Skyfall James Bond 007
Sony

Le film de Sam Mendes avec Daniel Craig, Bérénice Marlohe et Javier Bardem reviendra dimanche soir sur France 2.

La deuxième chaîne poursuit son cycle James Bond... mais dans le désordre. La semaine dernière, c'est le dernier volet en date, 007 Spectre, qui était proposé en fin de week-end, et ce dimanche ce sera au tour de son prédécesseur, Skyfall, de revenir sur le petit écran (ceci dit, Spectre est du coup reprogrammé à 23h25, ce qui permet de voir les deux films à la suite).
A sa sortie en 2012, cet épisode avait divisé les critiques. La rédaction de Première avait cependant été globalement conquise. 

Qui n'a pas aimé Skyfall ?

Le choix de Sam Mendes était couillu
C'était peut-être la meilleure idée des Broccoli depuis longtemps : faire réaliser un James Bond par un auteur qui amène son ADN et ses fixettes et crédibilise la statue du Commander. Le choix de Sam Mendes était couillu et s’avère passionnant. Outre une direction d'acteurs effectivement gigantesque (la rencontre en Javier Bardem et Daniel Craig, démente), Skyfall est surtout truffé de formidables fulgurances esthétiques qui rappellent combien Mendes peut se révéler visuellement dingue quand il le veut bien. Surtout, ces visions agissent à la façon de flashs qui réveillent le spectateur un poil assoupi par la longueur du film. Un combat entre deux ombres chinoises sur fond d'enseignes lumineuses dans le Shanghai cyberpunk (plus beau moment visuel du film), un casino flottant à Macau gardé par des têtes de dragon de feu, le repaire du méchant dans une ville à l'abandon, un gunfight à la Fort Alamo dans les brumes du crépuscule écossais... Des images - sublimées par la photo de Roger Deakins - qui resteront longtemps dans la rétine.
Sylvestre Picard

Brillant hommage à la saga, Skyfall prépare surtout la suite
Silva : «  - Et vous, c’est quoi votre hobby ? James Bond : - La résurrection. » Quand Daniel Craig répond ça au génial Javier Bardem lors de leur première rencontre, il évoque des événements récents mais surtout, évidemment, le personnage créé par Ian Fleming qui ressuscite à l’écran depuis 50 ans. Skyfall, 23e James Bond mais surtout film-anniversaire, est un objet méta qui multiplie les autoréférences et ne cesse de discourir sur la saga : quand M plaide la raison d’être des agents 00 face à une commission gouvernementale qui en argue l’obsolescence, c’est la survie même du personnage qu’elle défend. Mendes réussit brillamment l’hommage à Bond et démontre sa raison d’être, il l’inscrit d’ailleurs dans notre temps en le frottant au cyber-terrorisme et aux questions de transparence qui évoquent Wikileaks. Pourtant, c’est comme si les deux longues heures et demie que dure Skyfall n’avaient d’autre but que préparer la prochaine résurrection du personnage – même si l’ensemble, bien qu’un peu chiant, est un très bel objet ponctué de quelques fulgurances. Les cinq dernières minutes sont étonnantes de ce point de vue, elles bouclent une boucle et invitent sérieusement à spéculer sur l’orientation que pourra enfin prendre le James Bond de Daniel Craig après trois films d’introduction. A la fin de Skyfall, 007 peut vraiment renaître.
Vanina Arrighi de Casanova

Daniel Craig : la Bond Girl, c'est lui

Skyfall recycle à tour de bras
Depuis 50 ans, la raison d’être de Bond se pose : qu’est-ce qui justifie la pérennité d’un personnage créé au milieu du siècle dernier pour consoler les Anglais de la chute de leur empire ? Aujourd’hui, l’ennemi communiste a été remplacé par un terrorisme international protéiforme. C’est pourquoi les héros de films d’espionnage (comme Jason Bourne : l’héritage, qui ressemble beaucoup à Skyfall) passent plus de temps à se poser des questions sur eux-mêmes qu’à remplir leurs missions, quand ils en ont. Comme le rappelle un membre du MI6  dans Skyfall : « on va encore nous reprocher notre inutilité, notre engagement dans une guerre perdue d’avance contre des ennemis insaisissables ».Plutôt que d’en faire un handicap, le scénario de Skyfall utilise ces questions pour justifier les changements qui affectent la mythologie bondienne dans ce Nième reboot. La bonne nouvelle, c’est que le film est très dynamique. Et même s’il recycle à tour de bras (et pas seulement les Bond), il le fait bien. Les scènes d’action percutent, Javier Bardem, en mode Christopher Walken, restera un méchant mémorable, et la fille est très appétissante. C’est déjà pas mal.
Gérard Delorme

Un drame shakespearien qui revient à l’essentiel
Je ne suis pas un grand fan de James Bond. Je ne m’attendais donc pas à ce que le ciel me tombe sur la tête en allant voir Skyfall. Dès le prologue, suivi d’un générique sublime (la chanson d’Adele est l’une des plus réussies de la saga), Sam Mendes enfonce le clou fixé par Casino Royale : la franchise, ouvertement postmoderne (les autocitations se ramassent à la pelle ; on fait du neuf avec du vieux et du vieux avec du neuf), plonge profondément dans la psyché de Bond, orphelin triste que les services secrets britanniques ont érigé en sauveur de la nation, sans le ménager pour autant. 007 a grandi sous l’autorité de « parents » exigeants dont M (pour Mum...) n’est pas la moins autoritaire. Skyfall, qui confronte deux galopins rebelles (l’un a coupé le cordon ombilical pour sombrer dans le terrorisme), est un drame shakespearien entrecoupé de scènes d’action graphiques surexcitantes. Exit les James Bond Girls - peu présentes - et les gadgets, place à l’essentiel. Et c’est tant mieux.
Christophe Narbonne