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Le film reviendra dimanche soir sur France 2.

En 2012, Première avait rencontré Juan Antonio Bayona pour parler de la création de son drame The Impossible. Nous republions l'entretien, ainsi que celui d'Ewan McGregor, à l'occasion de la diffusion du film sur France 2.

The Impossible raconte une histoire vraie, mais dans quelle mesure avez-vous dramatisé? 
Juan Antonio Bayona : 90% de ce que vous voyez à l’écran est vrai. Nous avons changé quelques éléments afin de donner à l’histoire une portée universelle. Nous ne précisons jamais la nationalité des personnages (dans la réalité ils étaient espagnols, NDR). Je n’ai pas choisi l’histoire, c’est elle qui m’a choisi. Chaque fois que je la racontais, j’étais très ému. Pourquoi ? Une des réponses se trouve dans le titre. Nous l’avons appelé The Impossible parce que la plupart de ce qui arrive paraît impossible. Il y a quelque chose qui dépasse les simples faits. Il s’agit de ce qui arrive lorsque vous devez faire face à la fin. C’est cette dimension universelle qui nous a dicté de faire les quelques changements nécessaires.

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Vous utilisez des artifices familiers du cinéma, comme le suspens : on ne sait pas si les survivants vont retrouver les autres membres de leur famille. Mais est-ce qu’il vous est arrivé de vous demander jusqu’à quel point vous pouviez utiliser ces artifices pour manipuler le public?
Je voulais que le public ressente l’expérience de ces trois jours de tsunami. Pas seulement être là, mais vivre là. D’où le choix d’adopter le point de vue d’un survivant, pour montrer à quel point c’est dur à vivre. Effectivement, j’ai dû me poser la question de la limite à ne pas dépasser. Et à deux reprises, j’ai consulté des survivants pour leur demander si la représentation que je proposais était correcte. Un de ces moments arrive lorsque les enfants sont à nouveau réunis. J’ai demandé aux vrais enfants de me décrire cet instant. Le vrai Lucas m’a dit: “c’était le moment le plus heureux de ma vie”. Si vous essayez de faire partager ce moment aux spectateurs, vous allez utiliser tous les moyens à votre disposition. Nous n’avons jamais amplifié les actions des personnages. Ils ne font rien qui détermine s’ils seront sauvés ou non. C’était un point très important : s’ils l’avaient fait, ça aurait impliqué que ceux qui n’avaient pas survécu n’en avaient pas fait assez. Et l’écriture du scenario a été très difficile à cause de ça : comment raconter l’histoire alors que ces personnages ne font rien pour se retrouver ?

Les scènes de destruction tournées en studio sont spectaculaires. Comment saviez-vous si elles allaient fonctionner ?
Il y avait deux sortes de défis sur ce film. Le premier était d’ordre émotionnel, on en a parlé. Le second était d’ordre technique. Dès le début, nous avons éliminé l’image de synthèse pour les effets avec l’eau. Ça n’est pas réaliste. Nous devions éviter absolument tout artifice qui sortirait le spectateur de la réalité de l’histoire. D’où le choix d’utiliser de la vraie eau. Nous avons mis un an pour préparer cette séquence, et même pendant le tournage, nous n’étions pas sûrs des résultats. Avec le recul, je suis très fier de ce que nous avons fait. Il s’agissait d’amener le spectateur à penser qu’il était impossible pour les autres personnages de survivre. Donc ça devait être très primaire, très brutal, mais avant tout très réel.

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La description de l’expérience de Naomi Watts est particulièrement brutale. Personne ne vous a conseillé d’en montrer un peu moins ?
Je le répète, nous étions très proches de la réalité. Je me souviens avoir reçu des lettres de survivants chaque jour avant d’arriver sur le plateau et ces lettres étaient extrêmement détaillées. Ça a beaucoup aidé tout le monde. C’est donc parfois dur à regarder, mais on voit comment des humains sont capables de donner le meilleur dans les pires des situations. Il ne s’agit pas seulement de survivre, mais de savoir pourquoi, pour qui, et quel prix vous êtes prêts à payer. Il y a un très beau moment où le mère dit à son fils qu’elle va mettre sa vie en danger pour sauver quelqu’un qu’il ne connaît même pas.

Comment avez-vous dirigé les enfants ?
Comme ils ne sont pas acteurs, il fallait le plus souvent possible mêler la fiction et la réalité. Ewan McGregor et Naomi Watts ont beaucoup aidé dans ce sens en construisant une solide complicité avec eux. J’insistais pour que les enfants ne soient pas prêts au moment de la première prise. Ils ne devaient pas savoir ce qu’ils allaient voir ou faire. Il y a un beau moment avec le petit Daniel qui se met à prendre soin de Maria et à lui caresser les cheveux dans l’arbre. C’était un vrai moment, et je guette toujours ces accidents qui ne sont pas dans le script.

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Guillermo del Toro vous a-t-il aidé, comme il l’avait fait sur L’orphelinat ?
Il a toujours été très encourageant, mais seulement comme un ami, pas comme un producteur. Je lui envoyais des emails, des photos du plateau, je lui ai montré un premier montage du film, et il me disait sans arrêt: “je paierais pour ne pas tourner ce film, vu son niveau de difficulté.” Il fallait gérer les pires effets imaginables, ceux avec de l’eau, sans oublier les enfants. Nous avons fait un tas de choses qu’il ne fallait pas faire. Comme tourner en pellicule. Mais nous l’avons fait.

Propos recueillis par Gérard Delorme