Le Dîner de cons a 25 ans : « La connerie, c'est quelque chose de formidable ! »
Gaumont Buena Vista International

En mai 1998, Francis Veber livrait dans Première les secrets d'une bonne adaptation de pièce de théâtre au cinéma.

Le Diner de cons est rediffusé ce soir sur TMC. Première avait rencontré le réalisateur de la comédie culte, sortie il y a 25 ans, à l'époque.

« On est assez « franc » chez les Veber : sa femme s'appelle Françoise, sa sœur France et lui Francis. » Voilà comment, en mai 1998, Jean-Yves Katelan entamait son interview du réalisateur du Dîner de cons, effectivement peu adepte de la langue de bois. Francis Veber y livrait sa définition d'un bon « con » de cinéma, et surtout, il expliquait sa méthode pour adapter une pièce de théâtre triomphale en succès cinématographique.

Car quelques jours auparavant, le 15 avril 1998, exactement, Le Dîner de cons sortait sur grand écran et il attirait les spectateurs en masses dans les salles obscures. Mené par ses comédiens en grande forme (Jacques Villeret, Thierry Lhermitte, Daniel Prévost, Francis Huster ou encore Catherine Frot...), il a fini par attirer 9,2 millions de personnes en France ! Un vrai succès populaire, le plus gros de la carrière de son créateur, pourtant habitué aux jolis scores au box-office : Les Fugitifs et Les Compères avaient avant cela passé les 4 millions d'entrées chacun, Le Placard en a enregistré 5,3 millions en 2001, et La Chèvre, 7 millions en 1981.

Alors pour souhaiter un joyeux anniversaire au Dîner de cons, « une comédie à l'incontestable efficacité zygomatique », écrivait-on à l'époque dans notre critique, nous partageons ci-dessous quelques extraits de cette entretien franc...hement pas con.

 

 

Le Dîner de cons : un François Pignon digne de ses prédécesseurs du Grand Blond, de La Chèvre et des Compères [critique]
GBVI

En préambule, Francis Veber donne sa définition d'un con :

« Un con est imprévisible. Un emmerdeur a en général une raison de vous emmerder ; c'est un type qui a une obsession comme Brel dans L'Emmerdeur (Molinaro, 1973) : il veut retrouver sa femme et il va vous emmerder jusqu'au moment où il y arrivera. Tandis qu'un con, c'est simplement quelqu'un qui vous surprend par ses réactions, qui peuvent être dévastatrices !

(…)

La connerie, c'est quelque chose de formidable. Mais il faut rester modeste : on est toujours le con de quelqu'un.

(…)

Etre con, c'est très souvent être à côté de la situation. Un manque de timing. Par exemple, il vous arrive une tragédie personnelle et je veux absolument vous faire faire des mots croisés alors que je devrais me rendre compte, si j'étais plus intelligent, que ce n'est pas le moment. C'est une espèce d'incompréhension de l'autre.

(…)

Le manque de communication est aussi une forme de définition de la connerie. »

Des contre-exemples de cons au cinéma

«  Ce que je voulais éviter, aussi bien dans la pièce que dans le film, c'était de faire un con niais. Il y en a beaucoup dans le théâtre et le cinéma. Abbot et Costello, Jim Carrey, Jerry Lewis dans il était avec Dean Martin... Même Laurel et Hardy : Laurel est d'une bêtise crasse par rapport à Hardy qui n'arrête pas de le battre. Et il a l'air idiot. Ces cons-là sont beaucoup plus faciles à faire. »

Passer du théâtre au cinéma 

« Il ne faut pas avoir peur du décor unique. Ce n'est pas utile d'aller dehors. Regardez les films qui se passent dans les palais de justice ! Au cinéma, il faut juste que ça ait l'air naturel. Moi, ce qui m'a beaucoup aidé, c'est qu'un de mes personnages soit handicapé. Il a mal au dos, donc les autres viennent le voir.

(…)

J'ai vu Un Air de famille juste avant, mais surtout pour voir l'utilisation du Scope. On nous dit tout le temps : « Le Scope, c'est pour les grands paysages. » Mais c'est faux ! Le Scope, c'est le cinéma, et c'est aussi beau sur un gros plan de visage que sur les chutes du Niagara. D'abord parce que les arrières-plans sont un peu flous ; l'acteur a de la présence et ça aussi, ça déthéâtralise. »

L'Emmerdeur : "Plus le fond est dramatique, plus les effets comiques sont bizarrement renforcés"

Le rythme de la comédie

« J'ai envie d'une chose : que ça aille plus vite. Je suis impatient au cinéma. Je trouve que la plupart des films sont trop longs. »

Avec 80 minutes au compteur (1h20), Le Dîner de cons est effectivement un bon exemple de comédie courte et pourtant diablement efficace. Le film est rapidement devenu culte grâce à ses répliques mémorables : le fameux échange autour de « Juste Leblanc » ou celui de Marlène « sa soeur », « Il est mignon Monsieur Pignon... », la description détaillée de la Tour Eiffel en allumettes... Sans oublier les incontrôlables fous rires de Monsieur Leblanc, justement.

Le Dîner de cons est à (re)voir sur Première Max