Edmond
Nicolas VELTER / Gaumont

Le récit fantasmé de la création de Cyrano de Bergerac ne manque pas d’humour et d’énergie, même si les fantasmes sont trop visibles.

Rencontre avec Alexis Michalik

Paris, 1897 : rincé par le flop de sa dernière pièce, sans inspiration, le jeune auteur de théâtre Edmond Rostand est mis au pied du mur et doit créer en quelques jours une pièce pour le grand comédien Coquelin. À la suite d’un étrange concours de circonstances, il va raconter l’histoire de l’écrivain du XVIIe siècle, Cyrano de Bergerac. Au théâtre, Alexis Michalik avait très nettement des envies de blockbuster : ses palpitants Le Porteur d’histoire sur Alexandre Dumas et Le Cercle des illusionnistes sur Georges Méliès, carburant clairement à l’imagination enflammée, transmettaient l’illusion du grand spectacle. Une fois qu’on a donné à Michalik les moyens du grand spectacle, que reste-t-il ? Portée par un excellent Thomas Solivérès qui donne à Rostand un charme gauche et juvénile de circonstance, la version grand écran de sa pièce Edmond ne manque pas d’énergie, d’humour, de bons mots et de vivacité : le plaisir est réel, même s’il y a des paradoxes (Feydeau en prend pour son grade alors que le film se nourrit de son théâtre) et de nombreux raccourcis peu pardonnables (la femme de Rostand, Rosemonde, a beau avoir été poétesse et filleule de Leconte de Lisle, elle est ici dessinée comme une bobonne qui râle parce qu’Edmond fait du bruit la nuit et fricote avec les costumières). Et, au fond, Edmond entretient le cliché irritant de la création artistique vue comme un heureux hasard ou une succession de jolies rencontres et de petits miracles. Michalik semble pourtant mieux placé que personne pour savoir que c’est tout le contraire.

Edmond, en salles le 9 janvier.