Mon inconnue
Mars films

Un sommet de comédie romantique inventive porté par un trio d’acteurs irrésistibles, François Civil, Joséphine Japy et Benjamin Lavernhe.

En 2019, le cinéma français aime s’aventurer sur des terrains où il s’est souvent interdit d’aller. Ces fameux films que soi-disant « on ne sait pas faire » ici : le film de sous-marin avec Le Chant du loup et la comédie romantique avec Mon inconnue, domaine a priori réservé des Anglo-Saxons. Hugo Gélin est un amoureux fou du genre. Cette passion aurait pu l’enfermer dans des références écrasantes et l’empêcher de développer un récit original. On sait vite qu’il n’en sera rien. Car la première réussite de Mon inconnue tient dans la mise en place de son récit et de ses personnages. La rencontre, le coup de foudre, les premiers moments exaltants, puis les signes avant-coureurs d’un éloignement, ces regards qui perdent de leur fougue et vous conduisent à une séparation inévitable. On ne vous spoile rien. Tout cela tient ici en un quart d’heure à tout casser. Le temps de décrire cette rencontre impromptue au lycée entre Raphaël et Olivia et leurs caractères, aux antipodes. Raphaël aime faire les quatre cents coups avec son meilleur pote Félix et rêve de devenir un auteur de BD fantastique. Olivia apprend le piano avec l’exigence et la rigueur que cela nécessite. Mais ces deux contraires ne vont bientôt plus faire qu’un et grandir ensemble. Raphaël devient un auteur connu et reconnu. Olivia triomphe dans des concours de plus en plus exigeants. Jusqu’à ce que Raphaël oublie qu’ils en sont arrivés là à deux. Et même pire : il tue dans sa série de BD le personnage inspiré par Olivia. Ce déséquilibre devient insupportable pour cette dernière, qui souhaite mettre un terme à leur relation. Raphaël s’endort sur cette crise. Et se réveille le lendemain dans un monde parallèle, où il vit brutalement l’existence qu’il aurait dû mener s’il n’avait jamais rencontré Olivia. Et, pour revenir dans son monde, il va devoir la séduire à nouveau.

ENTRE RIRES ET LARMES
Débute alors une comédie (romantique) de la reconquête, où Hugo Gélin évolue tout en finesse sur un fil ténu, entre rires et larmes. Depuis Comme des frères, on connaissait son talent à susciter l’émotion. Mais la présence à l’écriture d’Igor Gotesman (Five) lui permet de muscler son scénario côté comédie et de mener de front deux récits qui très vite n’en font qu’un : l’histoire d’amour impossible entre Olivia et Raphaël – il sait tout d’elle et doit essayer de ne pas apparaître comme un simple fan un peu trop obsessionnel de la pianiste de renommée mondiale qu’elle est devenue sans lui ; et l’histoire d’amitié à la vie à la mort entre Raphaël et Félix – la seule personne de son entourage qui est assez barjo pour le croire – donnant lieu à un feu d’artifice de scènes hilarantes jouant à fond sur l’absurde de la situation.

PREMIER REGARD
Ces trois personnages sont incarnés par des comédiens dont la complicité fait merveille à l’écran : François Civil – qui confirme son début d’année royal après Le Chant du loup et Celle que vous croyez –, aussi à l’aise dans la déconne que dans les scènes plus tragiques ; Benjamin Lavernhe, époustouflant de rythme et de fulgurances dans les moments les plus délirants, en sidekick façon Rhys Ifans dans Coup de foudre à Notting Hill ; et Joséphine Japy, qui porte haut le rôle principal féminin (y compris parfois à son corps et son cœur défendant). Un personnage central, dont on doit, comme Raphaël, tomber amoureux dès le premier regard pour que ce récit prenne sa pleine puissance. À la fois discrète et d’une cinégénie renversante, l’actrice s’acquitte merveilleusement de cette mission, incarnation parfaite d’un film maîtrisé sans être corseté. Qui respecte tous les codes du genre tout en faisant entendre sa petite musique personnelle. Un vrai coup de foudre.

Mon Inconnue, en salles le 3 avril 2019