It's a Sin
Channel 4

Témoignage sans concession sur les années sida et vibrante ode à la vie, It’s a Sin est une réussite qui fait cohabiter toutes les émotions.

"J’ai regardé ailleurs pendant des années. Enfin, je peux mettre le sida au coeur d’une fiction", lâchait récemment Russell T. Davies dans The Guardian. Pas dans une interview, mais dans une tribune à valeur cathartique. Le scénariste britannique a pourtant conçu la première série gay (Queer as Folk) et pavé un itinéraire fictionnel comprenant davantage de représentativité (jusqu’à Cucumber, déjà plus radical). Ultime étape de ce cheminement, It’s a Sin développe son récit autour de trois jeunes hommes partis à Londres démarrer un nouveau chapitre de leur vie. Seulement, nous sommes en 1981 et l’épidémie de sida commence à faire des ravages. Imaginée comme une série chorale fébrile et énergique qui décrit la conquête exaltante de nouveaux horizons, It’s a Sin confronte une jeunesse immarcescible à l’incertitude et à la peur du lendemain, souvent dans la même scène et avec une justesse étonnante.


Exaltée au point de prendre parfois des airs de représentation théâtrale ou de comédie musicale, elle se heurte à cette montée en tension inquiétante, parallèle, qui contamine l’intrigue jusqu’à l’effroi. Très incarnée, la série doit beaucoup à son casting masculin qui s’efface, le moment venu, devant une insubmersible jeune femme. Incarnée par Lydia West (Years and Years), elle est la compagne de galère de ces héros d’infortune qu’elle tient à bout de bras.. Elle encaisse les coups pour protéger les autres dans un élan de dévotion, jusque dans cet hôpital qui donne à voir une réalité crue. Où le déni disparaît et expose une vérité sans fard.