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Le making of fascinant de Man on the Moon propose un portait incroyablement intime de la star.

En ligne depuis une semaine sur Netflix, le documentaire Jim & Andy : The Great Beyond est hallucinant. Devant la caméra de Chris Smith, un documentariste connu pour ses sujets décalés, qui a notamment filmé The Yes Men et American MovieJim Carrey détaille comment il s’est plongé dans le rôle d’Andy Kaufman à 100% sur le plateau de Man on the Moon (sorti en 1999 aux Etats-Unis et en 2000 en France), mais aussi dans les coulisses. C’était peut-être le meilleur hommage qui soit au comédien décédé en 1984, tant il aimait jouer avec l’idée des limites entre la réalité et la fiction, mais la star de The Mask n’en est pas ressortie indemne, et l’équipe qui l’entourait sur le tournage non plus. On y a apprend des tonnes d’anecdotes plus surréalistes les unes que les autres. A propos du film de Milos Forman, évidemment, mais pas seulement : Carrey y livre une vision très personnelle de sa carrière et du métier d’acteur en général, tout en dévoilant des choses très intimes. Attention, spoilers ! Les anecdotes décryptées ici sont au coeur de Jim & Andy.

1. Universal avait peur que Jim ne passe pour "un trou du cul"
C’est la raison pour laquelle Jim & Andy n’est pas sorti dans la foulée du film, début 2000. Le studio était d’abord d’accord pour que les coulisses de Man on the Moon soit filmées, et c’est Carrey qui a eu l’idée de demander à deux personnalités très proches d’Andy Kaufman, son ex-compagne Lynne Margulies​ et son complice Bob Zmuda (parfois derrière son "double" Tony Clifton) de se charger du making of. Il a alors décidé d’entrer dans le rôle de Kaufman à temps plein, et quand la production s’est rendu compte de l’ampleur de son "délire", elle lui a interdit de diffuser le résultat. Ainsi, au beau milieu du docu, Jim-Andy informe Zmuda de la décision d’Universal de ne pas sortir le film afin que le public "ne pense pas que Jim Carrey est un trou du cul." Il se moque alors des propos qui lui ont été rapportés de l’un de ses patrons : "Je m’en fous que Jim Carrey veuille faire le con toute la journée sur ce plateau. C’est notre film. C’est notre tournage. C’est notre concept." Voilà pourquoi on découvre Jim & Andy seulement maintenant.

2. Jim a contacté son modèle par télépathie
Dès le début du film, les propos de la star sont surréalistes. Carrey explique qu’il voulait tellement jouer Kaufman qu’il a passé une audition pour convaincre Milos Forman, malgré son statut de star (il touchait à l'époque 20 millions de dollars par film), puis détaille que le jour où il a appris qu’il avait obtenu le rôle, il observait la mer, a vu subitement des dauphins sauter hors de l’eau. Il a pris ça comme une "réponse" télépathique de Kaufman. "C’était complètement absurde, mais ça a marché !", s’exclame Carrey. A partir de là, il est entré dans la peau d’Andy pour plusieurs mois, se permettant d’en sortir seulement quelques heures… pour devenir Tony Clifton !

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3. Cette incarnation d’Andy par Jim a inspiré des mélodrames incroyables sur le plateau
Une fois plongé dans le rôle, Carrey est Kaufman 24h/24, au grand dam de certains membres de l’équipe technique, à commencer par son réalisateur. Il "épuise" Milos Forman, visiblement moyennement amusé de devoir parler à Andy et non à Jim pendant qu’ils préparent des scènes. Il a cependant réussi à boucler son tournage, et à la sortie de Man on the Moon, celui-ci confiait déjà dans Première n’avoir "jamais rencontré Jim Carrey sur le plateau". Il expliquait aussi que son obsession pour Andy était contagieuse. En préparant le film Forman a d’ailleurs prénommé ses enfants, nés en 1998, Jim et Andy !

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Au cours du documentaire, on découvre de nombreuses réactions incroyables face au show incessant de Jim-Andy. Un technicien prévient par exemple l’acteur qu’il va recevoir "des tas de plaintes pour harcèlement moral", une maquilleuse éclate en sanglots après avoir assisté à une altercation entre Andy et son père de cinéma, l’acteur Gerry Becker, parce que cela lui rappelle sa propre relation familiale… "Je suis une mauvaise personne", lui répond Carrey, visiblement surpris et amusé que son "petit jeu" prenne aussi bien. A partir de là, son incarnation va entraîner toutes sortes de mélodrames de ce type, jusqu’à ce que le catcheur Jerry Lawler ne l’envoie à l’hôpital.

4. Comment le "faux" Andy a fini par faire la une des vrais JT
A force de provoquer le catcheur sur plateau, celui-ci finit par le frapper lors du tournage de la reconstitution d’un match de catch qui a réellement eu lieu entre le sportif et Kaufman. Carrey finit à l’hôpital, et l’incident est alors évoqué aux infos. L’acteur est ravi de ce spectacle, mais la séquence est tellement dingue qu’on se demande si elle n’a pas été un peu montée… Comme le "coup" de faire débarquer Tony Clifton à une soirée Playboy en faisant croire qu’il est sous le costume, puis d’arriver quelques heures plus tard comme une fleur.

Dans la vraie vie, Lawler était ami avec Kaufman. Il explique d’ailleurs au cours du docu que s’ils se battaient lors de shows (notamment dans le Late Night de David Letterman), Andy était toujours courtois avec lui en coulisses. Contrairement à Jim, qui en fait des tonnes pour l’énerver sur le plateau, et qui insiste pour qu’ils se battent pour de vrai, accusant son adversaire d’être un "acteur de l’establishment, quelqu’un qui a peur des compagnies d’assurances, qui a peur d’être un artiste". Impossible de savoir si le combat qui s’ensuit est vrai, si Carrey a été véritablement blessé, mais le résultat est captivant en terme de "réalité/fiction", puisque toute l’histoire finit par passer au JT.

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5. Grâce au film, la fille d’Andy Kaufman a pu "rencontrer" son père
La séquence n’est pas montrée. Par pudeur, elle est à peine racontée par Jim Carrey, mais sur le principe, elle est complètement dingue : la fille d’Andy Kaufman, qui a grandi sans connaître son père, a demandé à rencontrer Andy sur le tournage de Man on the Moon. Carrey a accepté de lui parler en tant que Kaufman, comme il l’avait fait auprès des autres membres de sa famille : la sœur de l’artiste, son père… qu’on entrevoit dans le docu et qui sont particulièrement émus de retrouver une part de leur proche au sein de la performance de Carrey.

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6. Jim a voulu devenir célèbre pour rendre son propre père fier
La question de la réalité et de la fiction prend une tournure particulièrement intime lors de ces séquences en compagnie de la famille d’Andy Kaufman. Puis Jim Carrey en vient à parler de sa propre carrière et de ses proches, révélant qu’il doit en grande partie son envie de devenir une star à son père, artiste dans l’âme qui voulait percer dans la musique mais qui a dû accepter un travail qui ne l’intéressait pas pour nourrir sa famille. A 51 ans, il a perdu son job, ainsi que sa maison familiale. "Quand vous faites des compromis et que vous échouez, c’est terrible, se souvient Jim. C’est encore plus douloureux que quand vous vous plantez en ayant tenté de faire ce que vous aimiez." L’acteur révèle alors qu’il est mort en 1994, au moment où lui-même devait une star internationale grâce aux cartons successifs d’Ace Ventura, The Mask et Dumb & Dumber. Il se dit fier d’avoir vu son père connaître le succès à travers lui.

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7. Jim fait le bilan, et c’est très émouvant
Plus le documentaire dévoile les coulisses de Man on the Moon, plus le spectateur plonge dans la carrière de Jim Carrey en général et plus la star se dévoile intimement. Il est question de dépression, du bonheur de "se perdre dans un rôle" et du malheur de "redevenir soi" à la fin du tournage, du fait de "jouer un rôle tout le temps, même dans la vie" et d’accepter que le public "aime plus ce rôle que vous-même, finalement". Des réflexions étonnamment personnelles de la part d’une telle star hollywoodienne.
Jim Carrey parle clairement de sa dépression, expliquant par exemple qu’il était au plus bas lorsque Michel Gondry lui a proposé le rôle principal d’Eternal Sunshine of a Spotless Mind (2004), que le réalisateur a trouvé sa tristesse "magnifique" et qu’il lui a demandé de "ne pas se guérir, ne pas aller mieux" avant le tournage du film. "Oui, cette industrie est tordue à ce point-là", commente l’acteur en souriant.

Il révèle aussi -images d’archives à l’appui- qu’il rêvait de devenir une star dans sa jeunesse, qu’il se donnait comme but d’être reconnu dans la rue et de toucher des millions de dollars. Il a réussi, a obtenu tout ça, mais aujourd’hui, cela ne le rend finalement pas heureux. Cette quête du incessante du bonheur et la tristesse qui se dégage de la personnalité de Carrey sont extrêmement touchantes.

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8. Jim a mis beaucoup de lui-même dans chacun de ses rôles
L’exemple le plus frappant est donc celui d’Andy Kaufman, mais Jim Carrey détaille que chaque rôle marquant de sa carrière représentait une part de lui-même au moment où il l’a joué. Le documentaire est ainsi entrecoupé d’extraits d’Eternal Sunshine, The Truman Show ou The Mask qui illustrent tous l'idée de jeu (de "je" ?), de rôle, de devenir quelqu’un d’autre. C’est l’un des gros points forts de Jim & Andy, qui donne logiquement envie de (re)voir Man on the Moon, mais aussi d’autres films inoubliables de l’acteur, qui gagnent un sens plus profond une fois que l’on connaît son mode de jeu.

9. Jim regrette de ne pas avoir rejoué Andy une dernière fois pour REM
Le groupe était chargé de composer la bande originale de Man on the Moonun titre inspiré par l’un de leurs morceaux cultes sorti en 1992. Pour le film, REM a écrit spécialement "The Great Beyond", mais lorsqu’il a fallu tourner le clip, Jim Carrey ne voulait pas se remettre dans la peau d’Andy Kaufman. Ce rôle l’avait trop "consumé", il avait eu du mal à redevenir lui-même, et c’est pour ça que la vidéo reprend des extraits du film plutôt que des séquences tournées exprès avec la star, qui avoue dans Jim & Andy avoir regretté cette décision après coup.

10. Jim ne se replongera jamais autant dans un rôle. A part celui de Jésus ?
La chute du film est magnifique, sorte de blague méta sur tout ce que Carrey a révélé sur sa vision du métier d’acteur. L’acteur confirme que le rôle d’Andy Kaufman est celui dans lequel il s’est le plus investi de toute sa carrière, et il suppose avec une certaine tristesse qu’il ne jouera plus jamais un personnage avec une telle intensité. Avant de s’interroger avec malice sur le fait de pouvoir incarner un jour le fils de Dieu. "Qu’est-ce qui se passerait si je décidais d’être Jésus ?", s’amuse-t-il avec une leur dans le regard. Après deux heures à suivre ses réflexions philosophico-mystiques sur la vie, la mort, le rôle d’un acteur en société et la place de l’homme dans l’univers, cette question finale prend un sens vertigineux.

Bande-annonce :