Sailor et Lula
Première/The Samuel Goldwyn Company

Un Kaléidoscope d’images terrifiantes et passionnées, avec Nicolas Cage, Laura Dern et Willem Dafoe ? Retour sur la Palme d’Or inoubliable de David Lynch sortie le 17 août 1990 aux Etats-Unis.

Le 21 mai 1990, les applaudissements se faisaient entendre à l’unanimité au festival de Cannes à l’annonce par Bernardo Bertolucci, de la Palme d’Or décernée à Sailor et Lula. Une histoire d’amour aux personnages sauvages ou le burlesque côtoie l’horreur et l’amour passionnel. L’un des couples les plus emblématiques du cinéma avait fait la couverture il y a trente ans de Première et la journaliste Christine Haas avait recueilli les impressions de son réalisateur, David Lynch. A cette occasion nous avons voulu revenir sur l’histoire d’amour la plus loufoque de Cannes.

"Ce qui m’intéresse c’est ce qu’on voit sur l’écran, les évènements qui s’y produisent et la manière si possible pas banale dont ils se produisent", confiait David Lynch lorsqu’on l’interrogeait sur le sens de son film. Le réalisateur brouille consciemment les pistes, bouscule les genres pour repousser les frontières du connu. Le couple explosif Laura Dern / Nicolas Cage porte une passion à la fois intrépide et unique dans un monde cauchemardesque ou la violence fait certes rage. On ne peut qu’être sous le charme de Sailor portant fièrement sa "Snake Jacket" faisant écho à Marlon Brandon dans L’Homme à la Peau de Serpent, interprétant "Love Me" d’Elvis Presley. Des cris stridents, une ambiance sombre et d’un romantique cliché. Là est toute la puissance de Sailor et Lula, l’horreur devient drôle et l’ébauche d’une comédie musicale peut s’achever dans un bain de sang.

Pourquoi Lost Highway est le film ultime des années 90

Pourtant David Lynch à une idée assez arrêtée concernant le genre de son film, il assure avoir réalisé "un conte de fées".  Un conte de fées assez anticlassique au premier abord mais il est vrai que Sailor et Lula s’en rapproche à travers des éléments précis. On ne compte plus les références au Magicien d’Oz  avec les apparitions de la fée rose puis du magicien ou encore de manière plus détaillée avec les escarpins rouges de Lula rappelant les souliers vernis de la même couleur de Dorothy. En adaptant le livre de Wild at Heart de Barry Gifford, David Lynch s’est approprié l’histoire en insistant sur la liberté des images et la dimension contemporaine du film : "Je suis comme un détective à l’affût des choses qu’habituellement on cache. Le monde contemporain n’est peut-être pas exactement l’endroit le plus brillant ou l’on puisse rêver de vivre. La souffrance, la noirceur, la confusion sont partout. C’est une espèce d’étrange carnaval où il y a pas mal de douleur mais qui peut être assez drôle aussi." Le résultat est bouleversant et nous entraîne avec frénésie dans la paranoïa, celle de l’amour jaloux d’une mère mais aussi d’un amant constamment sur le fil du rasoir. Une ode à la liberté dans le bizarre où la passion amoureuse, elle reste intacte. L’actrice Laura Dern confiait :  "Ce que j’adore chez David Lynch, c’est qu’il est très étrange et raconte des histoires terrifiantes. Pourtant, c’est un innocent qui croit à l’amour, c’est même un véritable idéaliste."

Quand David Lynch ne voulait pas expliquer Mulholland Drive : "Je n’aime pas trop m’étendre sur la signification des choses…"

Trente ans après, la Palme d’Or de David Lynch marque encore les esprits de par sa singularité et nous donne envie de revoir Nicolas Cage enjamber à toute vitesse les capots de voitures pour retrouver Lula et lui interpréter "Love me Tender" dans une lumière éclatante.

Bande-annonce :

Laura Dern parle de la réaction de David Lynch lors de la remise de son Oscar d’honneur