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Du séducteur au patriarche acariâtre, voici cinq visages d’un grand acteur français.

Victor Lanoux n’est jamais devenu la grande star de cinéma qu’il aurait pu être. S’il a tourné quelques très grands films, il restera probablement plus Louis la brocante que Michel Boutros (le héros d’Une femme à sa fenêtre) ou même Bouly, le copain des films d’Yves Robert. Dans les années 1970 pourtant, sous la direction d’Yves Robert, de Granier-Deferre ou de Gérard Oury, Victor Lanoux était un acteur incontournable du cinéma français. Voici cinq des plus grandes heures de celui qui se définissait comme un "artiste du peuple".   

Le séducteur d’Une femme à sa fenêtre (1976)

Si la postérité retiendra surtout la gaudriole et la brocante, Victor Lanoux a aussi fait partie des grands séducteurs. En 1976, alors qu’il fait le con avec sa bande d’Eléphants culte chez Yves Robert, il séduit aussi Romy Schneider dans le drame de Pierre Granier-Deferre d’après Drieu la Rochelle. Servi par la prose magnifique de Jorge Semprun, Lanoux incarne dans Une femme à sa fenêtre l’homme qui va ravir la grande bourgeoise à la barbe de tous ses soupirants. Un homme brutal, courageux, idéaliste, un fugitif hostile au régime en place (on est en Grèce en 1936), un être plein de fougue et de vie, à l’opposé des bourgeois ensuqués de cette société décadente. 

L’arroseur-arrosé d’Un éléphant ça trompe énormément (1976)

Vous souvenez-vous du prénom de Jean Rochefort dans le film d’Yves Robert ? On retiendra surtout Bouly, celui de Victor Lanoux, pourtant secondaire, dont le personnage de séducteur impénitent soudainement plaqué par sa femme est sans doute le plus émouvant des quatre. Le plus grande gueule aussi, celui qui dit tout haut ce que les autres pensent tout bas, et qui réussit l’exploit de n’être jamais tout à fait détestable quand il sert des répliques comme "elle a quand même quelques heures de vol".  

Le taulard de La Carapate (1978)

1968 : Les manifestations étudiantes dégénèrent dans les rues et pendant ce temps, dans une prison, Martial Gaulard (Victor Lanoux), un condamné à mort, s’évade en prenant en otage son avocat commis d’office gauchiste, Jean-Philippe Duroc (incarné par Pierre Richard, avec qui il avait débuté sa carrière au cabaret). Dans ce buddy movie signé Gérard Oury, Lanoux incarne le gaulois pur souche par excellence : rustre, franchouillard et viril. Tatoué façon camionneur, affublé d’un marcel vert militaire, souvent en caleçon et chaussettes remontées, l’acteur à la moustache fournie y castagne soixante-huitards, CRS et paysans avec une gouaille savoureuse. Le premier contrepoint humoristique loubard de Pierre Richard avant son tandem emblématique avec Gérard Depardieu chez Francis Veber

Lhomme normal des Chiens (1979)

Lanoux est un médecin récemment installé dans une ville de province moderne - moderne comme en 1979, c'est-à-dire très 80s. Une ville dans laquelle les bourgeois dressent des chiens à tuer pour se protéger des délinquants - enfin, surtout des étrangers. Face à Depardieu en maître-chien excité sexuellement par les actes de ses animaux, Lanoux est l'homme normal, celui à qui l'on s'identifie, le progressiste humaniste qui devient témoin de l'horreur. Flippant, glauque et socialement pertinent, à la frontière du fantastique (là où le genre est le meilleur), Les Chiens est un grand film. 

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Le patriarche acariâtre des Démons de Jésus (1996)

Bernie Bonvoisin, le chanteur de Trust, signe avec Les Démons de Jésus son premier long-métrage et offre à Victor Lanoux son dernier grand rôle au cinéma. Dans cette comédie satirique et dramatique racontant l’histoire d’une famille de gitans sédentarisés dans les années 1960, Lanoux incarne Jo, le patriarche alcoolique et acariâtre qui picole en pestant devant De Gaulle à la télé ("regarde-le moi ce communiste, je t’enverrais tout ça à Moscou"). Entouré de Thierry Frémont, Patrick Bouchitey ou Nadia Farès, l’acteur débite les répliques cultes dans ce film aux dialogues incisifs (écrits par Bonvoisin qui signe également le scénario) : "enculés d’ouvriers, ça se croit supérieur parce que ça a du boulot et que ça crèche dans les cités. Enculés de cités." Un personnage buté et bourru auquel Lanoux donne ce qu’il faut d’humanité pour le rendre attachant.