Les Films du Kiosque

Le drame d'Emmanuelle Bercot sera diffusé dimanche soir sur France 2.

En mai 2015, La Tête Haute ouvrait le festival de Cannes. France 2 profite de la 71e édition en cours pour proposer ce week-end ce film réussi d'Emmanuelle Bercot. Son histoire ? Malony est un délinquant multi-récidiviste placé de famille d'accueil en CEF (Centre éducatif fermé) ou en CER (Centre éducatif renforcé). La juge qui le suit depuis son plus jeune âge et son éducateur parviendront-ils à le sortir de cette spirale de violence ?

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Voici notre critique : Des mains, des jambes, des voix, des cris. Où sommes-nous ? Dans la première séquence de La Tête haute, filmée à hauteur d'enfant dans le bureau d'une juge, une mère indigne abandonne sa progéniture, qu'on découvre hagard, puis en pleurs. Sans tambours ni trompettes, avec un maximum de pudeur, Emmanuelle Bercot situe là les enjeux de son film qui va suivre de A (pour Adolescent) à Z (pour Zéro pointé) le parcours d'un exclus du système - familial, social, scolaire. A la façon de Loach ou des frères Dardenne, la réalisatrice enferme son héros dans une sorte de fatalité terrible dont les personnages féminins sont les clés qui ouvrent ou ferment les issues. Malony doit choisir entre une mère toxique (Sara Forestier, un peu too much avec ses dents pourries) et une juge pragmatique (Catherine Deneuve, digne mais ébranlée dans la confrontation permanente), entre la mère-fantasme et l'amoureuse sincère. Une erreur d'appréciation et les compteurs de bonne conduite sont remis à zéro. Et puis il y a l'éducateur (Benoît Magimel, formidable d'intensité et de retenue), figure paternelle évidente contre laquelle Malony lutte sans raison, juste parce qu'elle représente une insupportable absence.

A l'instar du héros, La Tête haute se cogne contre les murs, sample ses propres scènes de punition-rédemption jusqu'à écoeurement. On se demande si la lumière viendra. La lueur en tous cas est apportée par Rod Paradot : avec sa mine renfrognée et sa violence rentrée, il débarque par effraction dans le cinéma français. L'un des plus beaux braquages de l'année qui va se dérouler devant les yeux du monde entier, puisque ce film militant, hommage aux services sociaux et aux particularités du droit des mineurs français fait l'ouverture du 68e Festival de Cannes.

Christophe Narbonne

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Bande-annonce de La Tête haute d'Emmanuelle Bercot avec Rod Paradot, Catherine Deneuve et Benoît Magimel :

 

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