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Ce qu’il faut voir ou pas en salles cette semaine.

L’ÉVÉNEMENT

ALLIÉS ★★★☆☆
De Robert Zemeckis

L’essentiel

Pas toujours égal, le nouveau Zemeckis confirme l'incroyable pouvoir d'attraction de Marion Cotillard.

Tout commence au Maroc, en 1942. Le lieu et la date ne sont pas anodins : ce sont les mêmes que dans Casablanca, le chef d’œuvre de Michael Curtiz. La rencontre amoureuse entre les deux principaux protagonistes, une espionne française, Marianne, et son homologue canadien, Max, se passe elle aussi dans un club huppé qui réunit dignitaires allemands, collabos français et réfugiés de tous les pays. Ce clin d’œil -forcément volontaire- à l’âge d’or d’Hollywood irrigue tout le film, nostalgique et ultramoderne à la fois, classique dans le fond (ces deux espions s’aiment comme dans les années 30-40, l’acmé de leur histoire ayant plus tard pour cadre un pique-nique bucolique en famille) et audacieux sur la forme (mélange de reconstitution classieuse et d’effets visuels aussi invisibles que spectaculaires).
Christophe Narbonne

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PREMIÈRE A AIMÉ

LA FILLE DE BREST ★★★★☆
D’Emmanuelle Bercot

Le premier plan de La Fille de Brest fait écho à celui d’Elle s’en va : au bord de la mer, une femme (jouée hier par Catherine Deneuve, aujourd’hui par Sidse Babett Knudsen) semble s’interroger. Va-telle se jeter à l’eau ? Si l’actrice française se contentait de larguer symboliquement les amarres, son homologue danoise met la chose en pratique et manque se noyer. Une différence qui impacte le style du film.
Christophe Narbonne

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LOUISE EN HIVER ★★★★☆
De Jean-François Laguionie

Oubliée par ses proches à la fin de l’été, la septuagénaire Louise est condamnée à rester à la plage jusqu’aux retour des estivants. A partir de ce pitch peu vraisemblable, Jean-François Laguionie brode un conte en forme d’allégorie sur la solitude de la vieillesse – ce naufrage : soit une robinsonnade où l’île déserte est remplacée par une station balnéaire normande (fictive), et Vendredi par un chien. Si les éléments se déchainent dehors, Louise n’est pas née de la dernière pluie. Une petite goutte de rhum dans sa tasse de thé, et hop, à l’abordage. En bon amateur d’aventures flibustières, le réalisateur de L’île de Black Mor fait de sa mémère un vieux loup de mer. Avec son bonnet rouge à la Cousteau, elle livre son journal de bord d’une voix qui a vu du pays (celle, rauque et crépitante, de Dominique Frot). Mais, à mesure que les saisons passent, joliment traduites par une technique d’animation mêlant aquarelle, crayon de couleur et pastel, l’ivresse de cette émancipation tardive se double d’un vacillement intime. Sur les dunes désolées s’engouffrent souvenirs et cauchemars, indistinctement mêlés. Jadis, Louise a-t-elle vraiment eu pour confident ce cadavre de pilote anglais de la 2nde Guerre Mondiale ? Quelle blessure abritent les pâles falaises qui la dévisagent ? Des visions sombres, presque gothiques, s’intercalent par strates impressionnistes dans la routine du survival. Elles dessinent un émouvant paysage intérieur, à la fois torturé et aérien, comme en apesanteur.
Eric Vernay

THEEB ★★★★☆
De Naji Abu Nowar

Un mystérieux officier britannique débarque dans un camp bédouin en pleine nuit. Il n’a pas les yeux aussi azuréens que Peter O’Toole dans Lawrence d’Arabie, mais il est tout de même difficile de ne pas songer au classique de David Lean. L’action se situe dans le désert de la Péninsule arabique, durant la Première Guerre mondiale. On n’en sait guère plus, le contexte historique et ses ressorts géopolitiques (c’est l’époque tumultueuse de la Grande Révolte arabe et de la chute de l’Empire ottoman) ne sont jamais clairement explicités, et c’est justement l’une des bonnes intuitions du premier essai de Naji Abu Nowar : ces éléments nous parviennent par bribes, en fonction de ce qu’en perçoit le jeune héros du film, Theeb. Élevé loin du monde dans une mer de sable et de canyons asséchés, le nomade de 10 ans n’a qu’une connexion parcellaire aux événements. Qu’est-ce qu’un Anglais ? Un chemin de fer ? Son rapport viscéral au réel fait rapidement basculer le récit initiatique du côté du survival et la quête du père vers le mythe oedipien. Menée par son grand frère Hussein, l’expédition vers un puits reculé vire au cauchemar. La zone fourmille de brigands et autres révolutionnaires armés jusqu’aux dents. Gunfight étouffant, grands espaces majestueux et territoires à conquérir : si les montures des desperados n’étaient pas des chameaux, on se croirait en plein western américain. La tension dramatique est constante, efficacement distillée par une mise en scène très classique, certes, mais limpide.
Eric Vernay

 

PREMIÈRE A PLUTÔT AIMÉ

ARÈS ★★★☆☆
De Jean-Patrick Benes

En l'an 2035, la France est contrôlée par des sociétés privées. Sous le surnom d'Arès, Reda survit en cassant des manifestants et en participant à des combats de free fight télévisés. Il va être choisi pour devenir le cobaye d'une nouvelle drogue de combat. Même si le résultat n'est pas à la hauteur de ses ambitions affichées (pour cause de budget assez réduit), il se dégage un charme certain de cet Arès, avec sa vision frankensteinienne d'un monde futur, nourri d'idées piquées à droite à gauche. Le film, finalement assez illustratif (il donne surtout l'impression de feuilleter une bible de concept arts pour une SF urbaine) se tient surtout grâce à Ola Rapace, masse de muscles au jeu direct qui corrige ce monde cyberpourri à coups de high kicks avec une jolie conviction.
Sylvestre Picard

JULIUS ET LE PÈRE NOËL ★★★☆☆
De Jacob Ley

Ce conte de Noël, qui emprunte beaucoup au folklore scandinave (il y est notamment question de Krampus, l’équivalent du Père Fouettard), raconte comment un orphelin va tenter de sauver le Père Noël, prisonnier de son sinistre alter ego dans un monde imaginaire. Destiné aux tout petits, le premier long métrage de Jacob Ley dispense une morale de bon aloi, conforme à l’esprit de Noël. Visuellement, c’est une réussite incontestable : avec son rendu original en papier découpé sur fond de décors 3D, il dénote un style naïf et touchant parfaitement adapté à l’histoire.
Christophe Narbonne

QU’EST-CE QU’ON ATTEND ? ★★★☆☆
De Marie-Monique Robin

Une petite ville d’Alsace comme il y en a tant. Sauf que les 2 200 habitants d’Ungersheim ne vivent pas comme comme les autres : depuis 2015, la localité s’est lancée dans la transition énergétique pour réduire (très) sensiblement son empreinte carbone. Marie-Monique Robin (Notre Poison quotidien) a posé ses caméras ici durant quatre saisons, le temps de voir la ville évoluer d’un quotidien banal vers une vie post-pétrole. Ici, sous l’impulsion du maire Jean-Claude Mensch, on utilise une monnaie locale pour consommer dans des magasins de proximité, on construit des maisons qui allient le meilleur de la technologie et des ressources naturelles, on envoie ses enfants à l’école en calèche, on se tourne activement vers l’énergie solaire… Un exemple pour nous tous, avec à la clé des économies réelles de fonctionnement, plus d’emplois et une diminution impressionnante des gaz à effet de serre. Un documentaire dont on aurait aimé que la forme - plutôt conventionnelle - ait la puissance de son message, évidemment essentiel.
François Léger

ABLUKA – SUSPICIONS ★★★☆☆
De Emin Alper

Abluka se déroule à Istanbul, dans un futur proche. L’orage gronde au loin, des bombes explosent dans la ville, on perçoit les échos d’une guerre civile. Mais ce n’est pas de la science-fiction pour autant. Un polar, alors ? Oui, peut-être, il y a de ça. Mais sans flic, sans flingue, mettant simplement en scène des personnages aux yeux cernés, englués dans un monde sans pitié, infernal, sur lesquels pèse le poids du fatum. Un homme sort de prison pour aider les autorités à traquer les terroristes, son frère tue des chiens errants à bout portant… Le film baigne ainsi dans un épais brouillard allégorique, fléché par de fugitives visions d’apocalypse et les trognes mutiques de ses (très bons) comédiens. Le cinéaste Emin Alper (c’est son deuxième long, après Derrière la colline en 2012) réussit à intriguer avec une intrigue très lacunaire, un pur film d’atmosphère, même si le résultat n’échappe pas toujours aux clichés du "film de festival".
Frédéric Foubert

L’ULTIMA SPAGGIA ★★★☆☆
De Thanos Anastopoulos et Davide Del Degan

C’est l’histoire ubuesque d’une plage non mixte, la dernière en Europe. À Trieste, en Italie mais à la frontière avec la Slovénie, les hommes et les femmes ne se mélangent pas. Physiquement séparés les uns des autres par un mur, les baigneurs font leur vie chacun de leur côté dès 12 ans, âge auquel il n’est plus permis de naviguer entre les deux bords. Le Grec Thanos Anastopoulos et l’Italien Davide Del Degan nous font partager  avec ce docu des morceaux de vie de ces habitants en décrépitude, entre l’attachement à leurs racines slaves, leurs préoccupations parfois sidérantes (ces femmes qui ne veulent plus consommer de poisson parce que des migrants sont morts dans la mer) et leurs dissertations toutes personnelles sur le fonctionnement du monde. Il en résulte une certaine beauté et des instants suspendus, souvent proches du surréalisme. On regrettera cependant qu’une attention excessive aux détails vienne parfois inutilement allonger cette belle entreprise, chronique fascinante d’un endroit hors du temps..
François Léger

 

PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIMÉ

UNE VIE ★★☆☆☆
De Stéphane Brizé

Les plans sont fixes avec peu de mouvements à l’intérieur : a priori rien ne distingue Une vie de La Loi du marché, le précédent film de Stéphane Brizé d’autant que, dans les deux cas, il est question d’une effrayante réalité sociale qui écrase les plus faibles. Pourtant, on ne fait pas plus opposé que ces deux variations autour du thème du déclassement, indépendamment des différences d’époque et de milieu -Une vie, adaptation de Maupassant, se passe au 19ème siècle au sein de l’aristocratie de province. Tenté par l’épure depuis ses débuts, Brizé a opté pour le format carré, qui a pour effet de comprimer les personnages dans le cadre, manière d’évoquer leur cloisonnement. Un choix culotté qui se traduit par une absence de souffle romanesque que l’on était en droit d’attendre d’un tel sujet. Au grands espaces et aux sentiments exaltés Brizé a préféré un impressionnisme ténu porté par la délicate Judith Chemla, qui joue cette Jeanne poursuivi par la poisse (un mari infidèle, une fortune dilapidée) avec une retenue particulièrement frustrante -le cinéaste la filme en train de coudre, de bêcher, de dialoguer platement avec d’autres personnages tout aussi peu incarnés. Le temps d’une séquence de fuite dans la nuit, au lyrisme presque fantastique, on entrevoit ce qu’aurait pu être Une vie : un film en mouvement, insaisissable et accrocheur. Vivant, en somme.
Christophe Narbonne

LE DISCIPLE ★★☆☆☆
De Kirill Serebrennikov

Les films qui nous viennent de Russie ne sont pas rassurants. Ils montrent une société en proie au cynisme (Elena), à la corruption (Léviathan) ou, ici, à l’intégrisme religieux à travers le personnage de Veniamine, un étudiant renfermé qui cite les Ecritures (chrétiennes) à tout bout de champ et qui se radicalise de plus en plus. Le plus inquiétant, ce n’est pas ce jeune agité, somme toute un peu ridicule et maladroit, mais les adultes qui lui font face et qui sont les garants de l’ordre moral et civil en Russie. Ils sont tous défaillants, de la mère dépassée aux responsables de l’établissement scolaire, qui ont peur des retombées négatives de la publicité faite autour, certes d’un illuminé, mais qui a le « mérite » d’incarner les valeurs ultraconservatrices prônées par le pouvoir. Dostoievskien en diable, Le Disciple pêche par excès de démonstration – la seule opposante à Vienamine est une prof à l’intégrité infaillible - et de théâtralité – son réalisateur vient de la scène. Il n’en demeure pas moins une réflexion passionnante sur l’impuissance des sociétés dites "évoluées" à contrer l’obscurantisme sous toutes ses formes.
Christophe Narbonne

 

PREMIÈRE N’A PAS AIMÉ

LA CHUTE DES HOMMES ★☆☆☆☆
De Cheyenne Carron

Les bonnes intentions et l’urgence de tourner (sans argent, avec des comédiens pour l’essentiel amateurs) ne sont pas toujours garants de réussite. Depuis ses débuts, Cheyenne Caron fait des films de cette manière, en mode commando, animée par le souci de traiter des sujets sensibles qu’il serait difficile de financer par le circuit normal. Après L’Apôtre, qui racontait la conversion au christianisme d’un musulman, elle dénonce dans La Chute des hommes l’embrigadement et la radicalisation des jeunes français embarqués dans le Djihad. Construit en trois parties très inégales (la première, montrant une jeune femme heureuse avant son kidnapping au Moyen-Orient, est la meilleure sans être affolante) et selon différents points de vue, ce film-fleuve de 2h20 souffre malheureusement d’un excès d’amateurisme dans l’écriture, l’interprétation et la direction artistique –on jurerait qu’il a été tourné en forêt de Fontainebleau, ce qui lui ôte toute vraisemblance.
Christophe Narbonne

LES RUES DE PANTIN ☆☆☆☆☆
De Nicolas Leclere

"Ces moments de silence dans une conversation sont toujours un grand supplice pour moi", confie à un moment Kogo, cinéaste japonais et protagoniste des Rues de Pantin. Durant les 59 minutes que dure le moyen-métrage, on aura droit à pléthore de silences embarrassés (et embarrassants) façon théâtre filmé, avec tout ce que cela induit de surjeu difficilement soutenable. Au fil de ses déambulations dans les rues de Pantin à cause d’une adresse mal notée, Kogo rencontre des personnages artificiellement lunaires et tombe amoureux au passage. Au détour d’une discussion avec une vieille connaissance, il explique être venu en banlieue parisienne pour donner une conférence sur "l’échec en art". Et si c’était finalement ça, Les Rues de Pantin ? Rien de moins qu’une démonstration brillante de l’échec en art.
François Léger

RUPTURE POUR TOUS ★☆☆☆☆
D’Eric Capitaine

Mathias a crée Love is dead, une start-up qui s’occupe de rompre à votre place. Seulement, voilà, quand c’est sa propre mère qui veut quitter son père, sa vision cynique des choses est mise à mal… Très mal écrite, cette comédie à pitch multiplie les sous-intrigues et les personnages secondaires inutiles. Pourquoi coller au héros deux amoureuses potentielles dont l’une est sacrifiée sans raison crédible (preuve qu’elle ne sert à rien narrativement) ? Le ton gentiment iconoclaste du début est vite remplacé par un discours moralisateur qui disqualifie à peu près totalement le projet. Reste la fraîcheur d’Elisa Ruschke, révélation du film.
Christophe Narbonne

FRIEND REQUEST ☆☆☆☆☆
De Simon Verhoeven

Laura, étudiante en psycho (Alycia Debnam-Carey alias Alicia dans la série Fear the Walking Dead), accepte un jour la demande d'ajout en ami sur Facebook de Marina, une artiste gothique un peu perturbée. Quand elle pète un câble, Laura la vire de ses amis, Marina se suicide et son fantôme met à hanter notre héroïne et ses copains. Ajoutant une grosse dose de fantastique à son pitch de thriller, Friend Request par l'allemand Simon Verhoeven (aucun lien) affaiblit considérablement son ambition et sa portée. Les effets flippants sont aussi faciles que rares et attendus, aucun personnage n'existe, et le film finit par ne rien raconter à force d'incohérences : au départ, c'est une leçon de morale sur "faites gaffe à qui vous ajoutez en amis Facebook", à l'arrivée c'est "les gens différents sont de toutes façons des monstres" (cf. le plan final). Ni fait ni à faire. Unfriendé.
Sylvestre Picard

 

Et aussi

Les Cerveaux de Jared Hess
Seul dans Berlin de Vincent Perez
La Supplication – Tchernobyl, chronique du Monde après l’apocalypse de Pol Cruchten
Dear Zindagi de Gauri Shinde

Et les reprises de

Freaks de Tod Browning
Edvard Munch de Peter Watkins
Wallace et Gromit : les inventuriers de Nick Park
Il Vigile (L’agent) de Luigi Zampa
La colline a des yeux de Wes Craven