Monte Hellman
Briquet Nicolas/ABACA

Egalement producteur exécutif de Reservoir Dogs, le cinéaste avait 91 ans.

Variety a annoncé la mort de Monte Hellman, le 20 avril, à Palm Desert, en Californie, des suites d’une chute à son domicile. Le réalisateur, âgé de 91 ans, était l’auteur d’une poignée de films devenus cultes, à commencer par Macadam à deux voies, son chef-d’œuvre, road-movie laconique sorti dans les salles américaines à l’été 1971.

Macadam à deux voies, alias Two-Lane Blacktop, s’était crashé au box-office, comme à peu près tout ce qu’avait tourné Monte Hellman dans sa carrière, alors qu’à l’origine, il avait tout pour cartonner. Produit par Universal dans la foulée du triomphe d’Easy Rider, au moment où l’imaginaire de la route fascinait le public post-hippie, doté d’un casting d’une coolitude irréprochable (le folk-singer James Taylor et le Beach Boy Dennis Wilson), le film, qui racontait la course entre une Chevy 55 et une GTO 70 dans des arabesques motorisées à la limite de l’abstraction, fut rejeté, autant par ses commanditaires, qui ne firent aucun effort pour le promouvoir, que par les spectateurs.

Il finira par devenir mythique, à force notamment d’être cité en interview par Bruce Springsteen, puis au fil des ressorties et des jolies éditions vidéo. En France, c’est Carlotta qui s’était chargé de le faire redécouvrir dans les années 2000, en même temps que les deux westerns que Monte Hellman avait tournés dans les sixties avec Jack Nicholson, L’Ouragan de la vengeance et The Shooting. Deux essais intellos et envoûtants, qui relisaient l’héritage de John Ford à la lueur de Beckett et d’Antonioni. Pas besoin de préciser que ces deux-là non plus n’avaient pas fait vendre beaucoup de pop-corn.

Né à New York en 1929, Monte Hellman avait commencé sa carrière, comme presque tout le monde dans les années 50-60 (Scorsese, Coppola et les autres), grâce à Roger Corman, avec le film d’horreur fauché La Bête de la caverne hantée. Suivront d’autres films d’exploitation, Flight to Fury, Back door to hell, tournés aux Philippines avec le débutant Jack Nicholson, qui signera plus tard le script de L’Ouragan de la vengeance. Dans The Shooting, quatrième film avec Nicholson d’affilée, Hellman dirige aussi Warren Oates, qui deviendra une sorte d’alter-ego, notamment dans le très chouette Cockfighter (1974), sur le monde des combats de coqs.

Warren Oates faisait le lien entre Hellman et Sam Peckinpah, qui partageaient également le même scénariste, Rudy Wurlitzer (auteur coup sur coup au début des années 70 de Macadam à deux voies et de Pat Garrett et Billy le Kid, sublime doublé). Hellman officiera pour l’ami Peckinpah en tant que monteur sur Tueur d’élite, en 75. L’un des nombreux jobs alimentaires d’un réalisateur condamné à signer au fil du temps des films de plus en plus obscurs (China 9 Liberty 37, Iguana, Silent Night Deadly Night 3 : Better Watch Out !), projetant d’adapter un bouquin de Robbe-Grillet avec Sean Connery, puis finissant par bosser comme réalisateur de seconde équipe sur RoboCop.

Il se retrouve auréolé en 1992 d’un crédit de producteur exécutif sur Reservoir Dogs, dont il avait été question qu’il le mette en scène, avant que son auteur, le jeune Quentin Tarantino, ne reprenne la main. « C’est bien que Tarantino l’ait fait lui-même finalement, commentait-il en interview. Ma version à moi aurait été moins, disons… accessible ».

En 2010, après deux décennies sans tourner, il revient avec Road to Nowhere, influencé par David Lynch, sur un jeune metteur en scène égaré entre réalité et fiction, œuvre maladroite et fragile qui lui permet néanmoins de décrocher un prix spécial pour l’ensemble de sa carrière à la Mostra de Venise, remis par le président du jury, Quentin Tarantino, ami fidèle. « Je n’aime pas trop cette expression mais j’ai fini par l’admettre : je suis un réalisateur maudit », disait-il à l’époque, alors que sortait en parallèle de Road to Nowhere un livre d’entretiens à l’intitulé stonien, Sympathy for the Devil – titre logique pour un homme au patronyme infernal (Hell Man).

Une image pour la fin ? La dernière de Macadam à deux voies, bien sûr, inoubliable (attention, spoiler), quand le paysage américain, parcouru en tous sens, a été épuisé, qu’il n’y a plus nulle part où aller et que la pellicule, soudain, prend feu.  

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