BH90210
Fox

Cet étrange produit télévisuel, aussi fou que calculé, réussit magistralement à fasciner et attendrir les vieux fans de Beverly Hills que nous étions.

Autant le dire tout de suite : BH90210 n'est pas pour ceux qui ont grandi après les années 90. Si vous n'avez jamais été fan de Beverly Hills ou que Brandon Walsh sonne pour vous comme un nom de joueur NBA, mieux vaut passer votre chemin. Ce revival n’est pas pour vous. En revanche, si vous passiez vos fins d'après-midi devant les aventures de Kelly, Donna et leurs amis, en 1992, alors n'hésitez pas à vous arrêter à nouveau au 90210. Il y a à cette adresse de quoi enrichir vos souvenirs de jeunesse.

Pourtant, il faut le préciser, la nouvelle série - lancée par la Fox hier soir aux USA - n'est pas une suite de Beverly Hills. Pas même un spin-off ou un reboot. C'est un étrange produit télévisuel, vaguement "méta", puisqu'il raconte les retrouvailles du casting de la série culte, 20 ans après. Jason Priestley, Jennie Garth, Shannen Doherty ou encore Tori Spelling ont continué leur vie, chacun de leur côté. Ils sont mariés, divorcés, parents, voire grands-parents. L'une est star de télé-réalité, l'autre est une vieille actrice déprimée, l'un est un réalisateur frustré et l'autre un époux de pop star insatisfait... Mais à l'occasion des 30 ans de Beverly Hills, toute la bande se retrouve à Las Vegas, pour une grande convention. Et cette réunion va réveiller chez eux des émotions oubliées depuis longtemps !

De prime abord, on n'est pas tout à fait certain de ce qu'on est en train de regarder. Est-ce un documentaire romancé ? Un "mockumentary" raté ? Un drama pour has been ? Vous risquez de passer beaucoup de temps sur les fiches Wikipedia de Jenny Garth ou Brian Austin Green, pour vérifier si elle a vraiment divorcé trois fois ou si lui a vraiment fini par épouser une superstar de la chanson... En fait BH9210 prend quelques éléments tirés de la réalité (Jason Priestley a vraiment voulu faire une carrière de réalisateur, Tori Spelling a bien abusé de la télé-réalité, Gabrielle Carteris est effectivement devenue présidente du syndicat des acteurs de télévision à Hollywood) et les tort avec jubilation pour mieux se moquer de la petite bande.

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Bien sûr, tout cela n'est jamais vraiment méchant. Les taquineries restent en surface. Et surtout, elles sont parfaitement calculées : un peu d'autodérision savamment réfléchie, une bonne dose de raillerie auto-infligée, et le tour est joué. Voilà comment ressortir de la naphtaline des acteurs cantonnés aux conventions depuis tellement d'années. 

On n'est jamais dupe de ce qu'est réellement ce mix entre une autobiographie parodique et une gentille satire du show-business Hollywoodien. On comprend très vite là où BH90210 veut nous emmener. Et il faut bien l'avouer, on y va avec un plaisir non dissimulé. On est comme fasciné par ces relations "WTF" qu'entretiennent ces anciennes gloires du petit écran, qui n'en finissent plus de se demander ce qu'auraient été leurs vies sans Beverly Hills. La nouvelle série s'amuse à entretenir une forme d'ambigüité entre les personnages qu'on connaît tous, et leurs interprètes. Comme quand Jenny Garth jette un beau prétendant parce qu'il l'appelle Kelly... Une mise en abîme permanente, réjouissante, même si elle n'est pas dénuée d'un certain cynisme.

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BH90210 pousse le curseur encore plus loin, en inventant des romances entre les acteurs, qui correspondent aux romances vécues par leurs personnages dans la série. Des histoires fantasmées par les fans à l'époque, mais qui prennent vie aujourd'hui sous nos yeux. Comme Donna, Tori Spelling est folle de Brian Austin Green. Comme Brandon et Kelly, Jason Priestley et Jenny Garth s'aiment autant qu'ils se détestent... La série "réalité" se transforme alors en un énorme soap tout bonnement improbable - avec coucheries, adultères, et sentiments cachés - mais véritablement addictif.

Parce que les dialogues sont bons, drôles, et incisifs, parce que le casting s'éclate visiblement, parce que l'hommage - inévitable- à Luke Perry est vraiment chouette, et parce que la "vibe" nostalgique résonne à plein tube au fil de ce premier épisode, on se laisse prendre au jeu sans se débattre. Bien sûr, ce n’est pas de la télévision profonde. Mais Beverly Hills ne l'a jamais été et ce n'est pas ce qu'on lui demande. Cette variante 2019 aurait pu être un horrible fiasco gênant. Elle a en fait quelque chose de tendrement pathétique, qui en dit long sur nos envies irrépressibles de renouer sans cesse avec le passé. Le 90210 est toujours une bonne adresse où s'arrêter.

BH90210 - Saison 1 en 6 épisodes - chaque mercredi soir sur la chaîne américaine Fox.