Le Diable en boîte
Splendor Films

Également auteur de Campus, avec Elliott Gould, le cinéaste avait 91 ans.

Chacun son Richard Rush. Beaucoup de cinéphiles, François Truffaut en tête, l’admiraient pour Le Diable en boîte (The Stunt Man), vertigineuse mise en abyme du monde du cinéma, sa Nuit américaine à lui en quelque sorte, qui n’avait pas rencontré le public à l’époque de sa sortie (1980), mais récolté tout de même trois nominations aux Oscars. Meilleur scénario, meilleure réalisation et meilleur acteur pour Peter O’Toole, dans le rôle d'un réalisateur diabolique qui poussait un cascadeur à flirter avec la mort pour mettre en boîte le plan parfait.

Les ados des années 90, eux, se souviennent sans doute surtout de Color of Night, thriller érotique post-Basic Instinct, gros plaisir coupable de l’époque, dont les scènes de sexe entre Bruce Willis et Jane March, nous apprend Wikipédia, furent classées par le magazine Maxim comme les « meilleures de tous les temps ». Le scénariste star Shane Black, lui, doit avoir passé pas mal de temps dans ses jeunes années à regarder Les Anges gardiens (aucun lien avec Jean-Marie Poiré), alias Freebie and the Bean, mètre-étalon du buddy-movie, mélange bordélique et irrévérencieux d’action, de violence et d’humour, qui inspira les classiques eighties du genre, L’Arme fatale en tête. Quant à Quentin Tarantino, il a emprunté à la BO. du film de courses de stock-cars Thunder Alley un morceau infernal, Riot in Thunder Alley, tout en sitar et bongos, pour rythmer la course-poursuite finale de Boulevard de la mort.

 

Né à New York en 1929, Ruchard Rush appartenait à la première génération de réalisateurs ayant fait leurs classes sur les bancs de UCLA, future pépinière des talents du Nouvel Hollywood. Ses débuts sont emblématiques de la manière dont un apprenti filmmaker grimpait les échelons de l’industrie dans les sixties : beaucoup de films de bagnoles, de bikers ou de hippies (Le retour des anges de l’enfer, Psych-Out, Les sept sauvages…), souvent tournés pour la boîte American International Pictures, et employant régulièrement un acteur débutant nommé Jack Nicholson.

En 1970, c’est Campus (Getting Straight), avec Elliott Gould et Candice Bergen, l’un des nombreux films autour de la révolte estudiantine qui pullulaient dans l’après-68 (Zabriskie Point, Des fraises et du sang, Vas-y, fonce…), et l’un des meilleurs représentants du genre, que Tarantino avait inclus dans la liste des films à potasser avant Once upon a time… in Hollywood. Le succès du film fera accéder Richard Rush à un nouveau statut, confirmé par la popularité des Anges gardiens. Mais, dix ans plus tard, l’échec commercial de son chef-d’œuvre, Le Diable en boîte, trop compliqué à « marketer », plus ou moins enterré par son distributeur, sera une blessure douloureuse, qu’il tentera de guérir en 2000, dans un making-of rétrospectif au titre explicite, The Sinister Saga of making The Stunt Man.

Richard Rush est mort le 8 avril, à l’âge de 91 ans, à son domicile de Los Angeles. Il laisse une filmographie finalement assez courte, mais était sans doute le seul cinéaste à pouvoir s’enorgueillir, comme le rappelait la journaliste Kim Morgan, d’avoir signé un film adoré par Truffaut (Le Diable en boîte), un autre par Kubrick (Les Anges gardiens) et un troisième par Ingmar Bergman (Campus). Sans compter la demi-douzaine vénérée par Tarantino.

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