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Eric et Ramzy sont de re-Tour pour une vraie-fausse suite de leur chef-d’œuvre d'il y a 14 ans. Toujours aussi infernaux.

Quatorze ans se sont écoulés depuis La Tour Montparnasse infernale, cette merveille de non-sens parodiant Piège de Cristal et révélant en Eric et Ramzy un potentiel comique dévastateur qui rebattait les cartes de la comédie pouët-pouët à la française tout en s’engouffrant dans la brèche ouverte par les Nuls avec La Cité de la Peur. Quatorze ans, une éternité pour les fans des duettistes qui ont, dans l’intervalle, emprunté des chemins différents : une carrière d’acteur remplie pour Ramzy Bedia ; un statut d’icône de la contre-culture hexagonale pour Eric Judor, maître à tout faire de la série barrée Platane et acteur fétiche du non moins barré Quentin Dupieux. À bien des égards, La Tour 2 Contrôle Infernale reflète ce nouveau rapport de forces puisque Judor est le réalisateur du film et en endosse donc seul la paternité artistique  -même si dans le dossier de presse, les deux larrons minimisent cet aspect des choses.

Slapstick franchouillard

Prequel (l’action se situe en 1981 et met en scène des héros similaires) et remix à la fois (après Piège de Cristal, 58 minutes pour vivre comme référence), La Tour 2 raconte comment deux neuneus (des pilotes brillants rendus complètement cons lors d’un test de centrifugeuse !), bagagistes à « Aurly Ouest », vont se retrouver confrontés à des cyberterroristes qui menacent la sécurité aérienne française. Ces derniers, surnommés Les Moustachious et portant des masques qui renvoient aux Anonymous, illustrent l’aller-retour permanent que le film effectue entre passé et présent, entre le délire potache et le commentaire post-moderne, entre sa propre mythologie (le culturiste Peter Mc Calloway a enfin un visage !) et l’histoire de France (le ministre de l’intérieur qui se rêve à la culture imagine la Fête de la Musique devant des collaborateurs atterrés). Une véritable tambouille pop qui carbure plus que jamais aux dialogues surréalistes et au slapstick sans renier son esprit franchouillard.

Scènes instantanément cultes, duo toujours au point, seconds rôles hilarants (dont celui tenu par la fidèle Marina Foïs, qui incarne une assistante « control-freak »)…, La Tour 2 tient toutes ses promesses, et plus encore grâce à la performance absolument magistrale de Philippe Katerine, le cadeau Bonux du film. En psychopathe qui maltraite la langue de Molière à longueur de phrases, le chanteur fantasque fait une composition à l’anglo-saxonne, totalement originale, hyper incarnée et décomplexée, mais sans être en roues-libres pour autant. Nul doute que son Moustachious en chef va faire date.

@chris_narbonne