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Mise en scène poétique, actrices au sommet, musique envoûtante, ambiance fascinante... Retour sur le premier petit bijou de Sofia Coppola.

Une petite ville américaine du Michigan, dans les années soixante-dix. Tous les garçons n'ont d'yeux que pour les cinq soeurs Lisbon, filles de l'étrange professeur de mathématiques de l'école et de sa très puritaine épouse. Quand la plus jeune d'entre elles, Cécilia, se suicide, la fascination des garçons ne fait que croître et se double d'une intense curiosité. Les Lisbon se replient alors sur eux-mêmes : ils retirent leurs filles de l'école, puis leur interdisent de communiquer avec le monde extérieur. Les garçons tentent alors de sauver ces prisonnières.  C'est le décor de Virgin Suicides, que la chaîne OCS City diffuse ce soir à 22h45.  La fille du grand Francis Ford Coppola se lance avec ce film tourné à la fin des années 90 dans la réalisation en traitant un thème cher au cinéma paternel : la famille. Elle y apporte sa touche personnelle en l'abordant sous un nouvel angle, celui de la féminité et de l'adolescence, voie qu'elle ne cessera de creuser au fil de ses films suivants. Toutes ses thématiques dont chaque film sera une nouvelle variation sont déjà là : l'adolescence, la féminité, l'incompréhension des autres, la fausse tranquillité qui cache un danger, et bien sûr l'ennui de la petite fille convoitée. Kirsten Dunst, actrice fétiche de la réalisatrice, que l'on retrouvera dans son Marie-Antoinette (2006) y incarne la sœur la plus extravertie et peu farouche. Elle ouvre le bal à toutes les muses de Sofia Coppola, femmes enfants à la tendre sensualité. Scarlett Johansson, Elle Fanning et Emma Watson... chaque actrice a commencé le cinéma très jeune tout comme la réalisatrice apparue dès son enfance dans les films de son père.Ce premier film, c'est aussi l'ouverture d'une belle série de bandes originales qui fait la singularité du cinéma de Sofia Coppola. Celle de Virgin Suicides est aussi feutrée et éthérée que l'ambiance, la photographie et les silhouettes rêveuses des jeunes filles. Le groupe versaillais Air y déploie un magnifique poème sonore, délicat et mélancolique comme un hymne à l'adolescence. Le résultat marquera les esprits. Un fil rouge : la voix de Thomas Mars au côté du groupe Air formé de Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin. Chanteur de Phoenix devenu depuis le mari de Sofia Coppola, il influencera profondément le travail de la réalisatrice. Une complicité créatrice qui fait partie de l'identité artistique de Sofia. La manière de travailler de Sofia Coppola dévoile à quel point l'ambiance musicale est essentielle. Son collaborateur, le compositeur Brian Reitzell, en souligne l'importance : "Mon premier film était son premier film, The Virgin Suicides. Nous avons passé beaucoup de temps à travailler sur la musique pendant le tournage, plutôt que de faire le film d'abord puis voir ensuite ce qui pourrait coller." Matière filmique et matière musicale se confondent et se font ensemble. Elle effectue un grand travail de recherche pour élaborer ses BO, mêlant les genres et les époques. Son biopic de Marie-Antoinette sera particulièrement concerné par ce caractère. La réalisatrice n'hésitera pas à alterner entre musique classique et pop rock (comme elle glissera parmi les chaussures royales une paire décontractée de Converse !). En attendant des nouvelles de son nouveau projet sur le parcours d'un père bisexuel et de sa fille dans un San Francisco rongé par le sida, rendez-vous ce soir sur Arte pour une balade envoûtante et troublante que vous n'oublierez pas de sitôt.