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Au nom du père est à l'honneur ce soir sur Arte.

Ce soir, Arte nous ramène dans un passé pas si lointain en diffusant Au nom du père, classique de Jim Sheridan sorti en salles en 1994. Fondée sur l'histoire vraie de Gerry Conlon, jeune irlandais accusé à tort d'un attentat à la bombe au nom de l'IRA en 1974 et condamné à quatorze ans de prison pour un crime qu'il n'a pas commis, cette chronique virulente contre le système judiciaire britannique de l'époque reste l'un des films les plus récompensés du cinéaste irlandais, auréolé notamment du Lion d'Or à Venise.

Dans la peau de Gerry Conlon, le perfectionniste Daniel Day-Lewis livrait là une de ses performances les plus abouties et applaudies, consacrée notamment par une nomination aux Oscars. En moins de dix ans, de 1989 à 1997, Day-Lewis et Sheridan ont collaboré ensemble sur trois films, trois longs-métrages remarqués qui dessinent une des relations créatives les plus stimulantes de cette époque. À l'occasion de la rediffusion d'Au nom du père, retour sur cette trilogie qui permit à Daniel Day-Lewis de s'imposer comme l'un des meilleurs acteurs de sa génération.

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Trois films, trois morceaux de l'histoire irlandaise
L'histoire commune de Jim Sheridan et Daniel Day-Lewis commence à la fin des années 1980 lorsque l'acteur irlandais, formé à l'école du théâtre de la Royal Shakespeare Company et révélé par ses rôles dans My Beautiful Laundrette de Stephen Frears et Chambre avec vue de James Ivory, est choisi par son compatriote pour incarner le peintre Christy Brown dans son prochain film My Left Foot.

Symbole du method actor, Day-Lewis se plonge complètement dans la vie de ce peintre, irlandais lui aussi, qui a la suite d'une paralysie cérébrale, ne pouvait peindre ou écrire qu'avec les doigts de pied de son pied gauche. Pour se préparer, il passe plusieurs semaines en immersion dans la clinique dans laquelle Brown était soigné, ne se déplaçant qu'en fauteuil, quitte à se faire porter pour monter les escaliers. Une manière de prendre conscience de toutes les réalités du handicap qui nourriront une performance couronnée par le BAFTA et surtout le premier de ses deux Oscars du meilleur acteur.

Six ans plus tard, le tandem se reforme pour ce Au Nom du père alors que Day-Lewis sort du tournage du Dernier des Mohicans, sur lequel ses méthodes d'acteur ont encore fait parler d'elles. Pour se préparer au rôle de Gerry Conclon, l'acteur perd près de 25 kilos, s'entiche d'un accent nord-irlandais marqué qu'il garde y compris en dehors du tournage et passe plusieurs jours et plusieurs nuits en prison pour s'immerger dans l'esprit du personnage et comprendre ses choix. Au nom du père va tout comme My Left Foot connaître un grand succès en regard de son budget modeste et sera surtout consacré par la Lion d'Or à la Berlinale, tout en décrochant sept nominations aux Oscars, dont une bien évidemment pour Day-Lewis.

Troisième volet de la trilogie irlandaise du tandem, The Boxer sort en 1997. Dans ce film, Daniel Day-Lewis incarne un boxeur du nom de Danny Flynn, ancien membre de l'IRA qui souhaite tourner cette page de sa vie qui lui a valu quatorze ans de prison avant que son passé ne le rattrape. Une sorte de miroir et de suite spirituelle d'Au nom du père pour laquelle Day-Lewis subit encore une préparation dont lui seul a le secret, notamment en apprenant la technique du noble art aux côtés de l'ancien champion du monde irlandais Barry McGuigan. Présenté en compétition à Berlin, le film récolte trois nominations aux Golden Globes, dont une nouvelle pour l'acteur.

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"Ma carrière, je la dois à Jim Sheridan"
The Boxer referme une parenthèse non seulement pour le duo, qui n'a plus collaboré depuis, mais dans la carrière de Day-Lewis. Au sortir du tournage de The Boxer, il raréfie encore sa présence à l'écran (cinq films en dix-huit ans) et prend cinq ans de pause pour se consacrer à sa passion pour la menuiserie et la cordonnerie. Et nul doute que si l'acteur sélectionne avec autant de soin ses projets dans lesquels il peut déployer sa méthode si particulière, c'est en grande partie grâce au succès de ses films avec Jim Sheridan, le premier à avoir pu permettre à l'acteur d'exprimer tout son potentiel.

Pour résumer l'impact qu'a eu la collaboration avec Jim Sheridan sur la carrière de Daniel Day-Lewis, il faut écouter les mots même de ce dernier, qui déclarait à l'occasion d'une cérémonie en 2011 en l'honneur de Sheridan et de My Left Foot : "Travailler avec Jim Sheridan a changé ma vie. Je ne pense pas que je connaîtrais une expérience plus heureuse. [...] Jim, avec sa grande ouverture d'esprit et sa générosité, m'a donné la chance de travailler comme je le souhaitais pour la première fois. J'aurais pu avoir une carrière correcte sans lui mais la carrière que j'ai eue, et toutes les occasions que j'ai eu durant ma vie, je les ai eues grâce à Jim Sheridan et au producteur Noël Pearson".

Au nom du père sera diffusé ce soir à 22h15 sur Arte.