La Piscine de Jacques Deray : Romy Schneider et Alain Delon
SND (groupe M6)

Alors que la Cinémathèque propose une grande exposition, Netflix ajoute neuf longs métrages avec Romy Schneider à son catalogue. Que voir en priorité ?

Le 29 mai 1982 à l’âge de 43 ans disparaissait Romy Schneider. 40 ans plus tard, l’icône est devenue une légende qui ne cesse de fasciner les nouvelles générations de cinéphiles. L’arrivée de neuf longs métrages sur Netflix devrait permettre d’étendre encore un peu plus cette aura. Voici ceux qu’il est impératif d’avoir vu au moins une fois dans sa vie.

Romy Schneider s'expose à la Cinémathèque française du 16 mars au 31 juillet

La piscine de Jacques Deray (1968)

Et Romy redevint Schneider. A la fin des sixties, l’actrice vit en Allemagne aspirant à une existence plus rangée. Mais son ancien amant, Alain Delon, entend la faire revenir en pleine lumière. Il réussit ainsi à la convaincre de goûter en sa compagnie aux eaux troubles de La Piscine, un thriller de Jacques Deray. Le film marque donc les retrouvailles de deux icônes et ne va se priver de mythifier ce rapprochement. Le couple Delon-Schneider semble s’aimer comme au premier jour même si tout à l’écran semble contredire la divine idylle. Il flotte en effet sur ce film noir ensoleillé une odeur de mort qui exclue d’emblée une passion possible. La Piscine décrit la façon dont deux tourtereaux (Delon-Schneider of course) peu soucieux des bruits du monde dans leur villa au-dessus de Saint Trop’ vont voir leur indolence perturbée par l’arrivée d’un play-boy (Maurice Ronet) et de sa fille (Jane Birkin). Un meurtre va précipiter tout ce petit monde dans un climat d’inquiétude et de tension. A l’écran, Alain et Romy se frottent conscients qu’une légende est peut-être en train de se réécrire, mais restent sans cesse séparés par une mise en scène dupe de rien. L’actrice mélancolique regarde l’Apollon qu’elle a jadis aimé avec un désir hautain. Quant au Dieu grec du cinéma français, trop sûr de ses charmes, il paraît bien seul avec ses certitudes. Ce couple est une machine à fantasmes qui déborde forcément du cadre. Un classique intemporel.


 

Les Choses de la vie (1969)

Pourquoi Les choses de la vie et pas Max et les Ferrailleurs ou mieux César et Rosalie du même Claude Sautet ? Car une fois que vous aurez vu cette première collaboration entre le cinéaste et celle qui allait devenir sa muse, vous n'aurez qu'une envie: vous jeter sur les deux autres. Romy Schneider dans un élan magnétique s’impose toujours un peu plus au fil de ces trois films incontournables. L’histoire raconte que c’est dans un studio d’enregistrement alors que Romy Schneider posait des voix pour finaliser La Piscine que Claude Sautet croisa pour la première fois l’actrice. Il décida presque aussitôt qu’elle serait sa Hélène des Choses de la vie. Un rôle certes secondaire, mais qui par la présence de l’actrice allait s’imposer au-devant du cadre et de la mémoire collective. "Mon père m’a toujours dit que j’étais photogénique, ne t’inquiète pour ça !", aurait alors dit l’actrice à Claude Sautet pour le rassurer de ne lui avoir donné qu’une "petite" partition. Les choses de la vie, c’est l’histoire d’une lettre de rupture que l’on regrette d’avoir écrite et surtout conservée. C’est aussi et surtout l’histoire d’un accident de voiture qui oblige à revoir sa vie en accélérée. Michel Piccoli est au volant, Romy Schneider dans ses pensées. Le couple se retrouvera dans la foulée dans Max et les Ferrailleurs.


 

L’important c’est d’aimer (1975)

Près de dix ans après son grand retour grâce avec La Piscine, Romy Schneider est devenue l’une des plus grandes actrices du cinéma français. Elle ne choisit pas pour autant la facilité et n’a de cesse de prendre à bras le corps des rôles extrêmes emplis d’ambiguïtés, de fêlures, de contradictions. Que ce soit avec Luchino Visconti (Ludwig ou le Crépuscule des dieux), Claude Chabrol (Les innocents aux mains sales) ou encore Robert Enrico (Le Vieux fusil). Andrzej Zulawski va lui offrir mieux : une traversée du miroir. Dans L’important c’est d’aimer, Romy Schneider incarne une comédienne à la peine qui pour joindre les deux bouts, accepte des rôles "olé olé" dans des productions fauchées. Dans les premières minutes, regard caméra, les yeux embués de larmes, elle implore le photographe de plateau de la laisser tranquille : "Ne faites pas de photos, je vous en supplie… disait son personnage angoissé. Je suis une comédienne vous savez ?  Je sais faire des choses bien… Ça, je le fais pour bouffer…" Cette séquence qui déchire le cœur, est depuis montrée dans toutes les écoles d’art dramatique. Le film vaut à Romy Schneider de remporter son premier César. Culte.