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Quentin Tarantino en réalisateur de James Bond ? C'était à la fois le plus attendu et le plus improbable des projets.

 

Tout démarre en 1997 : invité chez Charlie Rose pour la promo de Jackie Brown, Tarantino révèle l'un de ses fantasmes absolus (outre sucer des doigts de pieds) : réaliser un James Bond. Et pas n'importe lequel : Casino Royale, la première aventure du double zéro. Avec son débit mitraillette habituel, le réalisateur préféré de tous les geeks pitche en direct sa version, expliquant qu'il voudrait le faire dans l'esprit du bouquin. Un Bond donc, qu'il situerait en 1964, dans lequel 007 tue Vesper en lui tirant dessus, puis appelle "Control" pour leur dire que "The Bitch is Dead".

 

Peu importe que ce ne soit absolument pas la fin telle que décrite dans le livre (Vesper, comme dans le film de 2006, se suicide), et que "Control" n'existe pas dans l'univers de Bond, mais dans celui de The Man From U.N.C.L.E., et que l'histoire du roman se situe en 1952. Qui irait noter ces approximations, quand l'homme parait si convaincant ? Immédiatement, les nerds s'enflamment sur Internet et tirent à boulets rouges sur EON et leurs films, jugés à juste titre peu audacieux.

 

Argument massue pour convaincre les producteurs, Tarantino estime qu'il pourrait réaliser le film pour 40 millions, plutôt que 100, en se concentrant sur le drame à huis-clos qui se joue autour du jeu de baccarat, au centre de l'histoire. Malin, il riffe alors sur la frustration de nombreux fans. Pas de panique, leur promet-il, "je le ferai avec Pierce Brosnan !"

 

Voilà pour la façade publique. Dans les coulisses, comme le révélera plus tard Martin Campbell (réalisateur de la version finale officielle), Tarantino part en guerre en 1999 contre EON productions pour s'approprier les droits d'adaptation du livre. Non content de pirater une grande partie du patrimoine cinématographique dans ses films sous couvert "d'hommage", il semble bien en effet décidé à s'approprier la franchise, quitte a même débaucher Brosnan, qui ne se prive pas en public de se plaindre des scénarios des derniers films, et fantasme lui aussi de finalement jouer dans un Bond plus "cinéma".

 

Quand après une longue bataille juridique, EON obtient finalement les droits d'adaptation du roman en 2004, Tarantino change son fusil d'épaule. Il rencontre Pierce Brosnan, lui pitche son idée. Avec, cerise sur la gâteau, Uma Thurman en Vesper Lynd ! Sortant du succès de Kill Bill, Tarantino tente l'entrisme par l'acteur principal, qui part en référer a EON productions. Grosse erreur : ignorant sans aucun doute que QT avait tenté de leur arracher les droits aux enchères 5 ans plus tôt (ce qui au yeux de EON, est sans aucun doute suffisant pour devenir tricard à vie), Brosnan voit l'idée rejetée.

 

L'histoire ne s'arrête pas là : pendant la promo d'Inglourious Basterds, et après le succès de l'adaptation finale de Casino Royale, Tarantino commence à se répandre, dans plusieurs shows télés, en s'attribuant l'idée du film, que les producteurs lui auraient empruntée, sans même le rappeler pour lui dire merci ou lui offrir un café. "Ils disaient auparavant que le livre était infilmable, et puis la seconde après que j'en ai parlé, ils ont pris les droits et l'ont réalisé sans m'appeler ! C'est grâce à moi que le film s'est fait !".

 

En vérité, rien ne différencie Tarantino, à ce stade, d'un fanboy qui sur internet va fantasmer un nouvel épisode de sa saga préférée. Si ce n'est qu'étant Tarantino, la news sera reprise pas les médias dans le monde entier. Il n'a jamais rencontré les producteurs de Bond pour leur en parler, mais surtout, il fait abstraction d'une évidence : si dans le passé, le roman était jugé "infilmable" par EON, c'était surtout qu'ils n'en avaient pas les droits, et qu'il est de coutume, lorsque des négociations sont en cours, de minimiser l'importance d'un objet qu'on souhaite acquérir.   David Fakrikian

Demain : Pierce Brosnan dans Tuer n'est pas jouer en 1986