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Rencontre avec l'acteur culte de How I met, qui se glisse délicieusement dans les improbables costumes du comte Olaf, pour la série Netflix.

Quasiment 20 ans après la sortie du premier tome, Les Désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire vont enfin avoir droit à leur première adaptation télé. Une série "très cinématique, dark, et visuellement assez fun à regarder", selon Neil Patrick Harris, qui campera l'excentrique Comte Olaf, un affreux comédien raté, prêt à tout pour mettre la main sur la fortune des Baudelaire. A une semaine de la sortie de la première saison (en 8 épisodes) sur Netflix, l'inoubliable Barney Stinson de How I met nous présente la série et raconte pour Première ce tournage si particulier, pour lequel il a dû être déguisé 5 mois durant !

How I met your mother : Neil Patrick Harris sait qui est la mère de l'enfant de Barney !

Si je vous dis que, d'après moi, vous étiez né pour jouer ce rôle. Vous êtes d'accord ?
Neil Patrick Harris : C'est en tout cas un rôle qui fait sens avec ma carrière et la trajectoire des rôles que j'ai incarné. Pour mon dernier rôle au théâtre, à Broadway, dans Hedwig and the Angry Inch, c'est vrai que je subissais déjà une certaine transformation physique...

Effectivement, vous êtes tout le temps déguisé dans la série...
J'ai quatre apparences physiques complètement différentes durant la saison. C'est fun parce que je me déguise entièrement, avec des looks qui n'ont rien à voir. Et pourtant, il m'a fallu garder à l'esprit qu'il s'agit toujours d'Olaf, jouant ces personnages. Ce ne sont pas différents personnages. C'est toujours Olaf, cet affreux comédien, convaincu d'être beau et talentueux. Alors c'était assez méta pour moi, de comprendre comment incarner un vieux loup de mer tout en restant Olaf. Et puis dès que j'enlevais les costumes et les prothèses du Comte Olaf, le soir après le tournage, je me trouvais tout à coup super beau dans le miroir (rires) ! C'était un petit bonus personnel.

Justement, comment vous avez fait pour supporter toutes ces prothèses, pendant plusieurs mois ?
J'avais déjà fait ça dans How I met your mother, mais sur une journée ou deux. Pas pendant cinq mois. A l'époque, il me mettait de la glue pour que les prothèses tiennent. Là, on a vite compris que ça allait me ruiner le visage. Donc, les accessoiristes ont trouvé un autre produit adhésif, qui marchait super bien... Et puis au beau milieu du tournage, le produit a été retiré du marché, parce qu'il a été jugé mauvais pour la santé, pour je ne sais quelle raison... Du coup, on ne le trouvait plus qu'au marché noir et ça coûte 500 $ la bouteille ! On s'est démené pour en trouver. Et je dois dire que mon visage a plutôt bien tenu, non ?

Votre personnage est un peu cartoonesque. C'est difficile de surjouer volontairement ?
L'histoire des livres est racontée du point de vue des enfants. Les adultes, eux, sont toujours improbables, too much, ignorants de façon disproportionnée. Alors du coup, il faut surjouer. C'est justifié par le script. K. Todd Freeman, qui joue le banquier Mr. Poe, le fait à merveille d'ailleurs. Il y a par exemple une scène, dans laquelle il donne la réplique à Olaf, déguisé en Stefano. Et les enfants lui disent : "Mais c'est Olaf qui est déguisé !" Et lui ne voit rien, alors que c'est évident. Ce sont des situations absurdes et ridicules au possible, pas simples à jouer.

C'est votre première série pour Netflix. Qu'est-ce que ça change, par rapport à une chaîne plus traditionnelle ?
On a fait deux épisodes par livre. Alors comme on a tourné 8 épisodes pour cette première saison, on a couvert les quatre premiers tomes de la saga littéraire, qui en compte 13. C'est cool d'avoir de la matière et de savoir exactement où va votre personnage. Ça change, par rapport au fait de recevoir juste un premier script et puis d'attendre ensuite pour savoir comment vous allez devoir jouer la suite.
Avec Netflix, ce qui est bien, c'est qu'on a une liberté totale. En plus, Barry Sonnenfeld (le réalisateur) a une idée très concrète de ce qu'il veut visuellement. Il a un style très clair. Et Netflix lui a laissé les mains libres pour appliquer son style. On n'a pas été restreint, artistiquement parlant.
En revanche, on ne peut pas prendre de photo sur le plateau, on ne peut rien poster sur Twitter et Instagram. Et il fallait que je me déplace de plateau en plateau caché sous un parapluie, pour éviter les fuites et les spoilers.

Vous partagez l'affiche avec les Orphelins Baudelaire. C'est difficile d'avoir des enfants pour partenaires principaux ?
J'ai tendance à protéger les enfants acteurs, parce que j'ai été un enfant acteur moi-même (il était la star de la sitcom Dr Doogie, qui a duré 4 saisons à la fin des années 1980, NDLR). Je sais qu'ils sont soumis à beaucoup de pression, parce qu'ils n'ont pas le droit - légalement - de rester trop d'heures d'affilée sur le plateau. Ils vont aussi à l'école. Ils sont trimbalés d'un endroit à un autre. C'est parfois difficile pour eux de rester concentrés. Je suis passé par là, donc je sais ce que c'est. Mais heureusement, ils sont très matures pour leur âge et ils livrent une performance sincère, qui ancre très bien les personnages dans la réalité. Et ça, c'était indispensable pour que la série fonctionne.

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Et le bébé ?
Ce bébé est remarquable (il rigole). Oui, Prunille c'est un vrai bébé, joué par la petite Presley. Elle a d'abord été engagée parce qu'elle est trop mignonne. On ne peut pas vraiment dire qu'un bébé a du talent ou pas... Mais en tout cas, elle regardait à chaque fois la personne en face d'elle. Ce qui est remarquable, parce qu'un bébé a plutôt tendance a regardé le micro au-dessus d'habitude... (rires).

Vous diriez que la série est plutôt pour les enfants ou plutôt pour les adultes ? Vos enfants ont vu la série par exemple ?
Mes enfants n'ont que 6 ans. Mais ils ont vu, effectivement, les deux premiers épisodes lors d'une avant-première où je les ai emmené. Je crois que Netflix a voulu quelque chose qui puisse plaire un peu à toutes les générations. La série est basée sur des livres "young adult", donc je crois qu'on s'adresse aussi bien à la foule du Comic Con qu'à des grands-parents. En tout cas, on n'a pas tourné en se disant : c'est une série pour enfants !

Aviez-vous lu les livres avant d'accepter le rôle ?
Non, parce que le premier tome est sorti au même moment que Le Prisonnier d'Azkaban (en 1999). J'étais à fond dans la lecture des livres Harry Potter à l'époque. Mais quand le projet de série est arrivé jusqu'à moi, j'ai lu le premier tome. Et j'ai sincèrement adoré. Cela apprend aux enfants un certain sens de l'humour et un certain sens de la morale, sans pour autant être moraliste. C'est un sens de l'humour assez sombre, qui correspond bien au mien. Je suis en train de lire le 13e tome en ce moment.

Il existe déjà un film adapté des Orphelins Baudelaire (sorti en 2003), qui avait bien marché. Comment vous avez fait pour vous en détacher ?
Le film devait enchaîner un grand nombre d'histoires, dans un laps de temps très limité. Ils ont zappé pas mal de petits détails des livres, qui sont tellement croustillants. Ils passent très vite du Manoir du Comte Olaf à la Tante Joséphine, puis chez le Dr Montgomery... Nous, on a pu prendre le temps et ça donne quelque chose de plus dark et plus intense, d'une certaine façon.

Tout le monde vous voit encore aujourd'hui comme le Barney Stinson de How I met your mother. Vous avez peur d'être enfermé à nouveau dans le stéréotype d'un autre personnage ?
Non pas du tout. Déjà, parce que la série sera forcément limitée dans le temps, puisque l'histoire des livres se termine après 13 tomes. Et puis le Comte Olaf est tellement excessif, démesuré, que je n'imagine pas qu'on puisse me cataloguer en tant que Comte Olaf (rires) !

Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire (saison 1) - mise en ligne sur Netflix le 13 janvier 2017.