Watchmen HBO
Montage : HBO / DC Comics

La série HBO atteint des sommets.

"Ca décolle quand Watchmen ?", se demandaient les sceptiques. La réponse était : avec les épisodes 5 et 6. Après des débuts timides, mais annonciateurs de l’orgie à venir, la série de Damon Lindelof a pris son envol en se plongeant totalement dans la mythologie développée par Alan Moore il y a déjà 35 ans. Watchmen parle à Watchmen, et on prend un pied monumental à suivre cette "suite" des comics cultes.

Watchmen vs Watchmen

Si le show HBO évoque l’œuvre originale depuis son démarrage, c’est avec l’épisode 5 que Lindelof a donc décidé de lâcher les chevaux. Tout d’abord en s’attaquant à la faille principale de l’adaptation cinéma de Zack Snyder, qui avait choisi de modifier assez radicalement un moment clé de l’histoire.

Dans le film Watchmen, Adrien Veidt / Ozymandias maintient la paix dans le monde en provoquant des explosions qui tuent des millions de gens et ont la signature de Dr. Manhattan, qui devient l’ennemi commun des américains et des russes. Or, dans les comics, le plan de Veidt est plus tordu : il fait téléporter une sorte de pieuvre géante au dessus de New York, qui provoque elle aussi des millions de morts, par la destruction de la ville mais aussi en projetant des visions horrifiques sur la population. Pensant que la créature vient d’ailleurs, l’humanité abandonne là aussi la Guerre Froide par crainte d’une nouvelle invasion extra-terrestre.

Si la finalité est la même, le chemin est donc bien différent. Et ce n’est pas juste pour faire plaisir à Alan Moore (ce qui est de toute manière impossible) que Damon Lindelof a choisi de réintégrer ce pan de Watchmen. Explorer et exploiter les conséquences de cet évènement, encore plus traumatisant que la simple attaque du film, lui offrait une magnifique opportunité en termes d’écriture. Et de la même manière que Moore avait créé la dystopie Watchmen en imaginant en quoi un monde rempli de super-héros serait différent du nôtre, Lindelof s’est demandé quelles traces aurait bien pu laisser cette pieuvre géante et immonde sur les victimes directes (et indirectes) de la tragédie.

 

Un air de The Leftovers

Cette thématique du traumatisme, chère à Lindelof qui l’a déjà exploitée brillamment dans The Leftovers, était donc au cœur de l’épisode 5, "Sans craindre la foudre" ("Little Fear of Lightning" en VO), où l’on a découvert que le personnage de Wade (alias Looking glass) était dans le New-Jersey, donc tout près de New York, au moment de l’attaque de la pieuvre. Un souvenir qui l’a marqué à vie, comme des millions d’autres personnes dans le monde. Au cours d’un groupe de parole, on apprend d’ailleurs que ce trauma a été transmis aux nouvelles générations nées après l’évènement. Une projection qui met à mal l’apparent happy ending des comics.

Le sacrifice imposé par Adrian Veidt a autant meurtri le monde qu’il ne l’a sauvé. Et la vérité est sur le point d’éclater. Le manuscrit de Rorsach, qui a donc survécu à son auteur comme la fin des comics le suggérait, a donné naissance à un violent mouvement d’extrême-droite qui menace de tout révéler. Eh oui, le coup de la pieuvre était un inside job, comme dans les plus belles théories du complot sur le 11 septembre… Et on découvre avec Wade que la "Kavalry" (encore un élément de la série inspirée des comics) est en train de faire joujou avec un portail de téléportation. Soit précisément la technologie que Veidt avait utilisé pour balancer sa pieuvre sur la grosse pomme…

Le Justicier démasqué

Damon Lindelof est allé encore plus loin dans son exploration et appropriation de l’univers Watchmen avec l’épisode 6, "Cet être extraordinaire" ("This Extraordinary Being" en VO). Sa réponse au mystère entourant le personnage de Hooded Justice, laissé volontairement entier par Moore, a accouché de ce twist aussi bluffant qu’imparable. Le Justicier Masqué est noir, et c’est le grand père d’Angela (Regina King). C’est la seule manière d’expliquer, selon le showrunner, pourquoi l’identité du membre des Minute Men n’avait jamais été dévoilée :

"Il devait être afro-américain et devait cacher son identité parce que vous ne pouviez pas être un super-héros noir dans les années 1940", a expliqué Lindelof. "Il aurait été littéralement assassiné si son identité était connue. Cette idée m'a vraiment fait trembler, mais je n'ai pas pu me l'enlever de la tête. Et toute la saison a été consacrée à essayer de réussir cette histoire de manière authentique."

Watchmen : Damon Lindelof explique pourquoi il a démasqué Hooded Justice

Damon Lindelof joue avec Watchmen, s’amusant à combler les trous tout en respectant le "canon" d’Alan Moore. La couleur de peau du Justicier Masqué s’ajoute ainsi à son homosexualité, et sa relation avec Capitaine Metropolis, qui est elle attestée dans les comics. Deux raisons pour lui de vivre caché. Moore n’avait pas tranché le destin du Justicier, qui s’était volatilisé après l’interdiction du port du masque sans qu’on sache s’il était mort, et quand. Une brèche parfaitement exploitée par Lindelof qui a fait de Will Reeves un centenaire toujours déterminé à faire le bien mais rongé par cette vie de secret. Et qui réalise qu’il a transmis, bien malgré lui, le virus du vigilante à sa petite fille.

Si Zack Snyder avait déjà prouvé qu’on pouvait adapter Watchmen, non sans quelques imperfections et petites trahisons avec le matériau d’origine, Damon Lindelof est lui allé plus loin en imaginant sa suite de l’œuvre, érigeant la fan fiction au rang de grand art. Et s’il ne trouve pas d’inspiration pour la suite, son aventure Watchmen s’arrêtera là. En attendant qu’un autre prenne la relève :

"Watchmen ne m’appartient pas. Alan Moore, Dave Gibbons et John Higgins ont créé cette chose, j’ai eu l’opportunité d’être son intendant pendant deux ans. Il y aura plus de Watchmen, que ça soit moi qui le fasse ou non. Ca devrait être fait par quelqu’un qui y est vraiment et profondément attaché et a une raison de le faire."  

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