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Après être passé par une phase dépressive, récompensée l’an denier par un inattendu lion d’Or pour son brutal Pieta, Kim Ki Duk revient à Venise hors compétition avec Moebius, un farce burlesque qui montre que le coréen n’a pas perdu le goût de la provocation.Pourtant, rien ne le laisse prévoir dans le prologue, qui établit la situation d’une manière typiquement brutale, mais conventionnelle. Un père trompe sa femme avec une épicière, sous le regard excité du fils adolescent. Après avoir tenté en vain de castrer le mari, la mère folle de rage se retourne sur son fils, dont elle sectionne le pénis avant de l’avaler. Ce ne sont que les 5 premières minutes du film, qui annoncent la couleur ainsi que le style, totalement dépourvu de dialogues, à l’exception des grognements de douleur ou de plaisir, souvent confondus. Entre autres digressions (viol collectif, bagarres en prison), la suite se concentre un moment sur la recherche de substituts à l’orgasme masculin. Une solution consiste à se gratter la peau avec une pierre jusqu’au sang, une autre à se faire planter un couteau dans l’épaule par une partenaire qui se chargera ensuite d’imprimer au manche un mouvement de va-et-vient jusqu’à la jouissance.La véritable dimension slapstick (faut-il dire slapdick?) s’affirme lorsque, à la suite d’un gag réminiscent de Sex and Zen, un pénis sectionné (il y en aura trois au total) atterrit malencontreusement sur la chaussée où il est annihilé par un funeste trafic de poids lourds.L’intrigue rebondit lorsque le père fait don de son organe à son fils, qui retrouve la capacité de bander uniquement en présence de sa mère, laquelle est plus qu’heureuse d’en profiter. D’où pleurs, crise de jalousie et rebondissements additionnels.La conclusion fait appel à un procédé dramatique datant des débuts du cinéma, avant que Kim Ki Duk n’imprime un ultime effet de signature en faisant  se prosterner un de ses héros devant un statue de bouddha. Résumons : Moebius est un drame oedipien freudo-boudhiste qui renvoie aux comedies slapstick du début du muet. On ne sait pas si cette référence doit être interprétée comme une forme d’hommage ou le symptome d’une régression. Les détracteurs de Kim Ki Duk sont convaincus qu’il a toujours fait du cinéma primitif.En Corée, le comité de censure lui a refusé le visa d’exploitation. Après avoir proposé un certain nombre de coupes, le cinéaste en a appelé à l’arbitrage de ses pairs, ce qui représente quand même un grand risque, compte tenu de l’hostilité dont il est l’objet dans son pays : ceux qui sont jaloux de sa notoriété internationale le détestent, et ceux qui s’estiment supérieurs le méprisent. Contre toute attente, ils ont voté à une écrasante majorité en faveur du film. Du coup, il bénéficie d’une sortie coréenne en septembre. En France on verra.Gérard Delorme