The Dark Knight
Warner Bros

Voici les secrets du fameux « pencil trick » réalisé par le Joker (Heath Ledger).

Une ombre ténébreuse enveloppe Gotham City. Les chefs de la pègre de cet enfer urbain se retrouvent, attablés autour de Sal Maroni, chef mafieux italien. C’est alors qu’un ricanement macabre, à la limite du grotesque, interrompt brusquement la petite réunion de business sous-terrain. On l’aperçoit d’abord de dos, mais impossible de ne pas identifier son allure terrifiante. Un costume de velours mauve couvre ses larges épaules sur lesquelles tombent des mèches verdâtres et fillasses. L’assemblée se mure dans le silence au son de ses paroles glaçantes.

Le Joker débarque dans la pièce. Il lance avec cynisme «Moi qui pensais que mes vannes étaient mauvaises », et le reste de la séquence s’enchaîne à la vitesse de la lumière. Un homme de main invite un autre de ses sbires à refaire le portrait du Dark Clown, qui lui fait perdre son temps. Ce dernier décrète qu’il va faire un tour de magie. En quelques nanosecondes, le Joker saisit un crayon à papier et le plante dans le bois de la table, pendant que son bourreau s’avance pour lui donner une leçon. Et c’est là que la magie opère. Le Prince du crime saisit le crâne du pauvre homme et l’assomme contre la table, enfonçant le crayon à papier dans son globe oculaire. La victime meurt sur le coup, l’œil et le cerveau perforés. « Tadah ! The pencil’s gone. » (« Tada ! Le crayon a disparu»).

 

 

Sauf qu’on se doute bien que le pauvre Charles Jarman (cascadeur victime du coup de crayon), ne meurt pas vraiment un criterium vissé dans le crâne. Alors qu’a pu envisager Christopher Nolan pour mener à bien ce tour de passe-passe ? Les acteurs et l’équipe du tournage de The Dark Knight, deuxième volet de sa trilogie Batman, ont livré leurs astuces à Vulture.

« Il n’était pas impossible de concevoir un crayon en numérique, le traquer, le suivre et le faire soudainement disparaître. Mais nous avons essayé de ne pas surutiliser de CGI quand ils n’étaient pas nécessaires », explique Nick Davis, superviseur d’effets spéciaux sur le tournage.

Le journal du Joker d'Heath Ledger au coeur d'un documentaire

Pas d’image de synthèse, donc, pour cette scène culte, mais une véritable ruse réalisée par un cascadeur particulièrement téméraire… et tenace.

« On a d’abord filmé plusieurs séquences où je m’entraînais à retirer, de ma main droite, le crayon planté dans la table avant que mon front ne percute de plein fouet la surface du meuble », commente le cascadeur Charles Jarman,  « Si pour telle raison je n’étais pas parvenu à extraire le crayon à temps, nous n’aurions pas eu cette conversation aujourd’hui », ajoute-t-il.

The Dark Knight milliardaire !

Le coup de bluff n’est pas si complexe, finalement. Charles Jarman s’avance, la caméra remonte et cadre le buste d’Heath Ledger (le Joker), pendant que Jarman balaye le crayon avant de s’écraser contre la table. Plus de criterium, le tour est joué, mais le front de l’acteur s’en souvient toujours.

« On a dû faire vingt-deux prises en deux jours. Je me rappelle avoir fait trois K.O. Le deuxième jour, mon front avait enflé, j’ai eu le tournis puis blackout. Heath Ledger avait pour habitude de vivre littéralement dans la peau du Joker pendant le tournage. Il n’est « sorti » qu’une seule fois de son personnage pour s’assurer que j’allais bien », se remémore Jarman.

Malgré ces chocs à répétition, l’acteur ne se soucie pourtant que d’une seule chose : ne pas rater cette scène-clé. « Tu penses plus à la perfection de la séquence qu’à ta propre personne, dans ces moment-là », décrit le cascadeur.