C'est avec beaucoup d'émotion, des trémolos dans la voix et des mots très tendres que Vincent Lindon a reçu hier soir le prix d'interprétation masculine pour son rôle de syndicaliste reconverti malgré lui en vigile dans La Loi du Marché. Son discours de remerciements était une véritable déclaration d'amour aux laissés pour compte (à qui il dédie ce prix), au festival de Cannes, à sa famille, mais aussi à Stéphane Brizé "son réalisateur à lui".

Un mot pour le jury

"J'ai gagné un petit peu de temps." Commence l'acteur après avoir embrassé chacun des membres du jury et tenté vainement de maîtriser ses larmes. "William Faulkner disait "faites des rêves immenses pour ne pas les perdre de vue en les poursuivant."… (ndlr : il marque une pause, très ému) C'est la première fois que je reçois un prix dans ma vie… Je voudrais dire merci aux deux présidents du Jury, Ethan et Joel et Coen : je suis très fier qu'ils m'aient vu jouer ; ainsi qu'à tous les membres du jury : je vous remercie d'avoir porté un regard aussi bienveillant et avec autant d'émotion sur le travail que Stéphane Brizé a fait avec moi… et sur le travail que Stéphane Brizé a fait tout court."

Un prix à la portée politique

"Je voudrais remercier Thierry Frémaux et Pierre Lescure d'avoir programmé ce film, pour une raison d'abord simple : c'est qu'ils ont contribué à l'un des trois plus beaux jours de ma vie. Deuxièmement c'est parce que c'est un acte politique de programmer un film comme celui-là, tout comme celui d'Emmanuelle Bercot et d'autres films qui parlent de nos contemporains et des gens qui nous entourent. A tous ces gens qui n'ont pas toujours été considérés à la hauteur de ce qu'ils méritent et qui sont les citoyens un peu laissés pour compte : je leur dédie ce prix, avec tout mon cœur. Je le dédie aussi aux acteurs et à toutes les personnes qui ont joué avec moi et sans qui je ne serais pas là. D'ailleurs j'ai l'impression que ce n'est pas moi qui suis là…"

"Je voudrais remercier les producteurs Christophe Rossignon et Philip Boiffard, de nous avoir accompagnés pendant tout ce film et toute l'équipe qui a travaillé avec assiduité et énormément de passion. Je voudrais remercier Michel Saint-Jean, le distributeur du film et tous les gens qui ont travaillé avec lui. (...) Marie Christine Damiens (ndlr : l'attachée de presse) qui s'est occupée du film, qui a été aussi passionnée que nous et qui ce soir avait encore plus peur que nous..."(...)

L'aboutissement d'une longue collaboration 

"Je vais aussi en revenir à mon metteur en scène… parce qu'il est à moi ! Je vous le prêterai mais il est à moi. (ndlr : ils ont travaillé ensemble pour Quelques heures de printemps et Mademoiselle Chambon). Je voudrais remercier Stéphane Brizé qui a porté ses yeux sur moi il y a huit ans et qui a décidé que je serai l'ambassadeur de ses fantasmes, de ses histoires, de ses névroses, de ses rêves, de sa générosité, de son professionnalisme et de l'homme inouï et formidable qu'il est. On a un souvenir qui nous lie à vie et je suis bouleversé de partager ça avec toi… ce film. S'il avait eu le prix (ndlr : Stéphane Brizé), je sais qu'il aurait dit "tout cela n'aurait pas été possible sans Vincent", je ne sais pas ce qui arrivera après, mais moi j'ai eu le prix et je te le dit Stéphane : tout ça aurait été impossible sans toi… Impossible."

De tendres pensées pour ses proches 

"Je voudrais aussi dire mon admiration pour les gens que j'aime : ils se reconnaîtront, et ils sont peu… (...) Et je voudrais aussi embrasser les deux personnes que j'aime le plus sur la terre, qui sont mon fils, Marcel, et ma fille, Suzanne… J'ai aussi une pensée pour ma maman et mon père qui ne sont plus là… Quand je pense que j'ai fait tout ça pour qu'ils me voient et qu'ils ne sont pas là."

Vous pouvez retrouver le discours de Vincent Lindon en vidéo sur la retransmission intégrale de la cérémonie de clôture.