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Longtemps resté "l’autre Affleck", Casey devrait enfin s’imposer grâce au film de Kenneth Lonergan, qui pourrait lui valoir un Oscar.

Mise à jour du 9 janvier 2017 : Casey Affleck vient de remporter le Golden Globe du meilleur acteur dans un drame pour son rôle dans Manchester by the Sea. Le film de Kenneth Lonergan a été acclamé -à juste titre- à sa sortie il y a quelques semaines. Et son acteur principal y est effectivement exceptionnel. Prochaine étape, l'Oscar ?

Actualité du 1er décembre 2016 : "J’ai 41 ans. Ca fait très longtemps que je frappe à la porte" confie Casey Affleck au magazine Variety qui lui consacrait sa couv il y a quelques semaines, avec ce titre : "L’outsider". Etrange de le considérer comme tel après 20 ans de carrière, plusieurs premiers rôles et une nomination à l’Oscar. Il n’a pas fait que "frapper à la porte" d’Hollywood, il y est entré plusieurs fois. Mais jamais pour de bon. Après Gone Baby Gone et L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, qui lui vaut sa nomination à l’Oscar, tout le monde lui prédit un brillant avenir. "Et les opportunités ne se sont jamais présentées". Effectivement, après ces deux rôles majeurs en 2007, on ne le retrouve qu’en 2010, à l’affiche de The Killer Inside Me mais, surtout, aux commandes de son "documenteur" I’m Still Here avec Joaquin Phoenix. Ce délire qui a intrigué pendant des mois et déçu (voire consterné) tout le monde à sa sortie a créé un malaise dans l’industrie et sans doute nui à sa carrière. Pas franchement de quoi faire fructifier son statut d’acteur de premier plan. Du coup il est repassé au second.

Cinq choses à savoir sur Manchester by the Sea

I’m Still Here

Il faut dire que ses rares premiers rôles, il les a tenus dans des drames indé fragiles comme Gerry de Gus Van Sant ou Lonesome Jim de Steve Buscemi. Pendant ce temps, son frère Ben faisait Armaggedon, Pearl Harbor, Daredevil… Des succès, certes, mais dans des rôles interchangeables, qui font de lui un jeune premier mais jamais un acteur singulier ; des choix qui ont fini par lui flinguer sa carrière et dont il a mis longtemps à revenir. Une incitation à garder profil bas pour Casey ? Dans le milieu indé, il ne devient peut-être pas successfull mais creuse un vrai sillon, se construit une identité – au point que le "Casey Affleck Movie", drames familiaux et/ou sentimentaux où il est question d’échec et de solitude dans des cadres sous-éclairés, est presque devenu un sous-genre du cinéma indépendant. Mais sa carrière ne décolle pas. Doit-il aller chercher le grand public ? La seule franchise à laquelle il a participé est Ocean’s Eleven, le film de casse de Soderbergh dans lequel il s’ennuie au fond du cadre : "Brad Pitt était devant la caméra pendant que j’étais littéralement à l’autre bout du hangar, flouté dans le fond, en train d’empiler des jetons de poker pendant six heures d’affilée" raconte-t-il, visiblement amer, à Variety. Et puis il s’éparpille. Outre sa décision peu stratégique à ce moment de sa carrière de se consacrer à un faux doc de sale gosse turbulant, Casey Affleck trace un chemin sinueux : son premier rôle (dans Will Hunting), il a fallu le supplier pour qu’il le tienne ; lui voulait réaliser un making-of du film. Il a consacré du temps à l’écriture de différents scénarios qui attendent toujours d’être tournés. Après le 11 septembre, il a participé à un concours de design du mémorial du World Trade Center. Il a essayé pendant des années de lancer un musée autour de visions du futur, a commencé à imaginer ouvrir une chaîne de fast-food vegan ou inventer une appli pour retrouver les chiens perdus…

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Pourtant, chaque année, il est là, à l’écran, et se fait plus ou moins remarquer. Il participe même à quelques grosses productions, mais en deuxième ou troisième rôle : en 2011, il fait le Casse de Central Park, pas tout au fond du cadre, cette fois, mais derrière Ben Stiller et Eddie Murphy. Semi-échec au box-office. En 2014, il est à l’affiche d’Interstellar, gros succès, mais qui se souvient qu'il incarne le fils de Matthew "crying" McConaughey ? Décidément, il n'y a que sa fibre indé qui peut lui rendre justice, et il continue d'ailleurs de faire merveille avec son spleen et sa voix éraillée dans le drame de David Lowery découvert à Sundance Les Amants du Texas. En 2016, il est à l'affiche de trois films : le thriller d’action de John Hillcoat Triple 9 et le film d’aventure Disney The Finest Hours, deux échecs à leurs mesures respectives. C'est sans doute le troisième qu’on retiendra. Nouveau film Sundance, parfait "Casey Affleck Movie", Manchester by the Sea est un peu plus que ça. L’émotion profonde qui traverse le film et que porte Casey Affleck lui donne une autre envergure, de quoi, peut-être, dépasser la simple estime de ceux qui traînent dans les festivals. Après avoir bouleversé les publics des différents festivals où il a justement été montré, le film de Kenneth Lonergan est devenu un concurrent sérieux dans la course aux Oscars. Il vient d’être nommé meilleur film par le National Board of Review, qui a également élu Affleck meilleur acteur. La veille, ce dernier remportait le Gotham Award, se plaçant dans le haut de la liste des sérieux prétendants à l’Oscar. Et c’est sans doute exactement ce qu’il faut à Casey Affleck pour, enfin, imprimer définitivement sa marque. Après l’Oscar, il ne devrait plus avoir à forcer la porte de Hollywood.

Ironiquement, le probable rôle décisif de Casey, l’autre Affleck, celui qui a tenté de ne pas vivre dans l’ombre de son frère, est celui d’un frère, et plus exactement d’un homme qui vient enterrer son frère.

Kenneth Lonergan - Manchester by the Sea : "Je ne veux pas assommer les gens avec du pathos"

Manchester by the Sea sort en salles le 14 décembre prochain.

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