Umbrella Academy
Netflix

Le créateur Steve Blackman se confie à Première, avant la sortie très attendue de la série, sur Netflix.

Dans quelques jours, vous pourrez rentrer dans la Umbrella Academy. Découvrir ses membres aux super-pouvoirs bien étranges. Cette famille particulièrement abîmée. Et une histoire plus dingue encore, adaptée des excellents comics éponymes. Le créateur du show, Steve Blackman, nous dit tout sur ce qui sera probablement le gros carton des prochaines semaines sur Netflix.

Vous connaissiez les comics Umbrella Academy avant de vous lancer dans la série ?
Steve Blackman : Pour tout dire, je ne connaissais pas la Umbrella Academy quand on m'a approché pour faire la série. Mais ensuite j'ai lu les BD et j'ai tout de suite compris pourquoi les gens en sont dingues. Je suis tombé sous le charme de cette famille dysfonctionnelle... 

Qu'est-ce qui vous a séduit dans cette histoire, dans ce projet ?
J'ai trouvé cette histoire tellement subversive et bizarre. J'ai adoré tous les personnages et j'ai eu envie d'en découvrir plus sur chacun d'eux, ce qui est toujours bon signe. Et dès le départ, en pensant à l’adaptation , je me suis dit que c'était le moyen parfait d'explorer un peu plus cette famille, et de remplir certains blancs laissés par les BD.

Comment est-ce que vous avez pensé cette adaptation, avec Netflix ?
Un autre auteur avant moi avait travaillé avec Gerard Way sur une adaptation. Mais il a été obligé de renoncer et de quitter le projet, parce qu'il était sous contrat ailleurs. C'est après son départ que j'ai été appelé sur cette série. On s'est assis avec Gerard, et on a discuté tranquillement. On s'est rendu compte qu'on était sur la même longueur d'ondes, qu'on avait les mêmes influences, qu'on aimait les mêmes réalisateurs... A partir de là, j'ai commencé à écrire, j'ai pitché ma vision de la série à Netflix et on a écrit les dix épisodes...

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Le créateur de la BD, Gerard Way est producteur de la série. Mais comment l'avez-vous inclus dans le processus de développement ?
Gerard a été impliqué dans le processus tout au long de l'écriture. Et Gabriel Ba (le dessinateur) aussi. Ils n'étaient pas dans la salle des auteurs avec nous, mais je leur ai régulièrement envoyé nos scripts, des dialogues, je leur ai fait part de mes interrogations, j'ai demandé leur avis sur le design, les décors, le rendu visuel... Ils ont vraiment été très impliqués. Ils ont totalement eu leur mot à dire, même si dès le départ, ils ont bien compris qu'on ne pourrait pas reproduire exactement les comics, qu'on allait faire notre propre truc, compléter leur puzzle, tout en faisant attention de ne pas dénaturer leur oeuvre et respecter les fans des comics.

Quel est le plus grand défi auquel vous avez dû faire face, en adaptant ce comics pour la télévision ?
Le plus dur fut de donner vie à tous ses personnages, de réussir à les écrire en trois dimensions. Parce qu'ils sont très bien sur le papier, mais pour la série, il fallait leur donner un vécu. L'idée a toujours été de ne pas faire une série de super-héros traditionnelle, mais plutôt une série familiale, sur une famille en train de s'effondrer...

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Justement, dans un univers télévisuel saturé de séries sur les super-héros, comment on fait pour se démarquer des autres ?
C'est exactement ça ! Je ne voulais surtout pas faire un show à la Marvel ou à la DC. Ils font ça très bien eux-mêmes. Je voulais faire une série plus décalée, qui ne se prend pas trop au sérieux, et où les super-pouvoirs ne sont pas au centre de l'histoire. Ce qui tire la série, c'est cette dynamique familiale, avec ce père un peu tordu, cette grande maison dans laquelle ils ont grandi... Dans les X-Men, par exemple, on va et vient dans l'Institut du Professeur Xavier. Mais là, ils sont nés ici ! Ils ne peuvent rien y changer. La famille, c'est la famille. Ils sont coincés ensemble.

Du coup, Umbrella Academy n'est pas spécifiquement une série à destination des fans de super-héros ?
Non, pas du tout. C'est une série pour eux aussi évidemment, mais l'idée était de viser une audience beaucoup plus large. Mon objectif était d'attirer un public qui n'irait pas forcément vers ce genre de série. C'est bien plus qu'une série de super-héros !

Avant ça, vous avez aussi travaillé sur Legion (la série Marvel de FX). Est-ce que vous avez retrouvé des similarités entre les deux ?
Non, c'est assez différent pour tout dire. Legion se concentre globalement sur un personnage (David Haller). Sur sa vision du monde et le fait qu'il est possiblement un malade mental. Et puis on a pris quelques distances avec les comics, pour jouer avec ce personnage. Donc il y a quelques points communs, sans aucun doute, mais pas tant que ça.

On sent quand même par moment des influences venues de X-Men, de Misfits, ou encore de Watchmen, dans Umbrella Academy. Vous êtes d'accord ?
À 100% ! Je suis un grand fan de Watchmen. C'est une oeuvre qui influence beaucoup mon travail. Il y a aussi pas mal de Deadpool dans la série, en ce qui concerne l'humour. Et bien sûr, il y a quelque chose de X-Men. Plus encore, je crois qu'il y a quelque chose de la Famille Tenenbaum (le film de Wes Anderson) dans Umbrella Academy. Mais Watchmen, sans aucun doute ! J'adore ce monde et ses personnages. A quel point ils sont étranges, mais on arrive quand même  à s'identifier à eux, d'une manière ou d'une autre. On s'attache facilement aux personnages de Watchmen, malgré leur étrangeté. A l'inverse des super-héros habituels, qui ont l'air de venir d'une autre planète, eux forment une famille très humaine, très imparfaite, à laquelle on peut magnifiquement s'identifier. Du coup, je voulais la même chose pour Umbrella Academy. Qu'on puisse s'identifier à nos personnages, à leur père malsain, à leurs curieuses relations fraternelles... J'adore le fait que le monde de Watchmen procure ce sentiment un peu étrange. Et je voulais vraiment que notre monde insuffle le même sentiment aux spectateurs.

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Ce qui est intéressant avec Umbrella Academy, c'est que la série est en équilibre constant entre des scènes dark et des moments beaucoup plus légers. Vous avez beaucoup insisté sur ce point durant l'écriture ?
Tout à fait, vous avez raison, c'est vraiment une question d'équilibre. On a beaucoup travaillé avec les autres auteurs, pour qu'on puisse glisser naturellement d'un moment tendrement surréaliste, vers quelque chose de plus effrayant et de plus sombre. Je crois que c'est cet équilibre qui rend la série agréable à suivre.

Comment est-ce que vous avez fait pour ne pas vous perdre en route, dans l'écriture de la saison ? Entre toutes ces storylines différentes, tous les flashbacks et ces voyages dans le temps ?
C'est vrai que ce fut assez complexe... Heureusement, j'ai ramené avec moi quelques excellents auteurs avec qui j'avais travaillé sur la série Fargo. On s'est pas mal pris la tête. Les nuits ont parfois été longues... Parce que dès qu'on commence à toucher au voyage dans le temps, on se retrouve dans un monde de boucles temporelles et de paradoxes temporels ! Au final, j'ai fini par réaliser qu'il valait mieux une narration claire qu'une histoire super complexe, dans laquelle on se perd. Ceci dit, on a quand même beaucoup réfléchi pour garder une logique, que tout cela reste compréhensible facilement, même pour quelqu'un qui n'est pas habitué aux shows de SF. Du coup, on avait plein de schémas accrochés au mur, dans la salle d'écriture,  avec des flèches et des diagrammes et tout ça, histoire de garder le fil...

La musique, les chansons, tiennent aussi une place énorme dans chacun des épisodes...
J'écris en musique, donc forcément, elle joue un rôle majeur pour moi. D'ailleurs, il y a même des moments où j'écoute une chanson chez moi, avant d'écrire la scène. C'est le cas par exemple au début de l'épisode 2, avec la chanson "Run boy Run" : c'est en écoutant la chanson que j'ai eu l'idée d'écrire la scène. Alors oui, la musique est un personnage à part entière. On a tenu à mettre des titres majeurs, dans la série et à les jouer en entier. Si on met "Don't Stop Me Know" de Queen, autant la laisser jusqu'au bout ! Et si on a fait une saison 2, alors clairement, on continuera à faire comme ça.

Si vous pouviez choisir d'avoir, pour vous-même, un super-pouvoir des membres de la Umbrella Academy, ce serait lequel ?
Sans hésiter, je choisirais celui d'Allison ! Il est vraiment cool. Ce truc de la "rumeur" (pouvoir de manipulation de la réalité par le mensonge, si elle dit quelque chose qui n'est pas vrai, alors la réalité s'adaptera), c'est énorme. Je crois que je l'utiliserais vraiment beaucoup !

Umbrella Academy - saison 1 en 10 épisodes - sur Netflix à partir du vendredi 15 février 2019.