Le Seigneur des Anneaux : La Communauté de l'anneau [critique]
Première/New Line Cinema

Le premier film de la saga de Peter Jackson fête ses 20 ans.

Le 10 décembre 2001, l'avant-première mondiale de La Communauté de l'anneau avait lieu à Londres. Un événement, qui a été suivi rapidement par un immense succès : à partir de sa sortie mondiale neuf jours plus tard, le premier opus du Seigneur des Anneaux, de Peter Jackson, a cartonné, empochant près de 900 millions de dollars de recettes dans le monde, globalement adoré aussi bien par les critiques que le public. La rédaction de Première était tombée sous le charme de ce premier volet, comme on peut le constater en (re)lisant cette critique 4 étoiles signée par Gérard Delorme.

Le seigneur des anneaux : aux origines de la saga culte de Peter Jackson

Parmi le torrent d’impressions qui se dégage de ce premier épisode adapté de la trilogie de J. R. R. Tolkien, on est frappé par le mélange d’humilité et d’ambition. Humilité devant une substance narrative monumentale et ambition de l’illustrer de la façon la plus universelle possible. En fait, l’un ne va pas sans l’autre. Le résultat, enthousiasmant au-delà de ce qu’on pouvait espérer, frôle l’idéal de "cinéma pur" que très peu (Disney, Hitchcock, Powell, Kurosawa) ont
 réussi à atteindre.

En guise d’"il était une fois", un prologue, aussi spectaculaire que concis, établit le contexte historique et les forces en présence. Suit une période calme, qui permet d’introduire les principaux personnages (des Hobbits) et de mettre en place une histoire complexe. Là, on est frappé par la réalité de tout ce qui passe habituellement pour de l’artifice (les costumes, les décors, l’interprétation).

Le film prend véritablement son envol à partir du second tiers. Au cours de cette phase purement spectaculaire, les séquences les plus inouïes se succèdent à une cadence telle qu’on se demande si on ne va pas saturer. Il n’en est rien. Peter Jackson a un sens du rythme consommé et, sur trois heures, il sait ménager les respirations aussi bien que les temps forts sans jamais fatiguer.

Il sait aussi surprendre, notamment avec la profondeur dramatique qui gagne l’histoire dans la dernière heure du film. Épuisés par les batailles, les personnages sont rongés chacun par ses propres démons, le doute, le découragement, les tentations diverses. Ils atteignent alors une dimension qui a disparu depuis longtemps de ce genre de spectacle. De tous les personnages, puissamment interprétés dans des registres variés, le plus impressionnant est Ian McKellen dans le rôle de Gandalf, dont chaque apparition apporte une énergie titanesque. 

L’esthétique trouve ses racines jusque chez les peintres symbolistes et l’art nouveau qui ont marqué le cinéma muet (certaines scènes chez les Elfes rappellent les péplums fondateurs auxquels Peter Jackson a rendu hommage dans Forgotten Silver). Cette capacité à marier de façon invisible les techniques les plus éprouvées comme les plus novatrices est la marque d’ un grand cinéaste. 

L’un des aspects les plus réjouissants de ce film vient de là: en dépit de sa dimension industrielle, il trahit à chaque plan l’identité de son auteur et surtout son état d’esprit. Un esprit de plaisir et de partage, suffisamment fort pour finaliser, après des années de travail, sa vision d’un cinéma qui fait peur, rire, frémir, trembler et s’émouvoir.

La bande-annonce de La Communauté de l'anneau :


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