Boots Riley
Abaca

Le réalisateur du disjoncté Sorry To Bother You affirme que ces deux films de super-héros ne sont ni radicaux ni subversifs.

Joker est un succès monstre. Au-delà des scores, plus d’un milliard de recettes dans le monde pour un budget de 60 millions, le long-métrage de Todd Phillips est devenu un véritable phénomène de société dépassant le cadre du cinéma. Que l’on aime ou que l’on déteste, on ne peut nier que le film a eu un impact pop-culturel cristallisant certains maux de la société actuelle. Pourtant, certains continuent d'affirmer que Joker ne serait pas aussi engagé et subversif que cela. Dernier détracteur en date ? Boots Riley. Qui ça ? Si ce nom ne vous dit pas encore grand-chose, c’est tout à fait normal. Avant d’œuvrer dans le cinéma indépendant américain, Boots Riley traumatisait l’Amérique blanche et WASP grâce au rap au sein du groupe contestataire The Coup. Depuis, Boots a raccroché le micro et mis au placard son carnet de rimes. Cette année, celui-ci a réalisé Sorry To Bother You, un "petit" film indé, très confidentiel, qui n’est sorti chez nous que dans très peu de salles. L’histoire d’un jeune démerdard afro-américain (incarné avec brio par Lakeith Stanfield alias Darius d’Atlanta) devenant une star du télé-martketing parce qu’il a… une voix de blanc. Cette caractéristique va lui permettre de gravir les échelons et d'entrer dans les hautes sphères. Un pitch totalement foutraque pour une mise en scène hallucinée, Sorry To Bother You avait réussi le pari d’un film à la fois inventif et politique.

Sorry to bother you : Une grande satire sociale [Critique]

Récemment, Boots Riley a donné son avis, relayé par Indiewire, sur Joker et The Dark Knight Rises [Christopher Nolan, 2012, ndlr] en critiquant l’aspect politique, ou plutôt faussement politique selon lui, de ces deux blockbusters : "Il y a de superbes performances, j’adore Joaquin Phoenix et j’espère travailler avec lui un jour mais, honnêtement, [Joker] ne change pas vraiment la donne en matière d’histoires de super-héros. C’est exactement la même chose que tout le monde fait : ‘la rébellion c’est trop cool’ alors qu’en fait il n’y a pas de vraies raisons de la faire. C’était pareil à l’époque de The Dark Knight Rises. Ils ont essayé de faire Occupy après Occupy [une série de manifestations mondiales en 2011 contre les inégalités économiques et sociales] parce qu’ils voulaient surfer là-dessus. La vérité c’est que les films de super-héros sont des films de flics, des histoires de flics, qui ne font rien d’autres qu’affirmer que si les gens sont dans la galère c’est parce qu’ils ont fait des mauvais choix qui les ont rendu pauvres. Et surtout que ce n’est pas la faute du système." Boots Riley a l’air bien remonté. Est-ce que cela ne vaudrait pas un nouveau film ? Ou, dans une moindre mesure, un nouvel album ?

 

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