Et au milieu coule une rivière de Robert Redford
Allied Filmmakers/ Pathé

Le troisième long métrage de Robert Redford réalisateur est à l’honneur ce soir de « Place au cinéma » sur France 5, présenté par Dominique Besnehard

L’adaptation d’une nouvelle très prisée

Situé dans le Montana du début du 20ème siècle, Et au milieu coule une rivière met en scène la relation entre deux frères, un temps éloignés par l’existence, qui se retrouveront autour de leur passion commune pour la pêche à la mouche, inculquée dans leur enfance par un père qui les a élevés sous le signe de la très rigoureuse religion presbytérienne. Il s’agit de l’adaptation de La Rivière du Sixième jour, une nouvelle autobiographique signée Norman Maclean, un prof de l’Université de Chicago et publiée en 1976, alors qu’il venait de prendre sa retraite. L’auteur eut à l’époque du mal à trouver une maison d’édition, la majorité de ses interlocuteurs lui reprochant le côté trop bucolique de l’intrigue. Alors, fort de son succès en librairies, il fut lui- même intransigeant face aux nombreuses propositions d’achats de droits de différents producteurs. Et a dit beaucoup non avant d’accepter la proposition de Robert Redford. Celui- ci avait eu un vrai coup de cœur pour cette nouvelle quand il l’a découverte au début des années 80, sur les conseils d’amis. Et il s’est immédiatement reconnu justement dans les préoccupations tout à la fois environnementales, morales et mémorielles de cette œuvre. Comme si elle avait été écrite pour lui. Mais il lui a fallu huit bonnes années, de nombreux courriers et échanges avec son auteur pour que ce dernier lui en concède les droits d’adaptation, à condition d’avoir un droit de regard sur le scénario co- écrit par Richard Friedenberg (qui venait de signer celui du Choix d’aimer, dont Julia Roberts tenait le rôle principal). Après avoir fait ses débuts de metteur en scène en 1980 avec le multi- Oscarisé Des gens comme les autres, Redford venait à ce moment- là de terminer Milagro, présenté en compétition au festival de Cannes. Sorti quatre années plus tard, en 1992, Et au milieu coule une rivière fut donc son troisième long métrage derrière la caméra.

Un casting de longue haleine

Une fois le projet mis en route, il attira nombre de comédiens. Au départ, il fut envisagé pour un trio familial de comédiens : Llyod Bridges et ses fils Beau et Jeff. Puis William Hurt, alors tout juste Oscarisé pour Le Baiser de la femme d’araignée, fit le forcing pour camper Paul Maclean, le plus jeune des deux frères. Pour prouver sa dextérité à la pêche à la mouche, il alla même en faire une partie avec Norman Maclean… avant que ce dernier ne douche ses espoirs en lui expliquant que bien que bon pêcheur, il n’était pas assez bon comédien pour incarner son frère. Et si Craig Sheffer (le héros, juste avant, du Cabal de Clive Barker) fut très tôt choisi pour incarner l’auteur, le rôle de son frère fut soumis à une longue audition. Alors qu’il venait de terminer My own private Idaho, River Phoenix y échoua. Et Brad Pitt crut un temps qu’il allait subir le même sort. Sauf que mécontent de son audition, il a réussi à faire parvenir une K7 d’essai d’une autre scène et sut convaincre Redford pour ce rôle qui, un an après son apparition très remarquée dans Thelma et Louise, installa durablement sa popularité auprès du grand public

Un Français oscarisé

 Nommé sans succès aux Oscars de la meilleure adaptation (remporté par Retour à Howards end) et de la meilleure musique – signée Mark Isham – (Alan Menken s’est imposé avec Aladdin), Et au milieu coule une rivière est reparti avec une statuette. Celle de la meilleure photographie signée par le français Philippe Rousselot qui a notamment triomphé de son compatriote Robert Fraisse, le chef opérateur de L’Amant de Jean- Jacques Annaud. Alors déjà Césarisé pour Diva en 1982 et Thérèse en 1987, la carrière internationale de Philippe Rousselot avait débuté en 1985 avec La Forêt d’émeraude de John Boorman. Et il avait déjà été nommé par deux fois aux Oscars pour Hope and glory en 1988 et Henry & June en 1991. Créateur, depuis, de la lumière de Larry Flint de Milos Forman, de Big fish de Tim Burton, des Sherlock Holmes de Guy Ritchie ou encore des Animaux fantastiques de David Yates, il a aussi retrouvé Redford pour Lions et agneaux en 2007.