu beaucoup de temps sur l’idée de le faire à l’époque…

Quel fut votre rôle concret à l’écriture ?

J’ai fait pas mal de retour sur ce que les auteurs proposaient. J’ai sans doute influencé la tonalité de la série et j’ai insisté très vite sur le fait qu’à mon avis il fallait un personnage encore plus fan de Lupin que Lupin lui-même. Quelqu’un qui soit obsédé par le mythe, par cette légende. Assane au fond, fait de Lupin un idéal, et il modèle sa façon de vivre sur ce personnage. Je crois que, avec cette idée, je cherchais aussi à donner au Lupin du livre une place dans l’histoire. 

Mais c’était un personnage qui comptait pour vous ? 

Pas plus que pour n’importe quel français j’imagine. On connaît tous Lupin, on a des images, des références, des souvenirs de films… J’avais lu « Lupin contre Herlock Sholmes », j’avais celui de Descrières en tête et j’avais vu celui de Romain Duris… Mais je n’étais pas plus fan que ça. Par contre pour préparer la série, je me suis mis à les lire. Tous. Les uns après les autres. 

Si je vous demandais votre degré d’implication dans l’écriture, c’est parce qu’en voyant le premier épisode, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au Prince oublié.

Ah bon ? Va falloir m’expliquer...

Dans les deux cas, le thème central c’est la filiation ; dans le film comme dans la série, le récit rappelle le pouvoir absolu de la fiction. Et puis vous incarnez à chaque fois un nobody qui va faire un casse – braquer les rêves de votre fille ou Le Louvre dans le premier épisode…

(sourire) Pas mal ! Je vous assure que c’est inconscient. La filiation est un peu dans les livres… Son père est soi-disant un voleur, marié à une femme de la haute, mais il n’a jamais été considéré… Il y a chez Lupin ce problème de l’héritage. Si Arsène Lupin devient cambrioleur, c’est évidemment pour faire partie de la haute, mais surtout pour voler les riches et ainsi venger son père. Maintenant, la filiation, c’est un thème qui m’intéresse et, dans la saison 1, il ne s’agit que de cela. C'est l’histoire d’un personnage qui veut venger son père, tout en devant assumer ses responsabilités de père. C’est une dualité très riche. Il y a ce combat intérieur entre le père qu’il doit être et le fils qu’il est. 

C’est présent dans beaucoup de vos films récents... Cela vous obsède à ce point ? 

Un peu. Mais ça me paraît être un ressort de fiction super puissant et totalement universel. L’humanité c’est ça : on est tous un “héritage”. On est ce qu’on nous a donné et ce qu’on nous a refusé. On est également ce qu’on décide de donner en retour ou de garder pour soi… C’est con hein... Mais pour moi, c’est la base de l’homme. En tout cas, je me pose tous les jours la question de savoir ce que je transmets à mes enfants.

Et c’est important que vos projets se confrontent à ces questions ? 

Évidemment. C’est une forme de thérapie. Ça me soigne (rires).

Il n’y a pas que la question de la paternité. Le pouvoir de la fiction est constamment réaffirmé dans vos films récents. Le rêve, les livres, le conte... C'est à chaque fois une manière de tordre le réel, de le réenchanter.   

Ce n’est pas aussi conscient que cela, mais pour moi l’imaginaire, le conte et les histoires, d’où qu’ils viennent – à l’oral ou à l’écran... ben c’est pour ça qu’on fait ce métier-là. On raconte ces histoires parce qu’on y croit. Moi je suis acteur parce que j’ai foi en cela, et je vais vers des histoires qui le disent de marnière explicite. Une belle histoire, ça change ne serait-ce que l’instant où on la vit, où on la lit, où on la regarde. Peut-être pas la suite, peut-être pas ta vie entière, mais juste le moment où on est dans l’histoire. On est ailleurs. On n’est plus dans sa vie, on voyage. En faisant des films, c’est ce que très naïvement j’ai envie d’amener au spectateur. Parce que ce sont les fictions qui m’ont permis de changer ma vie. De rêver et d’aspirer à des choses que j’avais découvertes dans la fiction. 

Omar Sy - Lupin
Netflix

La fiction tord le réel, mais votre Lupin parle aussi du réel. Et notamment de la place des noirs dans la société, très ouvertement… 

Oui, mais c’est vraiment une trouvaille du scénariste George Kay. Dans les livres, Lupin a une vraie finesse d’analyse de la société dans laquelle il vit. C’est comme ça qu’il réussit à leurrer son monde. Il a compris les codes de toutes les couches de la société. Et Hassan fait une analyse très simple : il y a des gens qu’on ne regarde pas. Il suffit donc de se mettre dans la peau de ces mecs-là pour être invisible. On a des invisibles dans cette société hélas ! Mais c’était intéressant de s’en servir. Si certains prennent ces gens pour des victimes, Hassan lui transforme ce truc-là en force. 

C’est très Lupin, ça. Presque subversif. Le personnage retourne l’invisibilisation des noirs pour en faire une arme... 

Totalement. Mais le personnage de Lupin était comme ça. C’était un anar, un révolutionnaire... Cela s’y prêtait. Pour Leblanc, Lupin c’était le mec très français, qui avait le gout des belles choses, une morale très forte, et très attaché à la France – chauvin même. C’était une photo de la France de l’époque. On a fait la même chose, mais en 2020. La série est une photo de la France d’aujourd’hui. Mais je voudrais quand même préciser quelque chose : pour moi il ne s’agit pas que de la place des noirs. C’est social d’abord. Quand on parle d’invisibilisation, Il s’agit de ces gens qui travaillent sans qu’on les prenne en compte. Ce n’est pas parce qu’ils sont noirs qu’on ne les regarde pas, c’est parce qu’ils occupent cette place-là dans la société. Le problème est ici social plus que racial.

De manière plus prosaïque, Lupin c’est aussi un plaisir d’acteur.

TO TA LEMENT. C’est le jouet parfait pour un comédien. Les belles fringues, le raffinement, l’humour, la séduction, l’action... avec ce qu’il faut de drame. Ce mec-là a tout. Avec un style de fou. 

On sent que, à chaque fois que vous enfilez un costume, vous enfilez une autre identité. Comme dans le SAV…

Ah ah oui exactement ! Il y avait très consciemment ce côté-là aussi. Ça participait du plaisir nostalgique de cette série. Mais c’était la base du Lupin de Leblanc également. Tout passe, dans le livre, par le vêtement. L’habit fait le moine chez lui. En prenant un vêtement, il prend un accent, une façon de parler, une attitude et comme mon personnage duplique les méthodes de Lupin, il fallait qu’on imite ça aussi.

Quand je pense que les anglais se demandent encore si James Bond peut être noir... Nous c’est fait, notre Lupin est noir !

C’est vrai, Lupin c’est notre James Bond, et je suis super fier d’être le Lupin d’aujourd’hui. Faut qu’Idriss Elba se dépêche, maintenant.  

A lire aussi sur Première