21st Century Fox

Rencontre avec l’un des meilleurs seconds rôles du cinéma US, génial dans 3 Billboards, les panneaux de la vengeance.

Qu’est-ce qu’on l’aime, lui ! Sam Rockwell, 49 ans, l’un des character actors les plus attachants du cinéma américain, révélé au milieu des années 90 (dans le beau Box of Moonlight de Tom DiCillo), dont George Clooney avait essayé de faire une star au début des années 2000 (Confessions d’un homme dangereux), et qui s’épanouit depuis en électron azimuté ou en slacker insolent, aussi bien dans des blockbusters que des films indé ou des prestiges movies à Oscars. La Ligne verte, Charlie et ses drôles de dames, Galaxy Quest, H2G2 : le guide du voyageur intergalactique, Les Associés, L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, Chocke, Iron Man 2, Moon… Même si vous n’êtes pas fan, vous avez forcément vu un film avec Sam Rockwell. Et si vous êtes fan, alors vous allez faire des bonds de joie en sortant de 3 Billboards, les panneaux de la vengeance : l’acteur trouve dans le film de Martin McDonagh l’un de ses meilleurs rôles, en flic idiot et raciste qui va peu à peu ouvrir les yeux sur la complexité du monde et sortir de sa torpeur. A la fois rigolo de service et paumé attachant, Rockwell impressionne, au point que beaucoup lui prédisent aujourd’hui un Oscar du meilleur second rôle en mars prochain.

A la dernière Mostra de Venise, quand un journaliste vous a demandé comment vous aviez conçu l’arc dramatique de votre personnage, vous vous êtes contenté de dire : “Au début du film, c’est Barney Fife, et à la fin c’est Travis Bickle”…
Ha ha, oui ! Tu connais Barney Fife ?

Pas vraiment, non, c’est très américain comme référence (Barney Fife était l’adjoint gaffeur du shérif dans le Andy Griffith Show, une série des années soixante). Mais ça m’a fait penser à cette interview où vous compariez votre rôle dans Cet été-là à celui de Bill Murray dans Caddyshack… Vous réfléchissez toujours à vos rôles comme ça, à partir d’autres rôles préexistants ?
Oui, je crois, même si je ne voudrais pas donner l’impression que j’essaye d’imiter qui que ce soit… Mais bon, globalement, j’ai le sentiment que tout a déjà été fait, que chaque nouveau rôle est une réinterprétation d’un rôle passé. C’est comme quand Frances McDormand dit s’être inspirée de John Wayne pour 3 Billboards, elle ne cherche jamais à imiter Wayne, plutôt à retrouver son essence. Et sa performance est sublime.

21st Century Fox

Et donc pour 3 Billboards, c’était le Andy Griffith Show et Taxi Driver
Ouais ! J’ai aussi regardé attentivement la performance de John Hawkes dans Winter’s Bone, pour étudier l’accent du Missouri. D’ailleurs, c’est marrant, John Hawkes est aussi dans 3 Billboards… Ce genre de trucs m’arrive souvent. Pour 7 Psychopathes, je m’étais pas mal inspiré de Woody Harrelson dans Tueurs Nés. Et je me retrouve à lui donner la réplique ! J’ai tourné un film avec Robert De Niro (Everybody’s fine, 2009). Ce qui était assez vertigineux, vu que j’ai littéralement grandi devant ses films. J’ai décortiqué ses performances, appris ses maniérismes, comme un putain de fan psychopathe. Je l’idolâtre. Il est dans mon ADN, mon arsenal. Peut-être un peu trop, d’ailleurs.

Pourquoi un peu trop ?
Parce que tu ne veux pas que ça se remarque trop non plus. Je ne veux pas copier De Niro. Je me rassure en me disant que lui-même, quand il fait le monologue de Taxi Driver face au miroir, il s’inspire de Marlon Brando dans Reflets dans un œil d’or. Il n’existe aucune performance 100% originale. Et De Niro n’est pas ma seule idole : j’adore Bill Murray, Richard Pryor… Plein de femmes aussi m’ont inspiré : Meryl Streep, Ellen Burstyn dans L’Exorciste

Vous adorez jouer des types flamboyants, bruyants, bigger than life
J’adore ça, oui. Plus précisément : j’aime prendre des archétypes et les rendre plus humains. C’est comme colorier un dessin. Si le film est bien écrit, alors le dessin sera bien fait. Tu sais où colorier et tu ne risques pas de déborder…

Martin McDonagh : "Avant d'écrire 3 Billboards, j'ai parcouru l'Amérique profonde”

Dans 3 Billboards, vous êtes plus épais que d’habitude, plus terrien…
Ecoute, j’ai rencontré des flics du Missouri pour me préparer au rôle et regarde (il sort son portable et montre des photos) : ces mecs sont pas maigrichons ! Moi, je ne suis pas une armoire à glace, alors j’ai dû compenser. J’ai pris, quoi ? 3 ou 4 kilos. Rien de très Actor’s Studio là-dedans. J’ai juste bu quelques bières…

Vous jouiez face à Nicolas Cage dans Les Associés. Cage, c’est aussi une influence pour vous ?
Oh, Nic est génial, oui. Grosse inspiration. Arizona Junior, mec ! Mais la liste est longue, on peut jouer à ce petit jeu toute la nuit. On n’a pas parlé de Jeff Bridges, de Jon Voight, de Christopher Walken, qui est un bon copain…

Je parlais de Nicolas Cage parce que vous avez tous les deux ce goût pour les performances over the top, ce côté entertainers, ça ne vous a jamais fait peur d’en faire un peu trop…
(il met les mains derrière son dos et se met à hurler) Schmacting police ! Arrêtez-moi ! Je plaide coupable !

Schmacting ?
Ouais, quand tu surjoues, que tu cabotines, que t’en fais un peu trop. Schmacting. C’est du yiddish, je crois. Je reconnais que Nic Cage et moi avons dû être arrêtés une fois ou deux par la schmacting police. Mais, parfois, c’est nécessaire de pousser la note. C’est pas trop grave de passer une ou deux nuits en prison pour schmacting. J’aime bien faire le clown. Mais le mieux, honnêtement, c’est quand même d’être vrai. Sincère et honnête. Prends Robert Duvall. Dans Tendre Bonheur, par exemple : voilà une performance superbe, nuancée, vraiment très subtile. Mais il est génial aussi dans The Great Santini, et c’est pourtant un rôle flamboyant, bigger than life. Etre subtil dans l’emphase, c’est pas si simple que ça.

3 Billboards, les panneaux de la vengeance, en salles.