Charlie Chaplin dans Le dictateur
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Ce soir, à 20H50, sur France 5, Dominique Besnehard dans le cadre de l’émission « Place au cinéma » propose de redécouvrir Le dictateur de Charlie Chaplin. Voici cinq choses à savoir sur ce chef d’oeuvre politique et burlesque.

Chaplin et Hitler sont nés à moins d’une semaine d’intervalle.

Depuis que le chancelier allemand est arrivé au pouvoir, les gazettes s’amusent de la ressemblance entre Charlot et Hitler. Ils portent la même moustache!  Ironie du destin, Charlie Chaplin et Adolf Hitler sont nés à moins de quatre jours l’un de l’autre. En avril 1939, on pouvait lire dans le journal The spectator: « Chacun à sa manière a exprimé les idées, les sentiments, les aspirations de millions de citoyens qui, tirant le diable par la queue, se trouvent broyés entre les meules supérieures et inférieures de la société. (…) Chacun est le reflet de la même réalité – les difficultés d’un “petit homme” dans la société moderne. Chacun est un miroir déformant, l’un pour le bien, l’autre pour le mal absolu. »

Chaplin inquiet dès 1933
Le cinéaste d’origine britannique vit peut-être à Beverly Hills mais le sort de l’Europe continue de l’intéresser. Il a effectué deux grands voyages en Europe en 1921 puis en 1931. En 1933, l’incendie du Reichstag l’a profondément bouleversé. Puis, la nuit de Cristal, dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938,  vient marquer une nouvelle étape dans les progroms contre les juifs. Dans le plus grand secret, Chaplin s’attelle alors sur ce qui deviendra Le dictateur: la méprise entre un modeste petit barbier juif qui vit dans le ghetto, et Hynkel, le dictateur de la Tomania. Dès l’annonce du tournage, le film provoque la colère des diplomates allemands et anglais en poste aux Etats-Unis. Chaplin est mis sous surveillance et soupçonné d’être communiste. Il reçoit même des lettres de menace. On fait tout pour le décourager. Certains vont même jusqu’à insinuer qu’il serait juif. Le réalisateur s’explique dans son autobiographie: « On n’a pas besoin d’être juif pour être anti-nazi. Il suffit d’être un être humain normal et décent. »

 

Quand les comédies rient des dictateurs

Enfin parlant!
Le Dictateur est le premier film parlant de Charles Chaplin. Le cinéaste a beaucoup résisté. Pour lui, faire parler Charlot, c’est le tuer. Le personnage deviendrait alors très commun. Dans Les temps modernes, en 1936, Chaplin ne consent qu’à faire parler Charlot à la fin, et encore en gromolo, le langage des clowns. Mais là, les années 1930 touchent à sa fin et Hollywood ne fait plus de films muets. Il faut se résoudre à passer au parlant. Chaplin veut avoir quelque chose à dire. « Le Dictateur est mon premier film où l’histoire est plus grande que le petit vagabond. »


Du burlesque malgré tout
Chaplin passe des heures à essayer d’imiter Hitler pour trouver son personnage. L’imiter? Non. Le ridiculiser? Oui. C’est alors qu’il a l’idée de la scène avec le ballon qui tranche avec le reste du film. Alors que Herring et Hynkel envisage l'extermination des races gênantes, le dictateur entame un ballet qui illustre sa volonté de dominer le monde. Cette séquence prend la forme d'un ballet avec un globe terrestre qui est aussi léger qu’un ballon. Alors que Chaplin compose habituellement la musique de ses films, pour cette séquence il utilise la musique de Wagner, en référence au régime nazi. La lenteur de la caméra donne un aspect léger à la scène qui tranche avec les projets du dictateur. Dans la dernière partie, le personnage est montré en plan resserré tenant le monde et le serrant entre ses mains. A force de le comprimer, le globe finit par exploser. Hitler est alors ridiculisé et pleure  comme un enfant.

Ariane Mnouchkine s’en est inspiré
Pour son dernier spectacle, Une chambre en Inde, la metteuse en scène Ariane Mnouchkine a repris une partie du discours final du Dictateur auquel Chaplin consacra plusieurs mois. Sans cesse, il a réécrit ce discours où le barbier, qui a été pris pour Hynkel, lance un appel à la paix. Il est toujours d’actualité. En voici un extrait: « En ce moment même, ma voix atteint des millions de gens à travers le monde, des millions d’hommes, de femmes, d’enfants désespérés, victimes d’un système qui torture les faibles et emprisonne des innocents. Je dis à tous ceux qui m’entendent : Ne désespérez pas ! Le malheur qui est sur nous n’est que le produit éphémère de l’avidité, de l’amertume de ceux qui ont peur des progrès qu’accomplit l’Humanité. Mais la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront, et le pouvoir qu’ils avaient pris aux peuples va retourner aux peuples. Et tant que les hommes mourront, la liberté ne pourra périr. Soldats, ne vous donnez pas à ces brutes, ceux qui vous méprisent et font de vous des esclaves, enrégimentent votre vie et vous disent ce qu’il faut faire, penser et ressentir, qui vous dirigent, vous manœuvrent, se servent de vous comme chair à canons et vous traitent comme du bétail. Ne donnez pas votre vie à ces êtres inhumains, ces hommes-machines avec des cerveaux-machines et des cœurs-machines. Vous n’êtes pas des machines ! Vous n’êtes pas des esclaves ! Vous êtes des hommes, des hommes avec tout l’amour du monde dans le cœur. Vous n’avez pas de haine, seuls ceux qui manquent d’amour et les inhumains haïssent. Soldats ! ne vous battez pas pour l’esclavage, mais pour la liberté ! »

Le dictateur est diffusé ce soir à 20H50, sur France 5.