Daniel Craig, bond girl
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Pour tous les interprètes de Bond, le travail d’incarnation commence (et finit) par quelques techniques de placement physique. Comment tenir le PPK, siroter le Martini etc… Ou, dans le cas de Daniel Craig, comment mettre en valeur ses abdos et son « cul parfaitement formé ».   

Son corps, ce héros

Daniel Craig Casino Royale plage
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Lorsque Sean Connery déboule nonchalamment dans un couloir d’hôtel vêtu de sa dinner jacket ivoire, le but de la mise en scène est d’attirer l’attention du spectateur sur l’extrême décontraction sociale de ce type hors-normes. Elégant, sexy, possiblement dangereux. « Celui que toutes les femmes veulent, et que tous les hommes rêvent d’être ». Lorsque Daniel Craig sort de l’Océan en short de bain dans Casino Royale, la réaction que cherche à provoquer la mise en scène est sensiblement différente. Quelque chose comme : « Woh, attendez ! Qu’est-ce qui se passe ? ». Il sort de l’eau, avec ses grosses épaules et son six-pack d’assassin, et le monde entier retient son souffle. On a beaucoup parlé à l’époque de l’écho visuel à Ursula Andress dans Dr No. Mais c’est plus que ça : ce corps (cet homme) ne devrait pas exister, et le regard subjugué qu’on porte sur lui devient dès lors le seul enjeu du film. La scène est observée à distance, en longue focale, avec une certaine jubilation voyeuriste. L’espion, espionné… Une créature sensuelle, abîmée, à l’image des femmes qu’il console et meurent dans ses bras.  

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Blond. James Blond 

Daniel Craig Skyfall
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On se souvient de l’outrage provoqué par l’annonce du casting de Craig. Il était trop petit, trop moche, il parlait trop fort et avait mauvaise haleine. Surtout, il était trop blond. « James Blond ??! Non mais ça va pas !!! » lisait-on partout sur la toile. À la minute où Craig est apparu sur cette chaise, content de lui et pressé d’en découdre, ça n’a plus été un problème. Et pas seulement parce que la scène en question (ouverture de Casino Royale) est en noir et blanc. Comme tout ce qui apparaissait contre-nature chez lui (la taille, le physique trapu, les traits rugueux), la blondeur de James a fini par jouer en sa faveur. Elle est devenue un atout marketing stylé et un outil visuel et narratif à part entière. Dans Skyfall, Bond est tellement blond qu’on ne distingue plus ses sourcils ou l’implantation de ses cheveux. Un spectre, déjà.

Toujours les jambes écartées 

Daniel Craig voiture Skyfall
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Bras le long du corps (ou derrière le dos), jambes très écartées. Mais très, très écartées, comme aux urinoirs. Officiellement la position standard préférée de l’agent 007, tel que l’incarne Daniel Craig. Une « attitude » qui, chez n’importe quel autre acteur, traduirait un complexe de supériorité ou de suffisance macho. Mais le Bond de Craig est connu pour dissimuler ses faiblesses au grand jour, pour souffrir en silence. C’est la pose qu’il adopte à la fin de Quantum of Solace, lorsqu’il remet à M les preuves de l’innocence de Vesper et confesse, un peu meurtri, s’être gouré sur son compte. On le retrouve jambes écartées à la fin de Skyfall, sur les toits du MI-6, défiant du menton le paysage londonien. Image ironique, faussement triomphante, qui fait à écho à son incapacité à stopper Silva (Javier Bardem) et à sauver la vie de M. Quand James écarte les jambes, mieux vaut se pousser.   

Ne jamais cligner des yeux

Daniel Craig yeux Skyfall
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Le faciès crapuleux de Craig n’est pas totalement en phase avec les romans de Fleming. On ne peut pas dire qu’il soit beau. Pas vraiment. Magnétique, oui. Intrigant, sauvage, imprévisible, certainement. Un visage de sphinx dont l’apparente sévérité dissimule un fatras de toiles d’araignées et de traumas d’enfance irrésolus. « Vous êtes un cerf-volant tourbillonnant en pleine tempête, Monsieur Bond » lâche Mr White dans le trailer de Spectre. Une description de sa psyché profonde qu’on imagine assez juste. Il y a une grande beauté minérale dans la performance de Craig, quelque chose de statuesque, de lointain, dont il est difficile de se détourner.  

Daniel Craig : James Bond n'a pas toujours été si sexy

Pour un flirt avec le bad guy

Daniel Craig Javier Bardem Skyfall
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Casino Royale mettait les choses au clair : Vesper Lynd (Eva Green) n’était pas seulement une super Bond Girl dans la carrière de Bond, c’était la meilleure. La femme de sa vie. Après elle, plus personne. D’ailleurs, il n’y a plus eu personne. Depuis Casino, aucune Bond Girl digne de ce nom n’est apparue aux bras du Commander, sauf respect à toutes celles qui ont enfilé le costume. Manière d’officialiser ce que l’ère Craig laissait entendre depuis le début : la Bond Girl, c’est James. Il n’y en a que pour lui. Et tout le monde veut sa part du gâteau. Particulièrement les méchants, qui ne manquent jamais une occasion de l’attacher sur une chaise et de l’érotiser. Le Chiffre lui broie les testicules en s’étonnant de sa bonne forme physique (« Do you work out ? ») tandis que Silva, une main baladeuse sur sa poitrine, lui fait carrément du rentre-dedans. Ceux qui militent encore pour l’existence d’un James Bond Gay devront sans doute se contenter de ça.    

007 Spectre de Sam Mendes avec Daniel Craig, Léa Seydoux et Christoph Waltz revient demain soir à la télévision.

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