Sicario
StudioCanal

Le film de Denis Villeneuve sera diffusé ce soir sur C8.

Profitant de la sortie de Sicario 2 : La Guerre des Cartels, C8 proposera à 21h le premier volet, réalisé par Denis Villeneuve et porté par Emily Blunt, Josh Brolin et Benicio Del Toro. C'est la première fois que le long métrage est diffusé en clair, et croyez-nous, il vaut le coup d'oeil. A condition d'avoir le coeur bien accroché (il est d'ailleurs interdit aux moins de 12 ans).

Voici la critique publiée dans Première en 2015 : La frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. Kate Macer, jeune recrue du FBI, est enrôlée pour aider un groupe d’intervention d’élite. Leur mission : lutter contre le trafic de drogue. Menée par un agent tête brûlée et un mystérieux consultant, la team se lance dans un périple clandestine qui va obliger Kate à remettre en question sa morale et ses certitudes. Deux heures. Deux heures terrifiantes et prodigieuses, d’une horreur et d’une beauté insensées, qui condamnent le spectateur à l’apnée – parce que l’oxygène vient souvent à manquer dans Sicario. Le nouveau film de Denis Villeneuve réalise d’abord un fantasme longtemps resté inassouvi. On l’avait imaginé, entraperçu, devant le Traffic de Soderbergh, le Cartel de Ridley Scott, ou la mini-série Drug Wars de Michael Mann. Mais ça y est, on l'a, on tient enfin le film choc total sur les cartels et la guerre à la drogue. Et alors ? Et après ?

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On est tenté de dresser deux parallèles pour (bien) parler de ce film monstre. Le parcours de l’agent Macer dans sa remontée vers le Mal rappelle immanquablement la Maya de Zero Dark Thirty et sa traque de l’invisible Ben Laden. Deux femmes sans passé ni famille qui naviguent à vue dans les turpitudes stratégiques de la politique US. Deux femmes qui se déplacent du champ de bataille (le terrain concret, plein de bruit et de fureur) à celui, mental, d’une effroyable divagation paranoïaque dans un clair-obscur moral. Les deux films semblent jumeaux mais s’opposent finalement dans leur logique. Là où Bigelow décrivait une petite victoire (la mort de Ben Laden) au prix de sacrifice et d’une violence étatique presque légitimée, Denis Villeneuve raconte une profonde défaite. Celle de la Realpolitik du gouvernement US, de ses arrangements quotidiens avec l’horreur et la morale. La manière dont les Etats-Unis produisent un monstre pour en supprimer un autre… C’est là qu’on peut dresser un autre parallèle. Apocalypse Now. La quête de Macer à travers une jungle de mystères est une relecture de l’odyssée du capitaine Willard vers le mal, qui s’enfonce dans les ténèbres incarné par Kurz-Brando. Une relecture, avec la même déconstruction du rapport américain à l’ennemi. Le Mexique d’aujourd’hui comme le Vietnam reconstitué de 79 est un outre-monde fabuleux ; les figures apparaissent sous des formes mythiques – celle du minotaure ou du diable (d’ailleurs, à quoi joue vraiment Benicio Del Toro, exceptionnel de présence et d’ambiguïté ?).

C’est précisément la question cinéma qui agite Sicario. Comment donner forme à ça ? Comment représenter le mal et ceux qui le combattent ? Comme Roger Deakins nous le dit, l’influence qui plane sur le film est celle de Jean-Pierre Melville. La perfection minérale, les silhouettes mythologisées, les décors qui impriment une claustrophobie majestueuse dont on ne réussira jamais à se défaire : tout cela renvoie au cinéaste de L’Armée des ombres, titre qui lui irait d’ailleurs comme un gant. De même que Melville déconstruisait le polar, on trouve dans Sicario les ingrédients du film de frontière mais comme vidés de leurs conventions. Villeneuve dépeint un monde à la fois éteint et épique, où son héroïne avance comme dans Moby Dick (pour revenir à un autre Melville) et croise des figures zen exaltées. Entre le plan d’ouverture où elle ouvre les yeux et la conclusion où elle doit se résoudre à les fermer, sous les atours d’un thriller hypertendu, Kate aura accompli son Odyssée, au cœur des ténèbres.
Gaël Golhen

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