À la Croisée des mondes
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Nous avons rencontré les créateurs et les acteurs de la nouvelle saga de fantasy, qui fera l'événement ces prochaines semaines, dans le monde entier.

L'impatience se fait de plus en plus grande. La boussole d'or commence à s'affoler. Le compte à rebours est lancé : plus que quatre jours avant la sortie de His Dark Materials, la série britannique adaptée de la grande saga littéraire À la Croisée des mondes. Il faut dire que l'oeuvre phénoménale de Philip Pullman revendique quelques fans à travers le globe. Plus de 15 millions d'exemplaires se sont écoulés dans le monde, à la fin des années 1990. Et même si le film raté de 2007 en a refroidi quelques uns, c'est bien un phénomène qui va déferler sur nos petits écrans, dans les prochaines semaines (en France sur OCS et aux USA sur HBO). Un événement planétaire déjà comparé à un certain Game of Thrones...


"On a suffisamment de pression comme ça sans penser à ça", rétorque en souriant la productrice Jane Tranter, à l'origine du projet, que Première a pu rencontrer à Londres, lors de la grande avant-première. "Est-ce qu'on se voit comme un successeur de Game of Thrones ? Non ! Game of Thrones a été un pionnier dans la télé à grande échelle, il a ouvrert des portes et on est très reconnaissant pour ça. Mais je ne veux pas faire de la fantasy dans l'ombre de Game of Thrones. À la Croisée des mondes a son propre univers, tellement distinctif, tellement unique. Et puis Game of Thrones est exclusivement une série pour adultes, alors que la nôtre est accessible pour les enfants. J'ai le sentiment qu'on est sur un drama très différent au fond".

Une vaste épopée de fantasy que Jane Tranter et la BBC ont mis du temps à mettre sur pied. Il a fallu attendre le bon moment, le bon budget, pour se lancer : "J'avais ce projet en tête depuis longtemps, mais j'ai attendu le bon timing. Si on l'avait fait trop tôt, on aurait été obligé de le faire des avec des marionnettes !" rigole la productrice. "Il a fallu attendre que la télévision devienne quelque chose d'épique, que Game of Thrones arrive... et aussi que je me fasse la main, à Los Angeles, pour voir comment on fait une série d'une telle envergure".

Comment faire un bon "dæmon" ?

Car l'adaptation de His Dark Materials pour le petit écran est énorme. Des décors gigantesques ont été construits, un casting immense a été recruté et une montagne d'effets spéciaux ont été nécessaires, notamment pour donner vie aux "dæmons", ces créatures qui partagent l'âme et la vie des héros de l'histoire, dans la riche mythologie imaginée par Phillip Pullman. Sur la plateau, la production a eu recours à un marionnettiste professionnel, Brian Fisher (Detective Pikachu), qui a donné le change en permanence, avec le casting. "On interagissait beaucoup avec Brian. On ne donnait pas la réplique à une boule verte au bout d'un bâton, et ça, c'était quand même appréciable", raconte Ruth Wilson, qui joue Mrs Coulter. "D'autant que ces "dæmons" sont des parties intégrantes des personnages. Ce ne sont pas de simples animaux domestiques. Ils sont une part de leur âme. Donc il fallait bien traiter cela. Que le public comprenne bien comment ils vivent, comment ils respirent ensemble."

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Le rendu esthétique de ces créatures, qui accompagnent à chaque instant les héros de His Dark Materials, c'est ce qui a essentiellement inquiété James McAvoy, avant d'accepter le rôle de Lord Asriel. Le comédien écossais, qui a cartonné dans X-Men et Glass, est un habitué des grosses productions fantastiques. Mais c'est la première fois qu'il participait à un tel projet pour le petit écran : "Je n'étais pas vraiment effrayé par le fait d'adapter un tel monument... J'étais surtout effrayé par le fait que la moitié du personnage, de son âme, est en fait incarné par un animal en CGI. Or, on ne sait jamais trop ce que ça va donner au bout du compte ! Heureusement, les équipes techniques ont fait un travail formidable, pas seulement du point de vue esthétique, mais elles ont réussi à créer de vrais personnages, qui réagissent, qui jouent, qui forment une unité avec le casting. Pour moi, c'était vraiment la grosse crainte... Parce que ça aurait pu être un cauchemar : si les "dæmons" avaient ressemblé à des personnages du Roi Lion de 1992, ça aurait été une horreur", éclate de rire l'ancien Professeur X de Marvel, avouant être un fan de la saga, à la base : "Je suis un gros geek personnellement. J'ai lu la trilogie À la Croisée des mondes trois fois déjà ! Et pour vous dire, je finis en ce moment The Dresden Files (de Jim Butcher), cette histoire de magicien qui est aussi détective privé à Chicago... Si ça c'est pas être un gros geek !"

De la peur de décevoir les fans des livres

Clairement, James McAvoy n'est pas inquiet de ce que donnera la transposition des romans au petit écran. Contrairement au scénariste, Jack Thorne, qui a eu la lourde mission d'adapter les livres. Lui se dit "terrifié, du début à la fin du projet. Parce que lorsqu'on adapte un livre à l'écran, il y a deux cas possibles : soit c'est un livre avec une histoire géniale, mais des défauts qu'on peut alors corriger pendant l'adaptation, soit c'est un chef d'oeuvre écrit par un génie. Et là, c'est le cas ! Alors avoir la responsabilité de transposer cela à l'écran, c'est horrible. On n'a pas envie d'être celui qui va tout gâcher pour le monde entier." Même sentiment partagé par la jeune Dafne Keen, révélée dans Logan, et qui va se glisser dans les culottes courtes de Lyra Belacqua : "J'ai très peur de décevoir les fans, ceux qui adorent déjà Lyra. D'avance, je m'excuse si vous êtes déçus... Non, sérieusement, je suis très angoissée par le nombre de fans que comptent les livres !"

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D'autant qu'il y a un précédent : le film de 2007, signé Chris Weitz. Il avait pourtant de beaux moyens, un grand casting (Nicole Kidman, Daniel Craig...), mais tout a foiré. The Golden Compass n'a même pas atteint les 400 millions de dollars de recettes mondiales et la franchise s'est arrêtée net. Pas de panique, ce ne sera pas la même chose pour la série. D'abord parce que la saison 2 est déjà commandée et en tournage. Ensuite parce que Jane Tranter sait ce qu'il a manqué au long-métrage : "Je ne m'inquiète pas du flop du film. Là où il a échoué, c'est qu'il manquait de sens. Il manquait de temps. Et là où la télévision est parfaite, c'est qu'on peut explorer l'histoire, heure après heure. L'ampleur est toute autre. On peut aller tellement plus en profondeur. Et le fait d'avoir justement cet espace a rendu ce travail moins angoissant pour nous. Cela nous a donné le courage de nous lancer. Et il faut bien avouer que le film n'avait pas tout ça."

Philipp Pullman est content !

En tout cas, ce qui peut déjà rassurer les fans de la première heure, c'est que Philip Pullman en personne valide le projet. Présent lors de cette avant-première, il s'est souvenu du jour où il avait lu, pour la première fois, en classe, Le Paradis perdu de John Milton. Comment ses cheveux se sont dressés sur sa tête aux mots de ce poème qui lui inspirera 30 ans plus tard À la croisée des mondes. "Le succès des livres a été inimaginable. Je n'aurais jamais pu rêver un tel succès. Et aujourd'hui, la saga continue de vivre et de grandir avec cette adaptation. J'en suis flatté, honoré, et incroyablement ravi de voir mon histoire racontée dans une série télé. D'autant que je suis très satisfait du résultat." Ouf.

À la Croisée des mondes - saison 1 en 8 épisodes - à voir en France sur OCS à partir du 5 novembre 2019.