Money Monster
Universal

Notre critique du quatrième film signé Jodie Foster, qui revient justement demain sur TF1.

La première chaîne programme une soirée spéciale Jodie Foster, dimanche, en proposant sa dernière réalisation, Money Monster, suivie de l'un de ses succès en tant qu'actrice, Inside Man. Nous republions donc notre critique du premier, découvert dans le cadre du festival de Cannes 2016.

Jodie Foster : "C'est comme si toute ma vie d'actrice avait été mon école de cinéma"

Jodie Foster a commencé sa carrière au cinéma toute petite, mais disons poliment qu’en tant que réalisatrice, elle se cherche encore. A des années-lumière des historiettes fragiles sur des familles dysfonctionnelles qu’elle a signées jusqu’à présent (Le Petit Homme, Week-end en famille, Le Complexe du Castor), Money Monster est un bon gros thriller avec des stars dedans (George ! Julia !), ouvertement old-school, pas très finaud mais ne cherchant pas non plus spécialement à l’être. Si vous avez envie d’un dessert un peu gras, d’un rab de chantilly, vous voilà servis. L’insupportable animateur d’une émission de conseils boursiers (Clooney) y est pris en otage, en direct live, par un jeune paumé, qui l’accuse de lui avoir fait perdre ses économies dans un mauvais placement et lui ordonne en conséquence de revêtir une veste bardée d’explosifs, prêts à péter à tout moment. Tic-tac, tic-tac… Les flics s’activent en coulisses, la réalisatrice de l’émission (Roberts) rassure l’otage (qui a gardé son oreillette), tout New York a les yeux rivés sur l’écran, tandis que des journaleux et une attachée de presse partent à la recherche d’un PDG salaud (c’est McNulty de The Wire). Bon, le script est grotesque… Quelque chose comme la rencontre entre Phone Game et The Big Short. Sur le plan de l’action et du suspense, Money Monster rate à peu près tout ce qu’il entreprend. Dans le registre du plaidoyer à la Network (les pourris de Wall Street finiront-ils par reconnaître que le système libéral est fondamentalement amoral ?), ça ne marche pas beaucoup mieux.

Méta Clooney
Paradoxalement, c’est la laideur assumée du film (des écrans de télé partout, des jingles débiles, Clooney puant d’arrogance, une scène d’intro aux chiottes…) qui en fait aussi l’intérêt, invitant à le lire comme une charge vaguement haineuse contre la culture de la célébrité et la vulgarité inhérente au statut de star. Intéressant, forcément, de la part de quelqu’un (Foster) qui a grandi devant les caméras mais refuse de faire l’actrice depuis déjà trois ans (Elysium) et un discours aux Golden Globes qui sonnait comme une lettre d’adieu au vedettariat. Elle fait au passage de Money Monster l’un des premiers vrais films méta sur George Clooney – tous les grandes stars de cinéma ont une veine méta dans leur filmo (ces films où l’acteur réfléchit à son image), mais, bizarrement, Clooney s’y était peu adonné jusqu’à présent, à l’exception de In the Air, Monuments Men et, bien sûr, des pubs Nespresso. Money Monster parle beaucoup de lui, l’animal politique accro aux caméras : son mélange de suavité et de vulgarité bling-bling, ses dents trop blanches, l’amour-haine qu’on lui porte, son incapacité à jouer un mec de droite (attention spoiler : il redevient de gauche au cours du film). Quant à Julia Roberts, l’autre star, elle réussit l’exploit de passer TOUT l'intrigue assise : d’abord dans la salle de régie, puis dans une fourgonnette qui sillonne la ville. Cachetonnant tranquille, sans complexe. Drôle de film, presque fier d’être has-been, dont la présence à Cannes n’est pas honteuse (dans le genre, on est loin du méga-nanar Wall Street 2 : L'Argent ne dort jamais, présenté lui aussi hors compète), mais qui marchera sans doute mieux chez vous, un dimanche soir à la télé. Et encore mieux si vous pouvez vous téléporter en 1997.

Frédéric Foubert

Bande-annonce :

 

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