tout ce qu'il me reste de la révolution
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Quelles idées défendre aujourd’hui ? Quelle forme peut prendre la lutte ? Ce sont les questions que se pose Angèle, l’héroïne du film Tout ce qu’il me reste de la révolution de Judith Davis.

Angèle, l’héroïne de Tout ce qu’il me reste de la révolution (interprétée par la réalisatrice du film, Judith Davis) voudrait changer le monde. Mais elle ne sait pas comment faire. Elle est née dans une génération qui ne croit plus au politique, fille de militants qui se sont perdus dans leurs idéaux. Le film est le petit cousin d’une pièce qui porte presque le même nom, Tout ce qu’il nous reste de la révolution, c’est Simon, créé par L’avantage du doute un collectif d’acteurs dont Judith Davis est la fondatrice.

"Quand on a constitué le collectif, on a fait un tour de table pour savoir ce dont on avait envie de parler : l’engagement politique est venu comme une évidence, explique la réalisatrice. Faire du théâtre c’est prendre la parole publiquement devant une assemblée". Ce qui intéressait plus précisément le collectif c’était l’engagement politique à la lumière de 1968 : "Notre culture politique s’est perdue, s’est évaporée en 25 ans". 

 

Tout ce qu'il me reste de la révolution (2019)
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Leur méthode de travail: l’enquête. D’abord intime, questionnant leurs histoires, leurs familles. Ensuite, la comédienne va plonger dans les recherches des autres via des des films, des interviews, des livres. L’écriture arrive ensuite. La légende de Bornéo (reprise à partir du 19 mars au Théâtre de l’Atelier à Paris), l’autre spectacle qui a donné naissance au film s’intéressait lui au monde du travail. "C’est toujours le même thème, c’est-à-dire la déshumanisation. Tout le monde ressent la même chose : la loi du plus fort, la compétition et la rentabilité, ça ne peut pas satisfaire rendre heureux. Le paradigme de l’entreprise a phagocyté tous nos modèles de réflexion. Il y a un assèchement de l’humanité qui fait souffrir tout le monde".

Devant ce constat, la jeune femme se demande comment être en cohérence avec ses idées. Ce qu’elle met en avant c’est le retour de la prise de parole, premier pas de la formation d’une pensée politique. « C’est une révolution intérieure qu’il faut tous mener. Il faut se demander : "De quoi suis-je encore sûre ? Qu’est-ce que je peux affirmer ? Une seule certitude, ce n’est pas tout seul que l’on fait changer les choses. On est toujours dans une dialectique entre le singulier et le collectif"

3 questions à Judith Davis, réalisatrice de Tout ce qu’il me reste de la révolution

D’elle-même, Judith Davis fait le lien avec l’actualité, cette parole qui éclot aujourd’hui dans l’espace public via le mouvement disparate des Gilets jaunes : "Comment imaginer une seule seconde que les gens ne sont pas en train de péter un câble ? La colère qui gronde aujourd’hui raconte ça. Ce qui est urgent c’est que ce ne soit pas récupérer par le fascisme"

Mais le gros risque quand on fait un film engagé c’est le dogmatisme. Pour déjouer ce piège, elle joue avec le burlesque, le tempo, le mélange des genres. "L’engagement politique peut sembler très lyrique, très sérieux, moi je préfère en avoir une vision joyeuse pour que le spectateur ne reparte pas avec son sac à dos plein de problèmes comme en entrant dans la salle". Son souhait le plus cher : que les gens débatent en sortant du film : "Le film pose beaucoup plus de questions qu’il n’apporte de réponses".

Tout ce qu’il me reste de la révolution sortira le 6 Février.

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3 questions à Judith Davis, réalisatrice de Tout ce qu’il me reste de la révolution

Prix du jury du dernier Festival d’Angoulême, la réalisatrice nous définit son désir de cinéma. Elle est l’auteur d’une comédie loufoque et engagée sur l’héritage de mai 1968, Tout ce qu’il me reste de la révolution.